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21/08/2019 16:18 EDT

La GRC prévoyait arrêter Meng Wanzhou dans l'avion, avant l'ASFC, selon la défense

Les autorités frontalières l'ont plutôt interrogée sous le prétexte d’un «contrôle d’immigration de routine», ce que la défense plaide «d'arrestation illégale».

La Presse Canadienne
La responsable des finances de Huawei, Meng Wanzhou, au centre, est accompagnée d'un membre de la sécurité privée alors qu'elle quitte son domicile pour assister à une comparution devant un tribunal à Vancouver, le mercredi 6 mars 2019.

VANCOUVER — Les avocats de Meng Wanzhou soutiennent que les autorités canadiennes avaient d’abord prévu d’arrêter la dirigeante de Huawei dans l’avion qui l’amenait à Vancouver, mais l’ont finalement interrogée pendant près de trois heures avant de l’arrêter.

Dans des documents judiciaires rendus publics mardi, la défense allègue une «stratégie coordonnée» pour que la Gendarmerie royale du Canada (GRC) retarde l’arrestation de Mme Meng, de sorte que les autorités frontalières puissent l’interroger sous le prétexte d’un «contrôle d’immigration de routine».

Il s’agit de l’un des nombreux gestes que reproche la défense à la GRC et à l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) dans cette affaire. Les avocats soutiennent aussi que les autorités ont mal documenté les événements dans leurs notes, afin d’empêcher Mme Meng de connaître toute la vérité sur sa détention.

Ces allégations de la défense n’ont pas été prouvées devant les tribunaux.

Meng Wanzhou a été arrêtée le 1er décembre à l’aéroport de Vancouver, à la demande des États-Unis, qui réclament son extradition afin de l’accuser de fraude, pour violation des sanctions économiques américaines contre l’Iran. Mme Meng et Huawei ont nié tout acte répréhensible.

Dans son mémoire déposé en cour en vue des audiences d’extradition, la défense soutient que «des notes de police datant du 30 novembre 2018 indiquent que la GRC avait formulé une stratégie» visant à arrêter Mme Meng le lendemain matin à bord de l’avion dès son arrivée à la porte de débarquement à l’aéroport de Vancouver.

Mais selon la défense, ce plan a ensuite été modifié. Le lendemain matin, trois agents des services frontaliers ont arrêté Mme Meng à sa descente d’avion tandis que deux policiers de la GRC assistaient simplement à la scène, même s’ils savaient que le mandat prévoyait son arrestation «immédiate», soutient la défense.

Interrogée par les services frontaliers

Mme Meng a alors été emmenée dans une zone de fouille plus poussée pendant trois heures et ses appareils électroniques ont été saisis. À un moment donné, un agent des services frontaliers l’a interrogée sur son entreprise et ses activités présumées en Iran, soutiennent ses avocats.

Les documents du tribunal comprennent une déclaration solennelle du surintendant intérimaire Sanjit Dhillon, de l’Agence des services frontaliers. Il affirme que Mme Meng a demandé à plusieurs reprises pourquoi elle avait été sélectionnée pour une fouille plus poussée à sa descente d’avion.

M. Dhillon soutient qu’il a demandé à Mme Meng ce qu’elle faisait dans la vie, si sa société vendait des produits aux États-Unis et si elle vendait dans des pays où elle ne le devrait pas le faire.

Mme Meng aurait semblé perplexe par la question et M. Dhillon l’a reformulée, demandant si sa société vendait des produits ou faisait des affaires en Iran. Mme Meng aurait initialement répondu: «Je ne sais pas.»

«Je lui ai rappelé qu’elle était la directrice financière d’une entreprise de plusieurs milliards de dollars et qu’il me serait difficile de croire qu’elle ne connaisse pas ces détails sur l’entreprise», indique M. Dhillon dans sa déclaration solennelle. «Le sujet a déclaré que sa société avait un bureau en Iran.»

La défense soutient par ailleurs que l’ASFC et la GRC ont rédigé des documents sur cette opération «de manière stratégique, afin de nuire à la capacité de la requérante à connaître la vérité sur sa détention».

Les audiences d’extradition de Mme Meng doivent commencer le 20 janvier, plus d’un an après son arrestation. La défense a l’intention de plaider que cette arrestation était illégale.