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07/01/2020 15:30 EST | Actualisé 08/01/2020 07:19 EST

Feux en Australie: le nombre d'animaux morts estimé à plus d'un milliard

Selon certains scientifiques, ce serait même une estimation très conservatrice...

Le nombre d’animaux sauvages morts en raison des feux de forêt qui ravagent l’Australie a grimpé à plus d’un milliard, selon des estimations de scientifiques et d’organisations oeuvrant auprès des animaux dans le pays.

Chris Dickman, écologiste à l’Université de Sydney, a déclaré au HuffPost que son estimation initiale de 480 millions d’animaux morts était non seulement conservatrice, mais qu’en plus elle ne tenait compte que de l’État de la Nouvelle-Galles du Sud. Elle excluait aussi des groupes importants d’animaux sauvages pour lesquels ils n’avaient pas de données statistiques sur la population.

«L’estimation initiale - les 480 millions - était basée sur les mammifères, les oiseaux et les reptiles pour lesquels nous avons des chiffres sur la population, et cette estimation ne tient plus vraiment. C’est maintenant plus de 800 millions compte tenu de l’étendue des incendies - en Nouvelle-Galles du Sud seulement», a-t-il déclaré.

«Si l’estimation de 800 millions semble énorme, c’est que ce chiffre n’inclut pas seulement les animaux qui sont dans les zones d’incendie», a-t-il ajouté.

Ce nombre exclut certains animaux, tels que les chauves-souris, les grenouilles et les invertébrés. Avec les estimations de ces animaux, Dickman croit «sans aucun doute» que les animaux morts ont dépassé le cap du milliard. «Plus d’un milliard serait un chiffre très conservateur», a-t-il ajouté.

Un scientifique spécialisé en environnement du World Wildlife Fund (WWF) d’Australie, Stuart Blanch, a confirmé ces estimations, réitérant que, compte tenu de la propagation des incendies depuis les derniers calculs, un milliard était une estimation modeste.

«C’est notre impact climatique et notre obsession du charbon qui contribuent à détruire notre propre pays», a déclaré Blanch.

Les espèces en danger imminent d’extinction, notamment la grenouille corroborée et l’opossum pygmée des montagnes, pourraient être anéanties, car les incendies ravagent l’habitat essentiel du parc national alpin de Victoria et du parc national voisin de Kosciuszko en Nouvelle-Galles du Sud.

Les espèces menacées, telles que le cacatoès de Latham, le chat marsupial à queue tachetée et le potorou à longs pieds (deux petits marsupiaux), sont également confrontées à de réels risques d’extinction dans de grandes parties de leur habitat naturel.

Twitter @NSWRFS via AP
Un agent de police et un pompier du service d'incendie de la Nouvelle-Galles du Sud ont secouru un opossum et son bébé après les avoir repérés sous une voiture pendant les feux de forêt, le soir du Nouvel An.

Dickman a déclaré que les chauves-souris, qui vivent majoritairement le long de la côte est de l’Australie et qui dépendent des forêts, ont sans aucun doute également subi d’énormes pertes.

«Les chiffres devraient être énormes. Et elles sont très vulnérables face aux incendies», a-t-il affirmé.

Au cours du week-end, Bindi Irwin du Zoo d’Australie a partagé de tristes nouvelles de l’hôpital de la faune du zoo.

«En septembre, les admissions de renard volant à tête grise à l’hôpital ont grimpé de 750% en raison de la sécheresse et du manque de nourriture», a-t-elle écrit. «Les renards volants sont maintenant gravement touchés par les incendies de forêt et nous assistons à nouveau à un afflux vers l’hôpital de ces beaux animaux de partout au pays.»

Plus de 30% de l’habitat naturel des koalas en Nouvelle-Galles du Sud pourrait avoir été détruit. Les koalas pourraient avoir perdu un tiers de leur population dans cette région, a déclaré le mois dernier le ministre fédéral de l’Environnement, Sussan Ley, à l’Australian Broadcasting Corp. Dickman a mentionné que l’emblématique marsupial australien aura de la difficulté à s’en remettre, tout dépendant de la disponibilité de sa nourriture - les feuilles d’eucalyptus - lorsque que les flammes se seront dispersées.

