OPINION
23/10/2019 16:18 EDT | Actualisé 23/10/2019 16:39 EDT

Gouvernement minoritaire: que les maux de tête commencent

Un gouvernement minoritaire a une durée vie limitée, car elle dépend du bon vouloir des formations politiques.

La Presse canadienne/Adrian Wyld
Justin Trudeau

L’élection fédérale maintenant terminée, la poussière commence à retomber sur une soirée qui a changé l’équilibre des forces politiques du Canada. Certains diront qu’un gouvernement minoritaire est une excellente nouvelle, car la situation fait en sorte que le gouvernement aura de nouveaux chiens de garde avec une réelle influence pour surveiller tous ses faits et gestes. Cependant, pour les gens qui travaillent pour le parti formant le gouvernement, c’est un réel cauchemar.

La possibilité de l’élection d’un gouvernement minoritaire planait depuis déjà quelques jours. Nous saurons rapidement quel sera le style de Parlement que les Canadiens se seront donnés. Quelques défis se pointent à l’horizon et en voici quelques-uns.

La composition du Conseil des ministres

À la suite d’une élection générale, le premier ministre élu rencontre rapidement ses proches collaborateurs pour discuter des scénarios possibles pour la composition de son Conseil des ministres. C’est un exercice complexe qui demande de la patience et beaucoup de doigté. Dans mes anciennes fonctions, j’ai participé à de tels processus.

D’abord, il faut savoir que la compétence pure n’est pas le seul critère à évaluer, parce qu’il faut également considérer des éléments tels que la représentation régionale ou le niveau de parité femmes-hommes.

La nouvelle carte électorale de 2019, comparativement à celle de 2015, fait en sorte que Justin Trudeau n’a aucun élu en Alberta et en Saskatchewan et un nombre moins élevé de députés en Colombie-Britannique, au Québec, au Manitoba, en Ontario et dans les provinces maritimes.

Le choix des députés qui accéderont au Conseil des ministres sera très important sur le plan stratégique pour s’assurer de choisir la bonne personne, au bon endroit.

Le danger de l’alliance pour le NPD

L’attente que nous avons tous, c’est que les formations politiques trouvent un terrain d’entente et fassent fonctionner le Parlement canadien. Cependant, pour que cet objectif se réalise, le gouvernement Trudeau devra créer des alliances ponctuelles qui lui permettront de survivre et de ne pas nous renvoyer, à nouveau, aux urnes.

Lors du règne minoritaire du conservateur Stephen Harper, le Parti libéral du Canada a soutenu le gouvernement afin de ne pas plonger le Canada en élections. On pouvait se dire que les philosophies idéologiques étaient tellement opposées que les conséquences électorales étaient minimes.

Aujourd’hui, l’histoire est un peu différente à mon avis. Un NPD qui s’allie aux libéraux, de manière répétitive, pourrait amener les électeurs de la formation de Jagmeet Singh à percevoir Justin Trudeau comme la seule alternative capable de porter le message progressiste pour battre les conservateurs à la prochaine élection.

Les libéraux et conservateurs ont des visions opposées sur plusieurs sujets tels que le rôle du Canada dans le monde et la lutte contre les changements climatiques. Il sera donc intéressant d’observer la stratégie que le NPD adoptera à cet effet.

La prochaine élection

Un gouvernement minoritaire a une durée de vie limitée, car elle dépend du bon vouloir des formations politiques. Certains facteurs tels que la situation financière d’un parti peuvent le forcer à appuyer un gouvernement minoritaire pour ne pas déclencher de nouvelles élections qui seront coûteuses.

Considérant que le NPD a vidé ses coffres, il faudra les renflouer. Quant au Bloc Québécois, sa situation financière était précaire au début de la campagne, mais sa popularité renouvelée sera bénéfique. Pour les conservateurs, malgré le fait qu’Andrew Scheer a confirmé qu’il restait en poste, certains pourraient demander un changement à la direction du parti. Est-ce qu’il y en aura un? Il est trop tôt pour le dire, mais c’est une possibilité.

Au Québec, nous sommes maintenant habitués à la gouvernance en situation minoritaire. On peut penser aux gouvernements de Jean Charest en 2007 et de Pauline Marois en 2012. Au niveau fédéral, l’élection du gouvernement minoritaire de Justin Trudeau est le 13e depuis 1921, dont le dernier dirigé par Stephen Harper entre 2008 et 2011.

Notez que dans les cas de monsieur Charest, en 2007, et de monsieur Harper en 2011, ils ont réussi à devenir majoritaire lors de l’élection suivante. Est-ce que Justin Trudeau aura la même chance? C’est ce que nous verrons.