J'avais sous-estimé cette lourdeur liée au secret de mon homosexualité

Porte-parole de Fierté Montréal 2020, la chanteuse et DJ Sandy Duperval revient sur ce qu'elle considère être le plus grand accomplissement de sa vie.
Sandy Duperval
Sandy Duperval

Porte-parole officielle de Fierté Montréal 2020 (version 100% virtuelle), Sandy Duperval, DJ et chanteuse montréalaise, témoigne de l’importance de l’événement, elle qui a mis des années à sortir du placard. Retour sur ce qu’elle considère comme le plus grand accomplissement de sa vie.

La Fierté joue-t-elle encore un rôle important en 2020?

«Oui, absolument! Grâce à la Fierté on a réussi à faire avancer les droits des LGBTQ+, c’est évident, même s’il reste encore tellement à faire! Dans mon cas personnel, j’ai commencé mon processus de coming out en 2007, j’avais 24 ans - et j’ai été super bien accueillie dans la communauté LGBTQ+. C’était pour moi un premier pas vers la liberté. Du fait de mon background familial, habiter avec ma conjointe et la tenir par la main en public m’a pris 10 ans de plus. Je considère aujourd’hui que sortir du placard est le plus grand accomplissement de ma vie.»

Pourquoi ce fut si difficile pour toi?

«Je viens d’une famille noire haïtienne et très religieuse. Il fallait demeurer vierge jusqu’au mariage, c’est ce que j’entendais et que l’on me répétait dès mon plus jeune âge. Autant dire que l’homosexualité, c’était directement en enfer.»

«J'avais sous-estimé cette lourdeur liée au secret de mon homosexualité. J'ai véritablement commencé à vivre lorsque ce poids s'est retiré de mes épaules.»

- Sandy Duperval

« J’ai finalement fait mon coming out en 2014, après la mort de ma grand-mère. J’aurais aimé qu’elle me dise qu’elle m’aimait inconditionnellement, elle n’en a pas eu l’occasion. Plus tard, j’ai appris par l’une de ses amies que c’était le cas. Cela m’a libérée, c’était difficile de vivre avec cette idée que je l’avais déçue et abandonnée. Ensuite, il faut réapprendre à définir sa personne. Mon idée du succès et du bonheur résidait dans le fait de travailler fort, mais j’avais sous-estimé la lourdeur du secret de mon homosexualité.»

Autour de toi connais-tu des gens qui vivent encore avec ce lourd secret?

«Absolument et ce sont ces voix que l’on n’entend pas. Je les comprends très bien dans la mesure où je reçois encore des messages de haine. C’est dur. L’homophobie et la transphobie dans la communauté noire existent vraiment. Il y a encore beaucoup de violence et d’agressivité. Donc beaucoup à faire! »

Afro Fierté

Jusqu’au 16 août, tous les jours à 10 h le matin, c’est l’heure Afro Fierté, présentée sous la curatelle de Uwayo Dushime sur la chaine YouTube de Fierté Montréal. Une heure de contenu adapté en fonction des différentes réalités vécues par les personnes noires de la diversité sexuelle et de genre et en solidarité envers le mouvement Black Trans Lives Matter. Entre autres, l’apport historique des femmes trans noires, la danse et la performance de scène comme outils de résilience et l’intersectionnalité seront des sujets abordés lors de cette heure dédiée aux communautés noires.