POLITIQUE
18/02/2021 15:19 EST

Le gouvernement Legault indifférent au sort des femmes?

Québec solidaire a voulu en faire la démonstration jeudi.

Assemblée nationale du Québec
Christine Labrie, députée de Québec solidaire

Depuis son élection, le gouvernement Legault semble indifférent au sort des femmes, juge la députée solidaire de Sherbrooke, Christine Labrie.

Elle en veut pour preuve une série de décisions prises par le gouvernement qui démontrent selon elle le peu de préoccupation qu’il accorde aux dossiers de condition féminine, a-t-elle soutenu jeudi, lors d’un point de presse à l’Assemblée nationale.

La députée souligne que la pandémie a pourtant eu “des impacts majeurs sur les femmes, c’est abondamment documenté”, notamment pour ce qui est des pertes d’emplois, mais “on ne sent pas une volonté réelle de la CAQ de s’intéresser à ces questions-là”.

Or, la situation socio-économique des Québécoises “a certainement reculé au cours de la dernière année”, selon elle, et potentiellement “de plusieurs décennies”, déplore la députée.

Malgré cela, elle se dit persuadée que ce gouvernement n’a “pas de préoccupation particulière pour la condition des femmes”.

Elle reproche par exemple au gouvernement de présenter des politiques et de déposer des projets de loi sans passer par le filtre de l’analyse différenciée selon les sexes (ADS), une grille qui permet de voir dans quelle mesure telle politique ou tel article de loi aura un impact différent et négatif sur les femmes. Ce fut le cas pour la réforme en cours de l’indemnisation des victimes d’actes criminels (IVAC), de la réforme de la loi sur la santé et sécurité au travail (projet de loi 59), de même que pour le plan de relance économique.

“Extrêmement grave”

C’est sans compter le dossier des garderies, qui illustre bien, à ses yeux, le manque de sensibilité du gouvernement. La crise qui secoue présentement le réseau, avec sa liste d’attente qui atteint 50 000 noms de parents impatients, vient confirmer sa lecture de la situation.

C’est extrêmement grave ce qu’on vit en ce moment et un des problèmes qu’on a, c’est que le gouvernement ne semble pas prendre suffisamment au sérieux l’ampleur de la crise [dans le dossier des garderies].Christine Labrie, députée de QS

Cette crise accentue le chômage chez les mères, car la pénurie de places atteint une telle ampleur que “des dizaines de milliers de parents, essentiellement des femmes”, ne peuvent pas travailler, faute d’une place pour leur enfant.

“Ce sont les femmes qui subissent ça de plein fouet. Ce sont elles qui perdent leur indépendance économique, qui font des concessions sur leur parcours professionnel”, a noté la députée, qui est critique de son parti en matière de condition féminine.

Encore là, elle déplore l’apparente indifférence du gouvernement. “La CAQ, en tant que formation politique, n’a démontré aucun intérêt pour le développement du réseau public des services de garde et pour les conditions de travail des éducatrices”, a-t-elle noté, laissant entendre que le ministre responsable, Mathieu Lacombe, n’avait pas l’appui de son gouvernement pour faire avancer les dossiers et ouvrir les places requises.

Reconnaissant son échec, le ministre Lacombe a promis récemment de réformer le processus d’attribution des places, avec le dépôt d’un livre blanc et d’un projet de loi à l’automne. Il s’était engagé à créer 13 500 places en deux ans, mais seulement 2000 ont été livrées.

En déposant une motion à l’Assemblée nationale jeudi, la députée de Sherbrooke a tenté, en vain, d’amener le gouvernement à présenter un portrait détaillé du manque de places dans les services de garde, pour chacune des régions du Québec et sur une base mensuelle. Le gouvernement a refusé d’en débattre.

Legault réagit

En point de presse, le premier ministre François Legault a été invité à réagir à la sortie de la députée solidaire, quand un journaliste lui a demandé de commenter l’affirmation de Mme Labrie à l’effet que son gouvernement “ne se préoccupe pas particulièrement du sort des femmes”.

“Je ne suis pas d’accord avec ça, a-t-il répliqué. Je pense qu’on se préoccupe beaucoup des familles. On a beaucoup aidé les familles depuis deux ans et demi.”