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19/11/2020 10:50 EST | Actualisé 19/11/2020 10:51 EST

Une fausse couche représente un deuil, il serait temps de le reconnaître

En tant qu’enseignantes, nous n’avons droit à aucun congé particulier après une fausse couche survenue avant 20 semaines.

Massimiliano Finzi via Getty Images

Octobre 2019. Après avoir rêvé pendant des années de porter la vie, ce rêve semblait finalement accessible. J’aperçois deux petites lignes sur un test de grossesse qui allait changer ma vie.

Durant les douze premières semaines, tout semble se dérouler à merveille. Je ne ressens pas de fatigue écrasante et je continue mon travail en tant qu’enseignante au préscolaire en classe d’accueil, à temps plein.

Puis, vient le temps de faire l’échographie de clarté nucale, où la technicienne m’apprend que le coeur ne bat pas. Mon conjoint et moi sommes chavirés, bouleversés, surpris et extrêmement chagrinés.

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Cette histoire est sans doute semblable à celle de bien des femmes, puisqu’une femme enceinte sur quatre de plus de 35 ans vivra une situation semblable. Si l’on ne peut contrôler les décisions de mère nature, on peut tout de même changer la façon dont on vivra ce deuil périnatal.

En tant qu’enseignantes, nous n’avons droit à aucun congé particulier après une fausse couche survenue avant 20 semaines. Cela signifie donc que l’on doit retourner au travail rapidement, puisque nous n’avons que six jours de congé de maladie par année, en plus de deux journées personnelles.

Personnellement, j’ai pris trois jours de «congé» pour me remettre physiquement de cette épreuve hors de l’ordinaire. À mon retour, mes collègues étaient surpris de me voir et me suggéraient fortement de prendre quelques congés de plus pour vivre mon deuil.

Si j’appuyais dans leur sens, cela voudrait donc dire que je ne pourrais plus jamais prendre de congé d’ici la fin de l’année, à défaut de ne pas être compensée financièrement.

Il s’agit d’un dilemme horrible auquel aucune femme ne devrait avoir à faire face. Il importe de faire changer les choses et de considérer ne serait-ce qu’une seule journée de congé supplémentaire, que l’on pourrait ajouter à la banque de journée de congé auquel on a droit lorsqu’on est enceinte.

Après tout, le Tribunal des droits de la personne de l’Ontario a déclaré en mars 2015 que «la fausse couche était un état inhabituel qui avait un impact sur la capacité d’une femme à fonctionner au sein de la société».

Il est temps, au Québec, de faire preuve de sensibilité et de faire changer les choses pour le bien des enfants qui évoluent auprès d’une enseignante qui n’est pas aussi enjouée qu’à l’habitude et pour toutes les professionnelles qui souffrent en silence.

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