POLITIQUE
17/10/2019 14:30 EDT

Des femmes autochtones ont encore peur des policiers de la Sûreté du Québec

La directrice générale du Centre d’amitié autochtone de Val-d’Or a exigé des excuses formelles du corps policier.

Jacques Boissinot/La Presse canadienne
Édith Cloutier.

Des femmes autochtones n’osent toujours pas sortir de chez elles de peur de rencontrer des policiers de la Sûreté du Québec (SQ), quatre ans après les événements de Val-d’Or.

C’est ce qu’a affirmé jeudi Édith Cloutier, directrice générale du Centre d’amitié autochtone de Val-d’Or, en marge d’une importante rencontre entre le gouvernement et des représentants autochtones, à Québec.

Elle a exigé des excuses formelles du corps policier, mais la ministre responsable des Affaires autochtones, Sylvie D’Amours, ne s’est pas engagée à les lui obtenir.

″Ça ne veut pas dire qu’on ne s’occupera pas du dossier des femmes de Val-d’Or, au contraire”, s’est-elle contentée de dire en mêlée de presse, avant de tourner les talons.

Encore aujourd’hui, des femmes autochtones “vivent toujours dans la peur” et “ne sortent pas de la maison”, a déploré Mme Cloutier.

Elles ne souhaitent pas marcher dans les rues de Val-d’Or de peur, parce qu’elles sont encore habitées par cette peur, de croiser un policier en uniforme.Édith Cloutier

Un reportage de Radio-Canada en 2015 avait donné la parole à une dizaine de femmes autochtones affirmant avoir été victimes de sévices sexuels de la part de policiers de la SQ en poste à Val-d’Or.

Cela avait mené à la création de la commission Viens, qui avait pour mandat d’enquêter sur les relations entre les Autochtones et les services publics québécois.

Le 30 septembre dernier, la commission en est venue à la conclusion que les Autochtones du Québec subissent diverses formes de discrimination systémique. Elle a émis 142 recommandations.

Des solutions existent

Selon Mme Cloutier, des solutions existent pour rétablir le climat de confiance entre les Autochtones et la société québécoise, et elles peuvent être mises en place “demain matin”.

La rencontre de jeudi entre le gouvernement et les Premières Nations doit servir à planifier la suite des choses et dresser la liste des priorités. Mais le scepticisme règne chez les représentants autochtones.

“L’expérience nous indique qu’on doit rester vigilants, a déclaré Ghislain Picard, chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador. On a quand même plusieurs tentatives, plusieurs rendez-vous manqués.”

“On a connu la crise d’Oka, la commission royale d’enquête en 1996, tout était là, il ne faut pas se le cacher, il y avait 400 recommandations, a renchéri le grand chef de Wendake, Konrad Sioui. On est rendu à une étape où il faut vraiment (trouver) les façons de mieux s’entendre.”

Édith Cloutier demande au gouvernement Legault de mieux financer les services de première ligne aux Autochtones, et de favoriser l’accès à des soins de santé, ”à travers des centres d’amitié autochtones”.

Un journaliste a posé la question suivante à la ministre D’Amours: “Pourquoi le gouvernement du Québec ne finance-t-il pas à une hauteur satisfaisante les services de première ligne donnés par les centres d’amitié autochtones présents dans 12 villes du Québec?”

“Moi, j’arrive (en poste)”, a-t-elle répondu. Pourtant, son parti, la Coalition avenir Québec (CAQ), s’est fait élire le 1er octobre 2018, il y a de cela plus d’un an. Mme D’Amours a été nommée ministre le 18 octobre 2018.

Elle s’est vantée, jeudi, d’être en mode écoute et de n’avoir aucun plan. “Le gouvernement du Québec est là aujourd’hui pour entendre les priorités des Autochtones, a-t-elle déclaré. C’est vrai, je n’ai pas d’ordre du jour, c’est vrai, je n’ai pas de plan, parce que je veux qu’on le monte ensemble.

“Je vous avoue que c’est très déstabilisant comme gouvernement de ne pas avoir de plan. C’est la première fois que ça arrive, qu’on s’assoit devant eux et qu’on est à l’écoute et qu’on va prioriser avec eux. Je n’ai rien sur la table”, a-t-elle ajouté.

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