POLITIQUE
23/03/2020 13:17 EDT | Actualisé 24/03/2020 07:13 EDT

François Legault «met le Québec sur pause»

Le premier ministre annonce une hausse des cas de COVID-19... et la fermeture des entreprises non essentielles jusqu'au 13 avril.

Le Québec se place désormais sur la voie du confinement total, dans sa guerre acharnée contre la COVID-19.

Sauf qu’il n’y a toujours aucune sanction prévue pour les délinquants qui refusent de se soumettre aux directives gouvernementales, devenues chaque jour plus contraignantes.

Lundi, l’économie du Québec a été frappée de plein fouet, avec l’annonce faite par le premier ministre François Legault, d’ordonner la fermeture de toutes les entreprises, incluant le secteur névralgique de la construction, et de tous les commerces, sauf exception, jusqu’au 13 avril.

Contaminé par la COVID-19, le Québec se retrouve paralysé, se plaçant en hibernation, «sur pause» pendant les trois prochaines semaines, a dit le premier ministre, durant sa conférence de presse quotidienne, lundi.

Un confinement total du Québec, «c’est pas mal ça qu’on annonce aujourd’hui. Ce qu’on dit, c’est: confinement, sauf pour les services essentiels. Donc, c’est pas mal ça, on est rendu là», a conclu le premier ministre.

Une liste de services essentiels a été dressée, pour identifier les secteurs d’activités qui pourront continuer à fonctionner dans les prochaines semaines, malgré l’ordre de fermeture.

En fait partie, bien sûr, tout le secteur hospitalier et médical, les services policiers et les pompiers, les pharmacies et les épiceries, l’approvisionnement en produits d’alimentation, mais aussi les caisses et banques, de même que les médias.

Les succursales de la SAQ et de la SQDC vont demeurer ouvertes, mais limiteront le nombre de clients présents en même temps.

Les entreprises de fabrication de produits médicaux seront exemptées elles aussi.

Sinon, toutes les entreprises qui n’apparaîtront pas sur la liste devront avoir fermé leurs portes au plus tard mardi soir à minuit.

EN VIDÉO: une nouvelle étape dans la bataille contre la COVID-19

Interdiction aux personnes âgées qui habitent en résidence de sortir

Pour la population, à ce jour, le confinement total vise les personnes âgées vivant en centre d’hébergement, un lieu propice à la propagation du virus extrêmement contagieux. Désormais, elles n’ont donc plus le droit de sortir du centre, «sauf exception et avec supervision».

«Je sais que c’est une mesure qui est dure, mais c’est une mesure qui est nécessaire», a commenté M. Legault, qui veut à tout prix éviter de voir le virus se propager dans ces résidences habitées par des gens souvent plus fragiles.

Je sais que c’est une mesure qui est dure, mais c’est une mesure qui est nécessaire parce que la dernière chose qu’on veut au Québec, c’est que le virus entre dans des résidences de personnes âgées.

Le premier ministre déconseille par ailleurs à toutes les personnes âgées de 70 ans et plus de sortir faire leur épicerie. Déjà, depuis plusieurs jours on leur demande de rester à la maison.

On rappelle aux gens qui reviennent d’un voyage à l’étranger qu’ils doivent s’imposer un isolement complet de 14 jours.

Un bilan modifié et une nouvelle étape dans la bataille

En une seule journée, de dimanche à lundi, le nombre de cas a plus que triplé au Québec, passant à 628.

Le nombre de décès est toujours de quatre.

Dorénavant, Québec inclut dans ses statistiques les cas confirmés et les cas probables d’infection.

«On entre aujourd’hui dans une nouvelle étape de cette bataille contre le coronavirus», a dit M. Legault, qui a toutes les raisons de croire que «la transmission communautaire» a débuté au Québec, ce qui n’est pas une bonne nouvelle.

Depuis le début de l’épidémie, les personnes atteintes revenaient toutes d’un voyage à l’étranger, ou avaient fréquenté de près quelqu’un de retour de l’étranger.

La transmission communautaire signifie que désormais le virus est bien installé au Québec et qu’il se répand à toute vitesse.

De ce fait, la lutte au coronavirus a franchi une nouvelle étape, une étape «plus critique», a convenu M. Legault, convaincu de la nécessité d’ajouter de nouvelles mesures pour freiner la contagion.

«Plus vite on va éviter les contacts, plus vite on va éviter la contagion» et ainsi sauver des vies, a commenté M. Legault, en demandant de nouveau à toute la population de collaborer et de suivre de près les consignes gouvernementales.

Tant que ce sera possible, M. Legault dit préférer émettre des directives, sans devoir imposer d’amendes et de sanctions aux récalcitrants, en misant sur la bonne foi des Québécois.

«Si c’est nécessaire, on a les pouvoirs pour contraindre, mais je ne souhaite pas utiliser ces pouvoirs-là, autant que possible», a commenté le premier ministre.

Pas question non plus, pour l’instant, d’appeler l’armée canadienne en renfort, pour soutenir les services policiers et appliquer les directives gouvernementales.

«On n’est pas du tout rendu là», a-t-il dit.

L’augmentation des cas était prévue

De son côté, le directeur national de la santé publique, Horacio Arruda, a adopté un ton rassurant, pour affirmer que l’augmentation importante de cas observée au cours des derniers jours était prévue. Il l’a attribuée à la hausse du nombre de tests effectués.

«On n’est pas inquiet de la situation», a-t-il dit, en prévenant que le Québec «contraindra quand ce sera nécessaire».

Mais un fait demeure: l’observation stricte des consignes par la population, comme la distanciation sociale et l’interdiction de tout rassemblement, intérieur ou extérieur, «est une question de vie ou de mort», a commenté M. Arruda, à l’intention des délinquants.

Malgré le climat anxiogène créé par la crise, M. Arruda demande à la population de ne pas tomber dans la «psychose collective».

Le premier ministre s’est dit conscient par ailleurs que la période des déménagements approchait et que le gouvernement devra statuer sur cette question prochainement, dans le contexte actuel, mais ce ne sera certainement pas avant le 13 avril.