Cet article fait partie des archives en ligne du HuffPost Québec, qui a fermé ses portes en 2021.

Face au racisme, j'ai finalement choisi de cesser le silence et de me tenir debout

Il faut avoir le courage d’ouvrir la discussion. Et j'ai enfin décidé de le faire. Pour les prochaines générations, pour moi.
Photo d'illustration
Photo d'illustration

En marchant vers l’épicerie aujourd’hui, je regardais ces jeunes du secondaire. Ils étaient pleins de vie, beaux et différents. J’habite Villeray à Montréal. Bien que j’aime mon quartier, ce n’est pas le plus diversifié culturellement. Rien à voir avec le centre-ville ou encore Parc-Extension où les langues et les cultures se mélangent. Mais, en marchant à l’heure du lunch aujourd’hui, cette beauté culturelle m’a frappée. Et pourtant, ces jeunes, on les oublie.

Adib Alkhalidey a dit à Tout le monde en parle dernièrement qu’on est en train de sacrifier une génération de talent, d’ambition et de richesse. Et je me suis reconnue dans ça. J’ai 27 ans. Ces jeunes avaient 10 ans de moins que moi, et pourtant, ils vivent les mêmes sentiments que j’ai ressentis à leur âge.

Est-ce que le Québec est chez moi? Où sont les gens comme moi?

«Je suis bien en Asie. Ce sera toujours une de mes maisons. Les gens me ressemblent et ça fait du bien.»

Je viens tout juste de revenir au Québec. Il y a un mois, je vivais en Thaïlande. Ça faisait près de trois ans que je vivais à l’étranger, principalement en Asie. On m’a souvent demandé pourquoi. Et bien que cette réponse pourrait être répondue de mille et une façons, la plus simple, c’est que je suis bien en Asie. Ce sera toujours une de mes maisons. Les gens me ressemblent et ça fait du bien.

Il y a quelque chose d’extrêmement puissant dans le fait d’être dans un environnement où tu te fonds dans la masse, où tu n’as pas à gérer les micro (parfois grandes) agressions. Quotidiennes pour certains ou événements rares pour d’autres, ces micro-agressions s’accumulent, et à la fin, c’est lourd pour le coeur.

Alors, que fait-on de tous ces jeunes qui ne se sentent pas représentés? De tous ces gens qui ont mal en silence?

Vous avez envie de raconter votre histoire? Un événement de votre vie vous a fait voir les choses différemment? Vous voulez briser un tabou? Dénoncer une situation? Vous pouvez envoyer votre témoignage à propositions@huffpost.com et consulter tous nos témoignages.

Il y a bien des aspects à cette question et je ne pourrai pas tous les évoquer, surtout que je ne pense pas être en mesure de répondre à toutes les nuances qu’elle implique. Je m’en tiendrai à deux aspects: le gouvernement et nos vies personnelles.

Au gouvernement, il faudrait d’abord reconnaître l’existence du racisme systémique au Québec. Ça fait toujours mal de reconnaître qu’on a eu tort, mais une fois que c’est fait, on apprend et on se relève les manches pour travailler à améliorer les choses.

«On dit que ça prend du courage pour se tenir debout devant ses ennemis, mais ça prend encore plus de courage pour se tenir debout devant les gens qu’on aime.»

On a cette tendance, au Québec, et plus largement au Canada, à se comparer souvent aux États-Unis. Et c’est normal, c’est notre seul voisin. Mais à mon humble avis, cela fait en sorte qu’on établit souvent un discours qui dit: «C’est pire aux États-Unis, donc ce n’est pas si mal ici. Restons dans le statu quo.» Le racisme qui existe aux États-Unis est pire, les systèmes de santé et scolaire sont plus chers, donc, nous ne sommes pas si mal que ça. Bien évidemment, c’est une exagération de la situation, mais vous voyez le portrait. Ce serait déjà un bon pas vers l’avant si l’existence même du racisme systémique ne divisait pas.

Et dans nos vies personnelles, que fait-on? On dit que ça prend du courage pour se tenir debout devant ses ennemis, mais ça prend encore plus de courage pour se tenir debout devant les gens qu’on aime. Et ça, c’est encore une chose sur laquelle je travaille fort. Je me tais souvent encore quand j’entends des choses qui blessent. Parce que comment dis-tu à ta famille et tes amis que ces choses te blessent quand ils sont blancs? Tu ne le dis pas et tu as un peu mal en silence.

Mais ça, j’ai commencé à le faire récemment. À ouvrir la discussion sur le racisme, les mots blessants, à ouvrir un dialogue de compassion. Parce que si je ne le fais pas pour moi, qui va le faire pour ces jeunes?

Envoyer une correction
Cet article fait partie des archives en ligne du HuffPost Canada, qui ont fermé en 2021. Si vous avez des questions ou des préoccupations, veuillez consulter notre FAQ ou contacter support@huffpost.com.