POLITIQUE
13/06/2019 11:09 EDT | Actualisé 13/06/2019 12:51 EDT

Gaz à effet de serre: Ottawa n'atteindra pas la cible de l'Accord de Paris avec sa taxe sur le carbone

Il faudrait une tarification supplémentaire, indique le Directeur parlementaire du budget.

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OTTAWA — Le directeur parlementaire du budget (DPB), Yves Giroux, estime que le prix sur le carbone devra être beaucoup plus élevé dans les prochaines années si le Canada veut atteindre ses propres cibles de l’Accord de Paris sur les changements climatiques en 2030.

Selon son rapport, dévoilé jeudi, ce prix devra s’élever à 102 $ la tonne en 2030 pour les provinces soumises à la tarification fédérale sur le carbone - soit le Nouveau-Brunswick, l’Ontario, le Manitoba et la Saskatchewan - afin de respecter les cibles. L’Alberta a déposé un projet de loi pour abolir sa “taxe carbone” et pourrait donc s’ajouter à la liste.

Le gouvernement Trudeau a déjà annoncé son intention d’augmenter de façon graduelle la tarification du carbone - qui coûte 20 $ la tonne cette année - de 10 $ par an pour atteindre 50 $ en 2022.

Le DPB admet avoir décidé de mener cette étude de son propre chef pour tenter d’établir un prix sur le carbone à partir de 2023. Il est d’avis qu’une tarification supplémentaire de 6 $ la tonne sera nécessaire en 2023, puis augmentera à 52 $ la tonne de plus en 2030 pour atteindre les cibles.

À VOIR: l’Accord de Paris sera-t-il respecté?

“C’est doubler, essentiellement, la tarification du carbone qui est actuellement prévue”, résume M. Giroux.

Les provinces qui ont déjà un plan - comme le Québec ou la Colombie-Britannique - devront continuer de bonifier leur stratégie de manière à atteindre les cibles de diminution des gaz à effet de serre et ainsi éviter d’être soumises à des taxes supplémentaires du fédéral, prévoit M. Giroux.

Scheer dénonce le plan

Le chef du Parti conservateur du Canada, Andrew Scheer, a sauté sur l’occasion pour critiquer le plan du gouvernement libéral en matière de tarification sur le carbone.

“La taxe sur le carbone de Trudeau n’est pas un plan sur les émissions, c’est un plan pour prendre votre argent”, a-t-il réagi sur Twitter, en dénonçant la possible hausse du prix de l’essence de 22 cents, par rapport au prix de 2018, qui a été évoquée par le directeur parlementaire du budget.

Les conservateurs prévoient dévoiler leur propre plan en environnement - qui n’inclut pas de prix sur le carbone - la semaine prochaine, à Gatineau. M. Scheer n’a pas voulu dire s’il allait de son côté respecter les cibles de Paris.

Un écart à combler

Les estimations d’Environnement et Changement climatique Canada prévoient que les émissions de gaz à effet de serre (GES) passeront de 704 mégatonnes en 2016 à 592 mégatonnes en 2030 avec la tarification sur le carbone en vigueur, peut-on lire dans le document présenté par le DPB.

Il y aura donc un écart de 79 mégatonnes d’émissions de GES qui restera à combler pour atteindre les cibles de l’accord de Paris.

Or, le rapport du DPB se base sur des prévisions. Selon la croissance économique et les prix du pétrole et du gaz naturel, le Canada pourrait s’éloigner ou se rapprocher des cibles de l’Accord de Paris. Le rapport ne tient pas non plus compte des changements des approches alternatives pour réduire les GES.

Le Canada prévoit réduire les émissions de GES de 30 pour cent par rapport au niveau de 2005 d’ici 2030. Cela se traduirait par une cible d’émissions de 513 mégatonnes de CO2 en 2030. Le gouvernement Trudeau a choisi de conserver les cibles du gouvernement précédent.

L’objectif de l’Accord de Paris est de limiter l’augmentation de la température mondiale de 1,5 à 2 degrés Celsius par rapport aux niveaux de l’ère préindustrielle.