POLITIQUE
10/06/2019 16:56 EDT

Femmes autochtones: Andrew Scheer refuse de parler de «génocide»

Le Canada doit être prudent avec l'utilisation de ce terme, qui ne convient pas à cette tragédie, indique le politicien.

Chris Wattie / Reuters

OTTAWA — Le mot «génocide» ne convient pas précisément pour décrire ce qui a été infligé à des générations de femmes et de filles autochtones au Canada, a estimé Andrew Scheer, lundi.

Le chef conservateur soutient que les ramifications du terme «génocide» sont très profondes, que ce mot est chargé de sens, et que le sort réservé aux femmes et filles autochtones disparues et assassinées n’entre pas dans cette catégorie — même s’il s’agit d’une tragédie.

Interrogé dans le foyer du parlement, lundi matin, M. Scheer a expliqué que chaque vie perdue constitue une tragédie, qui a des conséquences énormes pour les familles et les proches. Il estime que tous les ordres de gouvernement peuvent poser des gestes concrets afin de protéger les personnes vulnérables, en particulier les femmes et les filles autochtones.

Rapport final: génocide

L’Enquête fédérale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées a publié son rapport final il y a une semaine. Les commissaires soutiennent notamment qu’en vertu du droit international, un génocide n’a pas besoin d’un seul leader ni d’une campagne systématique de violence organisée.

Les quatre commissaires estiment qu’on peut parler dans ce cas-ci de génocide, considérant la série de gestes ou d’omissions, allant des pensionnats indiens aux soins de santé médiocres, en passant par des moyens de transport peu sûrs et des services policiers indifférents ou même hostiles.

«Le Canada a adopté une politique continue, dont les motivations ont pu varier, mais dont l’intention sous-jacente est demeurée la même, visant à détruire les peuples autochtones physiquement, biologiquement et en tant qu’unités sociales, témoignant ainsi de l’intention spécifique requise» pour parler de génocide, lit-on dans un rapport supplémentaire des commissaires portant spécifiquement sur cette notion.

Le rapport d’enquête souligne qu’il est impossible de comptabiliser avec précision le nombre de femmes autochtones qui sont disparues ou ont été assassinées au Canada. La Gendarmerie royale du Canada a recensé dans ses dossiers 1186 cas au cours des 30 dernières années seulement. Mais la police fédérale ne couvre pas l’ensemble du pays; de plus, les personnes disparues ne sont pas toutes signalées et la police n’est pas toujours prévenue des décès.

Détournement de débat?

L’utilisation du terme «génocide» dans le rapport a immédiatement suscité la semaine dernière une controverse sémantique, qui pourrait, selon certains, faire oublier l’essentiel: les 231 recommandations formulées par les commissaires.

Le premier ministre Justin Trudeau a d’abord soigneusement évité de reprendre le terme «génocide» lors de la cérémonie marquant le dépôt du rapport. Le lendemain, il a accepté que le terme puisse s’appliquer au traitement réservé aux femmes et filles autochtones disparues et assassinées. Mais lundi matin, en entrevue à Radio-Canada, il a estimé qu’il était plus juste de soutenir que les Autochtones avaient été victimes d’un «génocide culturel».

«Moi, je me replie sur les mots utilisés dans la Commission de vérité et réconciliation, il y a quelques années, où ils ont parlé de génocide culturel, et je pense que ça a été très très bien défini», a-t-il expliqué lundi au micro de «Gravel le matin», à Montréal.

Le Canada a adhéré à la Convention des Nations unies de 1948 sur la prévention et la répression du crime de génocide. Après la publication du rapport de la commission, le secrétaire général de l’Organisation des États américains a annoncé qu’il souhaitait constituer un comité international chargé d’enquêter sur le sort de ces femmes et ces filles autochtones disparues et assassinées au Canada.

Dimanche, la ministre des Relations Couronne-Autochtones, Carolyn Bennett, a déclaré au réseau Global que le gouvernement libéral soutiendrait une telle procédure, car il croyait au «système international fondé sur des règles».

M. Scheer ne voit pas d’un très bon oeil que le Canada puisse être ainsi soumis aux types d’actions internationales qui suivent les conclusions de génocide. «Je pense que nous devons être très prudents avec l’utilisation de cette terminologie et je ne veux pas me laisser distraire du bon travail que le rapport a effectué», a soutenu le chef conservateur.

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