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04/06/2019 01:14 EDT | Actualisé 04/06/2019 14:32 EDT

«Chernobyl»: le coût des mensonges

Une très grande finale pour une très grande série.

HBO

Au cours des cinq dernières semaines, la mini-série Chernobyl s’est imposée comme l’une des expériences télévisuelles les plus intenses et troublantes qui soit.

Nous tenant constamment en haleine, mais nous donnant rarement l’occasion de reprendre notre souffle, la brillante série de Craig Mazin s’est penchée de façon extrêmement méthodique sur les horreurs et le non-sens d’un des chapitres les plus inquiétants de l’histoire de l’humanité.

Chernobyl fut le récit d’individus ayant tout mis en oeuvre - au péril de leur propre vie - pour venir à bout d’une catastrophe sans précédent.

Le temps était venu de juger les responsables de cette tragédie, et de révéler les erreurs du passé au grand jour pour éviter qu’elles ne se reproduisent.

Mais rien n’est jamais si simple lorsque le pouvoir politique s’en mêle...

HBO

ATTENTION SPOILERS

Cet ultime épisode, intitulé Vichnaya Pamya (Mémoire éternelle), alterne entre les deux extrémités de la ligne du temps de la catastrophe de Tchernobyl, entre les quelque douze heures ayant précédé l’explosion, et le procès intenté aux trois personnes jugées comme étant les principaux responsables de la tragédie.

Le choix d’expliquer en dernier la chaîne d’événements ayant mené à tout ce qui fut présenté dans les quatre épisodes précédents révèle rapidement tout son sens.

Pour Mazin, il valait mieux que le spectateur lambda vive d’abord pleinement la catastrophe en se laissant enivrer des mêmes sentiments de panique et d’impuissance de l’ensemble des personnages ayant eu un rôle à jouer dans la gestion de la crise - que celui-ci ait duré des mois ou 90 secondes à peine.

Cette dernière heure se veut évidemment la plus politique de la série, exposant l’égocentrisme, l’arrogance et la paranoïa d’une nation plus encline à cacher la vérité pour sauver la face qu’à prendre les moyens nécessaires pour éviter qu’une catastrophe similaire ne se reproduise un jour.

Les ambitions ayant aveuglé le vice-ingénieur en chef Anatoly Dyatlov au point de lui faire perdre la raison dans la nuit du 26 avril 1986 ne sont au final que le reflet de cet entêtement.

Témérité et négligence dont une partie du coût fut la perte du sens premier du mot «camarade», répété abondamment au cours des quelque 322 minutes sur lesquelles s’étale la série, et ce, malgré les efforts et les sacrifices ayant lié des centaines de milliers d’individus.

HBO

Une fois que tout a été dit et montré, que Valery Legasov a été poussé à son ultime moyen de pression pour que la vérité soit finalement entendue, Chernobyl prend tout le temps nécessaire pour rendre hommage aux véritables Valery Legasov, Boris Shcherbina, aux nombreux scientifiques que représente le personnage fictif d’Ulana Khonyuk, et aux milliers d’individus ayant sacrifié leur vie et leur santé pour que le pire puisse être évité - même si, de bien des façons, le pire s’était déjà produit.

L’épisode est d’ailleurs marqué par une très belle séquence dans laquelle Valery fait réaliser à Boris - subissant déjà les conséquences physiques de son héroïsme - l’importance du rôle qu’il a eu à jouer dans cette affaire. Une scène d’une grande humanité détonnant évidemment d’un ensemble où l’être humain fut particulièrement malmené.

Ce moment est d’autant plus venu boucler la boucle pour Boris, qui aura incarné l’exemple même de ce qui peut se produire lorsqu’un haut placé écoute sa raison plutôt que celle de l’état.

Il est question ici d’une catastrophe nucléaire. Mais Chernobyl nous rappelle que d’autres problèmes dont les conséquences pourraient s’avérer tout aussi catastrophiques nous guettent encore et toujours si nous nous entêtons à enterrer la vérité sous une pile de mensonges, et à constamment répéter les erreurs du passé.

La version française, Tchernobyl, sera diffusée les jeudis à 22h à compter du 6 juin, sur les ondes de Super Écran.

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