DIVERTISSEMENT
17/05/2020 11:13 EDT

La grande comédienne Monique Mercure est décédée à l'âge de 89 ans

La nouvelle a été confirmée par son agence dimanche matin, sans plus de détails sur les circonstances de son départ.

RALPH GATTI/AFP via Getty Images
Monique Mercure est entourée par le réalisateur Jean Beaudin (à gauche) et Marcel Sabourin, le 15 mai 1977, pendant le Festival de Cannes. Monique Mercure a reçu le prix de la meilleure actrice pour le film de Beaudin «J.A. Martin, photographe».

MONTRÉAL - La première actrice québécoise à avoir remporté le prix d’interprétation féminine à Cannes nous a quittés.

Monique Mercure est décédée à l’âge de 89 ans. La nouvelle a été confirmée par son agence dimanche matin, sans plus de détails sur les circonstances de son départ.

Aussi active au cinéma qu’à la télévision et sur scène, Monique Mercure a su incarner avec autant de talent une des deux «Bonnes» de Jean Genet, une des «Deux femmes en or» de Claude Fournier ou une des deux vieilles jumelles dans «Saints-Martyrs-des-Damnés» de Robin Aubert.

Elle a aussi tout joué au théâtre, des classiques grecs aux grands contemporains. Elle était la Rose Ouimet des «Belles-Soeurs» en 1971 au TNM, et elle a dirigé l’École nationale de théâtre, à Montréal, pendant toutes les années 1990.

On l’a vue dans le téléroman «Mémoires vives», mais surtout dans «Providence», où elle incarnait Édith Beauchamp, un rôle qui lui a valu le prix Gémeaux de la meilleure interprétation féminine en 2007 et en 2009, et le prix Artis en 2008 et en 2009.

THE CANADIAN PRESS/Graham Hughes
Monique Mercure tient son prix Gémeaux de la meilleure actrice pour l'émission de télévision «Providence», à Montréal, le dimanche 20 septembre 2009.

Le Festival de Cannes l’avait récompensée en 1977 pour sa Rose-Aimée dans «J.A. Martin photographe», de Jean Beaudin.

Née Monique Émond à Montréal le 14 novembre 1930, la jeune Monique Mercure reçoit une éducation religieuse chez les Dames de la Congrégation Notre-Dame. Elle se destine d’abord à une carrière de violoncelliste: elle obtient en 1949 un diplôme de la prestigieuse école montréalaise de musique Vincent-d’Indy, où elle aura passé les sept ans de son adolescence, et elle épouse la même année le compositeur québécois Pierre Mercure. La jeune musicienne ira par la suite étudier le chant choral pendant un an chez la réputée professeure Nadia Boulanger à Paris.

Mais l’appel du théâtre est plus fort que tout. Après un séjour dans la troupe des Compagnons de Saint-Laurent du père Legault, son choix est fait: elle deviendra actrice. Elle partira bientôt étudier à Paris chez Jacques Lecoq, en 1956, puis se perfectionnera quatre ans auprès du «Montreal Drama Studio». La jeune femme fera pendant ce temps ses premières armes sur les planches, ici et là, avant d’obtenir son premier rôle au cinéma en 1952: une figuration dans l’adaptation de la pièce de Gratien Gélinas «Tit-Coq».

Après plusieurs autres rôles secondaires, notamment dans «À tout prendre» de Claude Jutra en 1963, elle connaîtra un immense succès en participant à «Deux femmes en or» (1970) de Claude Fournier. L’actrice n’hésite pas à se dénuder un peu dans cette comédie libertine où deux femmes délaissées par leur mari décident de vivre pleinement leur sexualité.

Monique Mercure sera l’année suivante Alexandrine dans le classique «Mon oncle Antoine» de Jutra. On la verra ensuite beaucoup au cinéma, notamment dans «Le Temps d’une chasse» (1972), «Les Vautours» (1975), «La Cuisine rouge» (1980), «La Quarantaine» (1982), «Dans le ventre du dragon» (1989) ou «Le Violon rouge» (1998).

Le cinéma lui réservera également le prix Genie de la meilleure actrice de soutien, en 1992, pour sa participation au «Naked Lunch» du Canadien David Cronenberg. Elle jouera d’ailleurs souvent en anglais, ici et à l’étranger.

Une formidable «Albertine»

En 1993, les prix continuent de s’accumuler pour la comédienne, qui obtient coup sur coup le prix Denise-Pelletier, le prix Gascon-Roux (pour «Les Troyennes») et le Prix du gouverneur général pour les arts de la scène. En 2010, elle a été faite Grand Officier de l’Ordre national du Québec.

En 1995, à l’Espace GO, elle a été une redoutable «Albertine à 70 ans» dans une production d’«Albertine en cinq temps» de Michel Tremblay, mise en scène par Martine Beaulne, immortalisée sur pellicule par André Melançon en 2000. Elle a réussi le tour de force d’interpréter les trois rôles dans «Les Bonnes» de Genet.

Si la scène et le cinéma ont été partie intégrante de la vie de Monique Mercure, la comédienne n’a pas boudé le petit écran pour autant. On l’a d’abord vue dans «Sous le signe du lion» en 1961, puis, entre autres, dans «Le Paradis terrestre» (1968), «La Petite Patrie» (1974), «Monsieur le ministre» (1983-1986), «Shehaweh» (1992) et «Miséricorde» (1994). Elle sera alors directrice générale de l’École nationale de théâtre, à Montréal, de 1991 à 1997, puis directrice artistique jusqu’en 2000.

De 2004 à 2011, elle a tenu le rôle marquant d’Édith Beauchamp dans «Providence», qui lui a valu deux prix Gémeaux. Tout de suite après, on l’a vue dans le téléroman «Mémoires vives», à Radio-Canada, dans lequel elle a interprété le personnage de Claudette Morin-Hamelin en 2012 et 2013.

En 2004, elle avait été l’une des deux vieilles jumelles (avec Monique Miller), dans «Saints-Martyrs-des-Damnés», de Robin Aubert. Et en 2006, elle interprétera une septuagénaire atteinte de la maladie d’Alzheimer dans «La Brunante» de Fernand Dansereau. Elle a aussi joué «la centenaire» dans le film «Grande Ourse» en 2008.

Selon le site IMDB, sa dernière présence au cinéma a été un petit rôle muet, celui d’une femme en perte d’autonomie, alitée, visitée par sa soeur (Denise Filiatrault) dans «C’est le coeur qui meurt en dernier».