NOUVELLES
28/02/2020 10:28 EST | Actualisé 29/02/2020 15:47 EST

Une image pornographique évoquant Greta Thunberg avec le logo d'une compagnie pétrolière choque

La Gendarmerie royale du Canada affirme que l'image est «inappropriée», mais pas «criminelle».

Sylvain Lefevre via Getty Images
Les tresses de la militante écologiste suédoise Greta Thunberg sont devenues l'une de ses marques de commerce.

Un dessin à caractère pornographique évoquant la militante écologiste Greta Thunberg et arborant le logo d’une compagnie pétrolière albertaine soulève l’indignation un peu partout au pays.

L’image apparaît sur un autocollant qui aurait été distribué parmi des travailleurs de l’industrie pétrolière. Elle montre un dessin très explicite d’une jeune femme portant les tresses maintenant célèbre de la Suédoise de 17 ans, accompagné du mot «Greta» et du logo de la compagnie X-Site Energy Services.

Le HuffPost Québec a choisi de ne pas diffuser l’image.

L’Albertaine Michelle Narang, qui a dénoncé l’image sur Facebook jeudi, s’est décrite au HuffPost Canada comme une fière partisane de l’industrie pétrolière. Elle estime toutefois que «cette compagnie représente tout ce que l’industrie doit combattre».

Ça me dépasse que quelqu'un ait pu penser que c'est drôle.Michelle Narang

L’image lui a été envoyée par une connaissance qui travaille dans l’industrie pétrolière. Sous le couvert de l’anonymat, cette personne a affirmé au HuffPost Canada que l’autocollant n’avait pas été distribué sur son lieu de travail, mais que plusieurs de ses collègues l’avaient reçu pour décorer leurs casques de protection. «C’est complètement dégueulasse et inacceptable.»

Mme Narang affirme avoir contacté le patron de X-Site, Doug Sparrow, pour lui demander s’il avait connaissance de l’autocollant qui semble montrer le viol d’une mineure. Selon Mme Narang, l’homme aurait affirmé être au courant, tout en affirmant que «ce n’est pas une enfant, elle a 17 ans».

MISE À JOUR 29/02/2020: Greta Thunberg a réagi à l’image.

En vertu du Code criminel, la pornographie juvénile inclut «toute représentation photographique, filmée, vidéo ou autre» d’«une personne âgée de moins de dix-huit ans ou présentée comme telle et se livrant à une activité sexuelle explicite».

Quiconque produit, distribue, possède ou accède à de la pornographie juvénile est passible d’emprisonnement.

En entrevue avec le HuffPost Québec, le Surintendant Gerald Grobmeier, officier en charge de la GRC à Red Deer, a affirmé que son détachement avait analysé l’image, mais qu’elle n’ouvrirait pas d’enquête.

«Nos experts sur les questions d’exploitation des mineurs ont évalué l’image, mais ils ont déterminé qu’elle ne remplissait pas les critères pour constituer une offense criminelle.»

Il explique que le fait que le mot «Greta» apparaisse sous l’image a mené à «beaucoup de suppositions» quant à l’identité de la personne dépeinte. «Malheureusement, avec les cas criminels, on ne peut pas faire de suppositions. Il faut des faits.»

«Bien entendu, on ne trouve pas ça approprié», a-t-il toutefois ajouté.

Des constats auxquels fait écho Francis Fortin, professeur agrégé à l’École de criminologie de l’Université de Montréal. Le chercheur, qui a beaucoup étudié les questions touchant à la pornographie juvénile, estime que les policiers ont pris la bonne décision.

«C’est de mauvais goût, mais ça ne pourrait pas être considéré comme de la pornographie juvénile au Canada», dit-il. 

D’abord, le caractère explicite de l’image est discutable, selon lui. «Il y a matière à interprétation, mais j’hésiterais à présenter ça comme étant “dans un but sexuel”.»

Ensuite, il estime qu’il aurait été difficile de prouver devant un juge que l’image représente une enfant de moins de 18 ans.

«Il faut tasser le contexte et faire une interprétation très étroite de la loi en regardant juste l’image», soutient M. Fortin. «Je ne pense pas que quelqu’un puisse faire l’interprétation [que c’est Greta Thunberg]. Greta, c’est quand même un nom commun.»

Et lorsque le sujet d’une image pornographique n’est pas identifié, le juge se basera sur le statut de développement du corps pour déterminer s’il s’agit d’un(e) mineur(e). Il devient donc difficile de prouver qu’il s’agit de pornographie juvénile.

«Une jeune fille de 16 ou 17 ans, c’est difficile d’établir qu’elle a cet âge-là. Il y en a qui sont plus développées que d’autres», explique M. Fortin. C’est pourquoi la plupart des arrestations pour pornographie juvénile concernent des images montrant des enfants pré-pubères.

C’est d’autant plus vrai lorsqu’on parle d’illustrations ou de trucages, puisque «l’esprit de la loi sur la pornographie juvénile c’est d’arrêter la prolifération de ces images-là dans un contexte où on victimise des enfants».

Doug Sparrow n’a pas retourné les demandes d’entrevue du HuffPost Canada, mais a affirmé à City News Edmonton que ni X-Site, ni ses employés n’avaient été impliqués dans la production de l’autocollant. Plus tard jeudi, un représentant de la compagnie a affirmé à la Presse canadienne que M. Sparrow n’était plus à l’emploi de X-Site.

En octobre dernier, un groupe de militants favorables à l’industrie pétrolière avait organisé une contre-manifestation pour dénoncer la venue de Greta Thunberg en Alberta. Sous la bannière «United We Roll», le convoi était parti de Red Deer, à 150 kilomètres au sud d’Edmonton.

Avec Samantha Beattie, HuffPost Canada et La Presse canadienne