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05/09/2019 22:05 EDT | Actualisé 05/09/2019 22:06 EDT

«Ghetto X» de Martin Michaud: le grand retour de Victor Lessard

«Il n’y a probablement pas dix minutes qui s’écoulent le matin avant que je ne pense à Victor Lessard...»

Julien Faugere

Sorti en librairie le 28 août dernier et déjà en tête du palmarès des ventes, le roman Ghetto X de Martin Michaud se veut bien plus qu’un polar psychologique de plus dans son impressionnante biographie. Pour le nouveau maître du suspense québécois, comme pour sa horde de fidèles lecteurs, il s’agit des retrouvailles tant attendues avec Victor Lessard; un héros imparfait qui séduit - à l’écrit comme à la télévision - par sa droiture, son empathie, son courage et ses combats intérieurs. Le Huffpost Québec a discuté longuement avec son créateur, qui planche déjà à un nouveau scénario télé qui mettra cette fois en scène… une héroïne.  

Victor Lessard face à un groupe d’extrême droite 

Heureux soient les lecteurs qui attendaient son retour depuis cinq ans. Victor Lessard, l’antihéros sorti tout droit de l’imaginaire de Martin Michaud, reprend du service dans Ghetto X, un polar où les antagonistes du célèbre enquêteur fontpartie d’un groupe d’extrême droite. 

«C’est malheureux, mais ça existe et ça commence à s’implanter de façon assez inquiétante au Canada, explique Martin Michaud. On vit actuellement une situation qui fait en sorte que des gens qui ont cette mentalité se sentent légitimés de tenir des discours haineux. L’élection de Trump, je pense, a tracé une sorte de ligne dans le sable aux États-Unis, mais aussi ici, au Canada.»

Les lecteurs retrouveront Victor Lessard là où ils l’ont laissé à la fin du roman Violence à l’origine : ayant quitté les Crimes majeurs, car ne pouvant plus, moralement, continuer à travailler pour son magouilleur de patron. Et une Jacinthe qui, tel un yin sans son yang, travaillera très fort pour faire revenir son partenaire à ses côtés.   

«Victor va aussi être happé par son propre passé, ajoute l’auteur. Un journaliste d’enquête étant assassiné en début de roman, Victor essaiera d’aider Jacinthe, puis sera lui-même frappé par un attentat. Sa vie sera en péril et Jacinthe manœuvrera pour venir le rejoindre. Ensemble, ils enquêteront en marge de la loi et seront confrontés à ce groupe d’extrême droite.»

Pour Victor, les choses iront plus loin. Jusqu’à ce que son passé refasse surface et que se dévoile l’histoire dans l’histoire. Celle d’un Victor Lessard qui comprendra d’où il vient, quelles sont ses origines et qui il est vraiment. Ce qui lui permettra de décider de ce qu’il fera du reste de sa vie, et de comprendre enfin ce qui s’est produit lorsqu’il était adolescent et que son père a assassiné sa mère et ses frères. 

Porté par un désir de faire écho à la quête d’identité de Victor avec ce débat d’actualité, Martin Michaud a toutefois voulu éviter d’entrer dans les questions politiques de la quête identitaire du Québec. 

«J’ai utilisé certaines de ces questions pour créer un groupe d’extrême droite, qui existe d’ailleurs dans la vraie vie. Ce sont des gens qui pensent qu’ils défendent l’identité canadienne, l’identité québécoise. Sans dire qu’il s’agit d’un pamphlet politique, il y a tout de même un questionnement derrière ce roman : qu’est-ce que l’identité? J’aborde cela à travers les motivations de ce groupe dont le leader a une approche très intellectuelle et qui est convaincu d’agir pour le mieux, sans voir ses actions extrémistes.»

L’auteur devient émotif lorsqu’il évoque le lien qui s’est construit, au fil du temps et des romans, entre Jacinthe et Victor. Un lien affectif fort qui vient s’affirmer dans Ghetto X, où les deux personnages se voient confrontés à leurs propres contradictions, et où leurs actions viennent confirmer la force de leur amitié. 