Les estimations des pertes d’animaux de l’Université de Sydney excluent également le bétail, qui, selon la ministre fédérale de l’Agriculture, Bridget McKenzie, dépassera les 100 000 animaux. Des images déchirantes de milliers d’animaux morts près des routes sont apparues sur les réseaux sociaux alors que la Défense nationale se précipitait pour creuser des fosses communes afin d’éviter une situation d’urgence sanitaire.

Un tableau compilé par l’entreprise Mecardo, une société spécialisée en analyse des marchés agricoles, a révélé que 8,6 millions de moutons et 2,3 millions de bovins se trouvaient dans les régions de la Nouvelle-Galles du Sud et de Victoria touchées par les feux de forêt.

Cela pourrait prendre des mois avant que le nombre exact de pertes de bétail ne soit connu.

Des autorités seraient sur le point d’abattre environ 10 000 dromadaires dans le nord-ouest de l’Australie-Méridionale. Les dromadaires seraient devenus dangereux pour les communautés puisqu’ils recherchent désespérément de l’eau. Cette partie de l’Australie est affectée par des sécheresses.

Les incendies à travers l’Australie ont tué 25 personnes, détruit ou endommagé plus de 2000 maisons et brûlé plus de 80 000 kilomètres carrés - une superficie de la taille de l’Autriche.

Le premier ministre australien, Scott Morrison, a annoncé lundi que le gouvernement fédéral consacrerait deux milliards de dollars australiens (près de 2,2 milliards de dollars canadiens) sur deux ans à un nouveau fonds national d’aide aux victimes des incendies.

Malgré des critiques persistantes, le gouvernement a adopté une position ferme sur la politique climatique, Morrison rejetant les appels à freiner l’importante industrie du charbon du pays et répétant à plusieurs reprises le même message: «Nous atteignons et surpassons nos objectifs.»

Les feux de forêt à eux seuls auraient émis jusqu’à deux tiers des émissions annuelles de dioxyde de carbone du pays, a rapporté le Sydney Morning Herald.

SAEED KHAN via Getty Images
Un kangourou saute dans un champ au milieu de la fumée d'un feu de forêt dans la vallée Snowy en périphérie de Cooma (sud de Canberra), le 4 janvier dernier.

Dickman a déclaré que la seule lueur d’espoir pendant cette catastrophe était que le gouvernement pourrait enfin tenir compte des conseils des écologistes et des scientifiques spécialisés en environnement. Selon lui, les avis de ces derniers n’étaient pas considérés dans l’élaboration des politiques depuis plus de deux décennies.

«Avec un peu de chance, le gouvernement va maintenant reconnaître qu’il a besoin de la science. Nous avons besoin des prédictions de modélisation. Nous avons vraiment besoin de bons conseils éclairés sur ce que nous devons faire.»

Les scientifiques du WWF Australie ont présenté un plan en trois parties pour faire face à la crise, a déclaré Blanch au HuffPost.

«Premièrement, réduire la menace en mettant fin à l’exploitation forestière ou à la destruction des forêts matures... Deuxièmement, le développement d’un programme pour le reboisement de 10 millions d’hectares et, troisièmement, à très court terme, plus de soutien pour les organismes de protection d’animaux sauvages et les hôpitaux pour animaux sauvages à travers le pays.»

Ce texte initialement publié sur le HuffPost États-Unis a été traduit de l’anglais.

Vous pouvez soutenir des organisations qui protègent des espèces sauvages en faisant un don au WWF Australie, au groupe de sauvetage d’animaux basé en Nouvelle-Galles du Sud, Wildlife Information Rescue and Education Service (WIRES), au fonds de secours d’urgence pour les feux de forêt du Zoo Victoria, de l’hôpital de la faune du Zoo d’Australie ou à l’hôpital pour koalas de Port Macquarie.

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