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10/09/2019 10:03 EDT | Actualisé 10/09/2019 10:07 EDT

Une femme trans ferme son café végane après des menaces et des actes de vandalisme

«L’adresse et les heures d’ouverture étaient affichées sur Internet, les gens mal intentionnés savaient où nous trouver... Toute cette anxiété, c’était devenu épuisant», confie Sophia Banks.

Courtoisie Vegan Canteen
Le Vegan Canteen, un café végane situé à Val-David, a fermé ses portes il y a deux semaines.

Une femme trans a décidé de fermer son café végétalien de Val-David, dans les Laurentides, après plusieurs actes de vandalisme et des attaques sur les réseaux sociaux concernant son identité de genre et ses opinions politiques.

Oiseau mort, bouteilles cassées et urine devant le café, vol d’argent et de matériel... Sophia Banks affirme avoir connu plusieurs actes de vandalisme à son restaurant Vegan Canteen, qui était ouvert depuis le mois de juin.

Courtoisie Vegan Canteen
Un exemple de vandalisme qu'a subi le Vegan Canteen au mois d'août.

Mais la situation a pris une autre tournure lorsqu’elle s’est prononcée sur son compte Twitter (personnel) contre la loi 21, adoptée par le gouvernement Legault cet été, qui interdit le port de signes religieux aux fonctionnaires en position d’autorité. 

«Je vais le dire publiquement: je ne me sens vraiment pas à l’aise de vivre au Québec depuis que la loi 21 a été adoptée. Que tant de mes voisins croient qu’une femme portant le hijab ne devrait pas enseigner à leurs enfants», a notamment écrit la femme originaire de Toronto, qui vit au Québec depuis quatre ans. 

C’est à partir de ce moment que les choses ont pris une autre tournure, selon Sophia Banks. La femme dit avoir reçu un déluge de messages transphobes et de critiques haineuses, en plus de fausses évaluations sur la page Facebook de son restaurant. 

Vegan Canteen/Facebook
Voici une capture d'écran que nous a envoyée Sophia Banks pour illustrer le genre de commentaires qu'on retrouvait sur sa page.

Cette escalade a fait en sorte que Sophia Banks ne se sentait plus en sécurité à cet endroit. 

«L’adresse et les heures d’ouverture étaient affichées sur Internet, les gens mal intentionnés savaient où nous trouver... Toute cette anxiété, c’était devenu épuisant», a-t-elle expliqué lorsque le HuffPost Québec l’a jointe par téléphone.

Courtoisie
Sophia Banks a décidé de fermer son café végane à Val-David et d'aller s'installer en Colombie-Britannique.

«Au début, je pensais que les actes de vandalismes pouvaient être posés par des adolescents qui n’ont rien de mieux à faire... Mais là, c’était presque à chaque semaine, en plus des menaces et des critiques sur les réseaux sociaux. C’était toujours de l’angoisse, par rapport à ce que nous allions découvrir.»

Il y a deux semaines, Sophia a finalement décidé de mettre la clé dans la porte. Mais elle affirme que cette fermeture précipitée la laisse avec des milliers de dollars de dette. Elle a donc lancé une campagne de socio-financement sur GoFundMe, et a d’ailleurs dépassé son objectif de 4000$. Elle prévoyait déménager en Nouvelle-Écosse avec sa copine, mais elles se rendront plutôt en Colombie-Britannique, où un ami a accepté de les héberger. Une activité de financement aura aussi lieu à la Sala Rossa le 22 septembre, à Montréal, avant leur départ.

«Une grande perte pour nous»

La mairesse de Val-David trouve cette situation déplorable. Elle affirme d’ailleurs que le Vegan Canteen était un excellent restaurant. 

«C’est une grande perte pour nous», a affirmé Kathy Poulin au HuffPost Québec

Mais elle a dit comprendre tout de même la décision de Mme Banks.

«Je condamne tous les gestes violents. Et personne ne devrait sentir que sa sécurité est menacée.»

La mairesse aurait toutefois souhaité que la police fasse enquête sur ces actes de vandalisme pour «aller au fond des choses». 

«Rien ne prouve que le vandalisme était lié à de la transphobie ou à une attaque contre le véganisme», continue-t-elle, ajoutant que que la vandalisme est une problématique somme toute rare, mais récurrente dans la municipalité. 

«Des fois, on trouve les responsables, et souvent, ce sont des jeunes désœuvrés. Du vandalisme, c’est dommage, mais il y en a partout.»

Sophia Banks n’a pas voulu faire intervenir la Sûreté du Québec. Elle affirme ne pas avoir une grande confiance dans les corps policiers.

«Certains d’entre nous ont connu la réalité de la violence et de la brutalité policières et vivent quotidiennement avec le traumatisme qui en découle», explique-t-elle.

Pas représentatif, assure la mairesse

La mairesse assure que Val-David est «un village d’artistes, de créateurs», qui est «reconnu pour son accueil de la différence, sa tolérance et son ouverture». Elle croit d’ailleurs que les cyberattaques dont Sophia Banks a été victime ne provenaient pas de résidants de Val-David.

Dans une publication faite hier soir sur Facebook, Sophia explique qu’elle qu’elle ne veut pas que les gens croient que Val-David est un «village affreux et intolérant». «C’est un endroit charmant, avec des personnes charmantes, écrit-elle. Ce genre de problèmes, il y en a partout. Nous devons nous assurer de dénoncer l’intolérance, le racisme, la transphobie, l’islamophobie, la brutalité policière, etc.» 

 

Sophia n’ouvrira probablement pas d’autre café en Colombie-Britannique, puisqu’elle se dit un peu traumatisée de son expérience. Elle assure qu’elle continuera de fabriquer son fromage végétalien, qu’elle tentera de vendre dans les marchés.