POLITIQUE
17/09/2020 11:55 EDT

La Barbade se débarrasse de la monarchie. Le Canada pourrait-il faire pareil?

De quoi intéresser les Québécois qui sont tannés d'Élisabeth II.

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Le Canada est une monarchie constitutionnelle à régime parlementaire, ce qui signifie que la reine Élisabeth II est techniquement la cheffe d'État. Elle est représentée dans ce rôle par la gouverneure générale Julie Payette.

La Barbade ne veut plus de la reine Élisabeth à la tête de l’État, a annoncé l’ancienne colonie britannique.

«Le moment est venu de laisser complètement derrière nous notre passé colonial», a déclaré la gouverneure générale de la Barbade, Sandra Mason, dans un discours prononcé au nom de la première ministre du pays, Mia Mottley.

Le Canada, qui est également une ancienne colonie britannique faisant maintenant partie du Commonwealth, fera-t-il de même?

Probablement pas, selon l’historienne et auteure torontoise Carolyn Harris. Mais il est possible que la monarchie joue un rôle moins important dans la vie canadienne à l’avenir.

Tout d’abord, il y a les considérations pratiques. Un accord unanime parmi les dix provinces est nécessaire pour modifier la charge de la reine, en vertu de l’article 41 a) de la Loi constitutionnelle de 1982. Donc, à moins que le sentiment anti-monarchique ne se généralise dans tout le pays, a expliqué Harris, il est peu probable que chaque province souhaite faire du Canada une république.

Le gouvernement fédéral ne serait probablement pas non plus très enthousiasmé à l’idée de faire du Canada une république, car cela impliquerait beaucoup de grands changements de sa part, et peut-être des concessions majeures aux populations autochtones - ce qu’Ottawa ne voudra probablement pas faire.

«Les traités avec les Premières nations du Canada sont conclus avec la Couronne, de sorte qu’une transition vers une nouvelle forme de gouvernement pourrait rouvrir ces ententes», a déclaré Harris.

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La princesse Élisabeth et le duc d'Édimbourg à leur arrivée à un banquet d'État tenu au Château Frontenac, à Québec, en 1951.
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La princesse Élisabeth et le duc d'Édimbourg portant une couverture (qui leur a été offerte par le Canada comme cadeau de mariage) lors du Stampede de Calgary, en 1951.

De plus, la reine est une figure populaire au Canada: 81% des Canadiens approuvent la reine Élisabeth, selon un sondage Ipsos réalisé plus tôt cette année. Elle a effectué sa première visite royale au Canada en 1951, avant de devenir reine. Depuis, elle a visité le pays plus de 20 fois - plus récemment, elle s’est rendue à Winnipeg, Toronto, Ottawa et Halifax avec le prince Philip en 2010.

Comme le souligne Harris, elle a été bien accueillie lors de la plupart de ses tournées, malgré des manifestations lors d’une visite au Québec en 1964, alors que le mouvement souverainiste commençait à prendre de l’ampleur.

Mais il y a moins d’enthousiasme au Canada pour ses successeurs. Dans ce même sondage Ipsos, un peu plus de la moitié des Canadiens - 53% - pensent que le pays devrait mettre fin à ses liens officiels avec la monarchie britannique à la fin du règne de la reine.

Selon Harris, cependant, ce chiffre ne devrait pas inquiéter le prince Charles ou qui que ce soit d’autre dans la famille royale.

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Catherine, duchesse de Cambridge et le prince William, duc de Cambridge, reçoivent un cadeau pour leur fils George lors d'une visite dans un centre communautaire de Victoria, en Colombie-Britannique, le 1er octobre 2016.

«Les données des sondages concernant la monarchie au Canada varient souvent en fonction d’un certain nombre de conditions, notamment s’il y a eu une récente tournée royale ou si les finances royales ont été un sujet d’actualité important», a-t-elle déclaré.