«Le courage dans l’amitié m’a toujours touché en tant que lecteur et que téléspectateur. Il y a quelque chose de beau là-dedans. Je trouvais que ces personnages étaient rendus là, eux qui étaient d’abord des antagonistes. Humainement, il y a quelque chose de touchant dans la réflexion de Victor qui se demande bien plus que ″Ai-je encore envie d’être enquêteur″⁣, mais qui se dit plutôt : ″⁣J’ai envie d’être là pour cette femme qui a été là pour moi″⁣.» 

À l’enquête, aux meurtres, aux rebondissements et à l’action qui font la renommée des romans de Michaud, vient donc s’ajouter cette fibre très humaine, aussi forte que la trame policière.

Voguer entre le roman et la série télé

Voguant entre l’écriture du roman Ghetto X et celle de la série Victor Lessard, dont la troisième saison sera disponible le 24 octobre sur Club Illico, Martin Michaud décrit comme un exercice un peu particulier le fait de bondir ainsi de la littérature à la télévision.   

«J’ai écrit les deux tiers du roman, ensuite la série, puis je suis revenu compléter le roman, explique celui qui tient à ce que les personnages de ses livres soient la continuité de ceux des romans (et non de la série). Comme pour les autres saisons, il y a des choses  identiques et des différences. Il y a des scènes de la série qui sont télévisuelles et qui ne rentreraient pas dans le roman, et vice-versa. Mais l’histoire est la même.»

L’auteur - qui affirme être capable de dresser une muraille de Chine entre ses rôles de romancier et de scénariste - croit que son écriture s’est simplifiée avec l’expérience. Que la scénarisation l’a changé comme romancier aussi, modifiant sa façon d’écrire, notamment au niveau des dialogues.    

«J’ai eu un travail à faire pour retrouver les personnages principaux des romans sans me laisser cannibaliser par le visage de Patrice (Robitaille) et de Julie (Le Breton). Je suis capable de revenir à la représentation mentale que j’avais d’eux dans les romans.»

C’est d’ailleurs à Patrice et Julie que l’auteur a tenu à dédier Ghetto X. Deux êtres humains qu’il aime pour leur générosité et leur simplicité, qui ont su «prendre ces personnages et leur prêter leur sensibilité pour en faire quelque chose d’extraordinaire». À la mémoire de son père (décédé en juin 2017) aussi, un joli clin d’oeil si l’on pense que c’est dans ce roman que Victor Lessard comprend ce qui s’est passé avec son propre père.

«Comme pour tous mes romans, j’ai mis toutes mes tripes et tout mon cœur dans celui-ci, affirme celui qui célébrera ses 10 ans de carrière artistique en janvier. Ce n’était pas dans le but d’écrire un roman pour en faire une série et faire plus de sous, pas du tout. J’avais envie de revenir, j’avais le goût de reprendre contact avec les lecteurs et j’espère que la petite magie que je ne suis pas capable de cerner, mais qui fait que les gens aiment Victor Lessard, est encore là. Par contre, je ne veux pas écrire le roman ou la saison de trop.»

En attendant de savoir ce qui arrivera à Victor Lessard (l’auteur avoue n’en avoir pour le moment aucune idée), Michaud a divers projets en branle.

Il travaille à une nouvelle - inspirée d’une œuvre artistique qui ne sera pas d’ordre policier - qui se retrouvera dans un recueil initié par Chrystine Brouillet, ainsi qu’à deux projets d’écriture télé, voguant toujours dans les eaux du thriller, sous un angle différent de celui de Victor Lessard. Et dont l’un présentera un personnage central féminin.

«Nous serons plus dans les enjeux personnels de ce personnage. Mais il y aura toujours des meurtres et des vilains», ajoute l’auteur, qui explique en riant en avoir déjà trop dit.

Le roman Ghetto X de Martin Michaud est disponible en librairie.

La troisième saison de la série Victor Lessard sera disponible sur Club illico à compter du 24 octobre prochain.