POLITIQUE
18/06/2019 17:06 EDT | Actualisé 19/06/2019 09:05 EDT

Feu vert à l'expansion de l'oléoduc Trans Mountain

Ottawa estime à environ 500 millions $ les recettes fiscales additionnelles anticipées une fois le projet terminé.

Cavan Images via Getty Images

Le premier ministre Justin Trudeau a annoncé mardi que son gouvernement donne un autre feu vert au projet d’expansion de l’oléoduc Trans Mountain, entre l’Alberta et la Colombie-Britannique. Il promet du même coup de réinvestir les profits du projet dans la transition énergétique du Canada.

Cette décision attendue survient au lendemain de l’adoption d’une motion à la Chambre des communes qui décrète que le Canada est en “situation d’urgence climatique nationale”. Les libéraux, néo-démocrates, bloquistes et verts ont voté en faveur; les conservateurs et le député Maxime Bernier ont voté contre.

Le premier ministre Trudeau ne voit pas de contradiction entre l’expansion d’un pipeline pour transporter plus de pétrole et l’urgence climatique décrétée par son propre gouvernement.

Il soutient que le Canada a besoin d’élargir de nouveaux marchés _ en Asie _ pendant que le monde est encore dépendant du pétrole. Il veut éviter que le pays soit “prisonnier” du marché américain, qui constitue la presque totalité du marché d’exportation au Canada.

“Maintenant, je sais que certains sont déçus de cette décision. Je comprends votre déception”, a-t-il dit lors d’une conférence de presse, mardi en fin d’après-midi.

M. Trudeau assure qu’il est “constant” avec sa promesse de faire croître l’économie tout en protégeant l’environnement. Mais pour en arriver à cette transition énergétique au pays, le Canada a besoin de nouveaux fonds, dit-il.

Le gouvernement fédéral estime à environ 500 millions $ par année les recettes fiscales additionnelles anticipées une fois le projet terminé. M. Trudeau assure qu’il va investir cet argent ainsi que les profits générés par la possible vente de l’oléoduc dans “des projets d’énergie renouvelable qui vont alimenter nos maisons, nos entreprises et nos communautés pour des générations à venir”.

Au moment de son annonce, M. Trudeau était accompagné de pas moins de cinq membres de son cabinet: le ministre des Transports, Marc Garneau, le ministre des Ressources naturelles, Amarjeet Sohi, le ministre des Finances, Bill Morneau, la ministre de l’Environnement, Catherine McKenna, et le ministre des Pêches, des Océans et de la Garde côtière canadienne, Jonathan Wilkinson.

Les travaux devraient débuter pendant la période de construction en cours, mais des hauts fonctionnaires n’ont pas été en mesure de préciser à quel moment la première pelle foulera le sol.

L’oléoduc Trans Mountain a été construit il y a plus de 60 ans et parcourt 1150 km entre Edmonton et Burnaby, en Colombie-Britannique. L’expansion, proposée pour la première fois il y a sept ans par la société Kinder Morgan Canada, vise à construire un deuxième oléoduc généralement parallèle au premier.

Le gouvernement a acheté l’oléoduc existant il y a près d’un an pour 4,5 milliards $, lorsque les investisseurs de Kinder Morgan Canada sont devenus frileux. L’objectif était de le revendre ensuite au privé.

Réactions à Ottawa

Ce nouveau feu vert a été critiqué par tous les partis d’opposition, qui estiment que le gouvernement Trudeau n’en fait pas assez pour faire avancer ce projet ou qui pensent que le fédéral devrait tout simplement abandonner le projet pour le bien-être de l’environnement.

“C’est, en fait, la troisième fois que les libéraux approuvent ce projet, a ironisé le chef du Parti conservateur du Canada, Andrew Scheer. La vraie question à laquelle Justin Trudeau doit répondre, c’est quand le pipeline Trans Mountain sera-t-il construit?”

M. Scheer a accusé M. Trudeau d’avoir cédé au “lobby radical anti-énergie” et d’avoir fait fuir les investisseurs du Canada.

S’ils prennent le pouvoir en octobre, les conservateurs promettent d’invoquer la juridiction fédérale pour forcer la construction de projets de pipelines. Ils comptent aussi annuler la tarification du carbone ou encore le nouveau processus d’évaluations environnementales des libéraux.

Les autres partis d’opposition tenaient un tout autre discours.

“Les libéraux font preuve d’un rare cynisme en donnant le feu vert à ce pipeline de pétrole bitumineux moins de 24 heures après avoir voté en Chambre pour reconnaître l’urgence climatique”, a déploré Monique Pauzé, porte-parole du Bloc québécois en matière d’environnement.

La chef du Parti vert du Canada, Elizabeth May, croit que M. Trudeau “ne comprend pas” l’urgence réelle des changements climatiques et l’accuse d’avoir “trahi” les Canadiens. “Alors, ce n’est pas terminé. Ce pipeline ne sera pas construit. Les manifestations que vous allez voir en Colombie-Britannique seront du jamais vu”, prédit Mme May.

Le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, demande tout simplement au gouvernement d’abandonner le projet. À son avis, il est “ridicule” de prétendre que les profits seront réinvestis pour financer la transition énergétique, alors qu’on n’a pas de garanties que le projet sera lucratif au final.