Mais il est probable que les tournées royales deviendront moins courantes dans les années à venir, selon Harris. Comme Harry et Meghan ont choisi de quitter leurs postes afin de vivre une vie plus privée et que le prince Andrew a temporairement abandonné ses fonctions en raison de son lien avec un délinquant sexuel condamné, il y a moins de membres de la famille royale qui assument des fonctions publiques qu’il y a à peine un an.

«Il y a moins de membres actifs de la famille royale que par le passé et il y aura probablement moins de tournées royales [dans les règnes suivants] que sous le règne de la reine Élisabeth II», a déclaré Harris.

«Il pourrait bien y avoir moins de visibilité pour la famille royale et une plus grande visibilité pour le gouverneur général au Canada.»

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Le prince Charles et Camilla, duchesse de Cornouailles, assistent à une messe à la cathédrale St. Michael's à Bridgetown, à la Barbade, le 24 mars 2019.

La Barbade et d’autres pays des Caraïbes fonctionnent également différemment du Canada et ont une relation différente avec la famille royale que nous, souligne Harris. 

La Barbade envisage de faire la transition depuis des années, et les discussions se sont vraiment enflammées autour du 50e anniversaire de l’indépendance du pays en 2016, a-t-elle mentionné.

Plusieurs autres pays des Caraïbes qui sont d’anciennes colonies britanniques sont devenus des républiques, notamment la Dominique, la Guyane et Trinité-et-Tobago.

Et comme dans ces autres pays, les membres de la famille royale sont toujours très appréciés par de nombreuses personnes à la Barbade, malgré le soutien généralisé pour l’idée de devenir un pays sans monarchie. Le prince Charles et son épouse Camilla, duchesse de Cornouailles, se sont rendus à la Barbade au printemps dernier.

À l’avenir, Harris pense qu’il est probable que la monarchie joue un rôle plus important en s’excusant des injustices de la domination coloniale britannique. Plus tôt cet été, alors que les manifestations de Black Lives Matter augmentaient en importance et en portée, le prince Harry et Meghan Markle ont livré des messages de solidarité, Harry demandant spécifiquement aux Britanniques de «reconnaître le passé» et de s’attaquer à leur héritage du colonialisme.

Bien que la reine et les autres membres de la famille royale en activité ne soient probablement pas aussi directs, il est probable qu’ils continueront à exprimer des regrets pour les injustices passées. La visite de la reine en Irlande en 2011 a été un «moment historique» dans les relations anglo-irlandaises, a déclaré Harris.

Avec le recul historique, nous pouvons tous voir des choses que nous souhaiterions s'être déroulées différemment.Élisabeth II, lors d'une visite officielle en Irlande, en 2011

Lors d’un discours partiellement prononcé en irlandais, elle a déclaré: «Nous ne pouvons jamais oublier ceux qui sont morts ou blessés, ainsi que leurs familles. À tous ceux qui ont souffert à cause de notre passé trouble, j’adresse mes sincères pensées et ma profonde sympathie. Avec le recul historique, nous pouvons tous voir des choses que nous souhaiterions s’être déroulées différemment.»

Et en 1997, la reine a commémoré le massacre d’Amritsar de 1919 lors d’une visite en Inde. Lors de l’attaque près de 80 ans plus tôt, les troupes britanniques ont tué des centaines de manifestants nationalistes non armés qui s’étaient rassemblés dans un parc de la ville. Lors de sa visite en 1997, la reine a déposé une gerbe de fleurs sur le site commémoratif et a observé un moment de silence.

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La reine Élisabeth II se déchausse pour visiter le Temple d'or d'Armistar, dans la région du Pendjab, en Inde.

«Il est important que nous considérions la monarchie constitutionnelle comme une institution en évolution plutôt qu’une institution immuable», a déclaré Harris.

«Le rôle de la reine Victoria en tant que souveraine de l’Empire britannique était très différent du rôle actuel de la reine Élisabeth II à la tête d’un Commonwealth de nations égales.»

Ce texte initialement publié sur le HuffPost Canada a été traduit de l’anglais.

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