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23/03/2020 16:46 EDT

Garderies privées en milieu familial: «c'est le néant», déplore une éducatrice

Nancy Pronovost s'est retrouvée du jour au lendemain sans travail et sans revenu, mais surtout, elle ne sait toujours pas si elle va avoir accès à une aide gouvernementale.

santypan via Getty Images

«Ah mon Dieu, c’est long! Les journées sont longues», soupire Nancy Pronovost, dont le quotidien est beaucoup plus calme depuis une semaine.

Alors que le premier ministre François Legault annonçait d’un coup la fermeture des garderies, des écoles et des universités le 13 mars dernier, la propriétaire de garderie en milieu familial non subventionnée se retrouvait du jour au lendemain sans travail, comme bien des Québécois. 

Au départ, elle n’était pas certaine de savoir si la fermeture s’appliquait aussi dans son cas. «On ne pensait pas que la consigne nous concernait. J’avais dit aux parents “Ne vous inquiétez pas, je suis prête à rester ouverte”, raconte Nancy Pronovost. Je leur ai dit que je serais là pour eux et qu’ils pourraient continuer à travailler.»

«C’est vraiment pour les parents que je voulais rester ouverte. Ils travaillent tous. J’en ai quatre où les parents peuvent faire du télétravail, mais on s’entend qu’on ne fait pas 100% du travail quand les enfants sont à la maison. Dans l’autre cas, le parent a arrêté de travailler pour être 100% avec son enfant.»

Mais, rapidement, Nancy Pronovost a réalisé qu’il n’y avait pas d’exception, elle devait aussi fermer ses portes. «Je me suis vraiment sentie mal envers les parents de leur dire que je n’avais pas le choix de fermer», se désole l’éducatrice, qui se retrouvait du même coup confrontée à une situation financière incertaine.

C’est plein de zones grises. On aimerait avoir une réponse claire une fois pour toutes

La situation des milieux de garde non subventionnés est bien particulière: ils ne sont pas reconnus par l’État, ce qui implique que des éducatrices comme Nancy Pronovost se retrouvent sans revenu en cette période de pandémie. Le plus difficile présentement, explique-t-elle, c’est l’incertitude quant à une possible aide gouvernementale. 

«C’est plein de zones grises. On aimerait avoir une réponse claire une fois pour toutes», affirme l’éducatrice, qui est aussi la mère d’une fille de six ans. 

«On ne fait partie d’aucune catégorie. On pensait avoir compris que ceux qui ont leurs enfants avec eux à la maison auraient droit à l’aide. Mais finalement non, il semblerait que ce n’est pas la même chose que ceux qui ont arrêté de travailler pour s’occuper de leur enfant. Ce n’est pas clair. »

Nancy Pronovost pourrait avoir droit à l’aide d’urgence du gouvernement fédéral, mais encore là, les modalités n’ayant pas encore été détaillées par Justin Trudeau, c’est encore et toujours flou. Et stressant.

Courtoisie/Nancy Pronovost
Nancy Pronovost et sa fille Hendryka

Pour l’instant, elle peut encore compter sur le revenu de sa conjointe, encore au travail, mais n’a pas la certitude que ce sera le cas à long terme.

«On peut survivre deux semaines. Mais si on en a encore pour plusieurs semaines à être fermé, c’est sûr que le manque d’argent va finir par rattraper tout le monde, s’inquiète-t-elle. Il y a des éducatrices qui vont devoir penser à se réorganiser, ou peut-être même qu’elles ne pourront pas rouvrir leur service de garde.» 

«C’est le néant. On veut juste savoir où on s’en va. Pour le moment, c’est la panique. On est fermé et on ne sait pas combien de temps. À partir du moment où on va être sûr que d’ici un certain nombre de semaines, on va être capable de rattraper l’argent qu’on perd en étant fermé, même si c’est un certain pourcentage, ça nous laissera une lueur d’espoir. On pourra se dire qu’on ne perd pas tout et que le gouvernement pense à nous aussi.»

Mais d’ici là, Nancy Pronovost ne perd pas son amour pour ses «cocos» et garde un lien avec eux. «C’est important!», insiste l’éducatrice. 

«On reste en contact, on fait des vidéos. J’ai mis en place un site pour la garderie. Via le site, je leur demande de faire des bricolages et de me les montrer. Tous les jours, je prends des nouvelles de tout mon petit monde.»