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06/11/2019 14:26 EST | Actualisé 06/11/2019 18:40 EST

Exploitation sexuelle des mineurs: du recrutement dans les centres jeunesse

Des proxénètes se louent même des logements dans des immeubles d’habitation à proximité.

MATJAZ SLANIC via Getty Images

Les proxénètes se servent des centres jeunesse comme lieux de recrutement pour les jeunes filles, a soutenu la criminologue Maria Mourani devant la Commission spéciale sur l’exploitation sexuelle des mineurs, mercredi à Québec. L’experte souhaite aussi que l’aide offerte à ces jeunes victimes soit plus spécialisée et bonifiée.

Plusieurs sources ont confirmé que le recrutement se faisait non seulement à l’intérieur des murs des centres jeunesse par le biais d’autres jeunes filles, elles-mêmes sous l’emprise de proxénètes, mais aussi à l’extérieur, a-t-elle expliqué aux élus membres de la commission.

Certains proxénètes viennent même chercher les filles en fugue ou en permission de sortie directement aux portes des centres jeunesse, est-il précisé dans le mémoire qu’elle a déposé.

Certains se louent des logements dans des immeubles d’habitation à proximité de centres jeunesse afin d’avoir le contrôle sur leurs recrues ou pour en repérer de nouvelles.

Mais attention, dit-elle: tout lieu public est un lieu potentiel de recrutement, dont les stations de métro et d’autobus, les parcs, les abords des écoles, l’intérieur des écoles, les arcades, les partys. Sans oublier les réseaux sociaux, devenus de nouveaux espaces de recrutement.

Et puis, ces centres jeunesse ne possèdent pas tous l’expertise nécessaire pour accueillir ces filles qui sont victimes, a ajouté l’experte qui a notamment une spécialité en trafic humain et en gangs de rue.

Les services offerts aux jeunes, en lien avec la prostitution dans les centres jeunesse du Québec, ne sont pas égaux, a-t-elle expliqué. Si certaines régions ont une certaine expertise, d’autres n’en ont aucune.

«Ça prend des unités spécialisées», a-t-elle fait valoir.

L’experte a ajouté avoir rencontré des jeunes filles ayant eu une expérience d’assignation dans des centres jeunesse. Elles ont toutes mentionné avoir eu le sentiment d’être traitées comme des personnes ayant des problèmes de comportement, voire des criminelles. «Elles sortent de là avec une colère énorme», a dit Mme Mourani.

«Ce ne sont pas des filles avec des problèmes de comportement. Ce sont des victimes et elles ont besoin de plans de traitement comme des victimes», a-t-elle répété aux membres de la commission.

L’attente peut être longue avant qu’elles puissent voir un psychologue, a déploré Mme Mourani qui a rapporté un cas où l’adolescente a dû patienter six mois avant de pouvoir en voir un.

La criminologue, aussi ancienne députée fédérale, prône de plus la création de tribunaux spécialisés en exploitation sexuelle, parce que les victimes ont peur, non seulement de dénoncer leurs proxénètes, mais aussi de devoir affronter la Cour.

Pas assez d’arrestations

Mme Mourani déplore le faible nombre d’arrestations de clients, aussi appelés prostitueurs. Elle rappelle qu’avec la loi fédérale C-36, la Loi sur la protection des collectivités et des personnes victimes d’exploitation, sanctionnée en 2014, l’achat et l’annonce de services sexuels sont devenus des crimes. L’une de ces dispositions vise donc la pénalisation des prostitueurs.

Selon son analyse, en un peu plus de quatre ans, seulement 233 prostitueurs ont eu à répondre de chefs d’accusation pour avoir obtenu des services sexuels moyennant rétribution.

Ce qui est très peu, juge-t-elle.

Elle estime qu’il est plus qu’urgent que les services de police du Québec et le système judiciaire dans son ensemble passent à une vitesse supérieure quant à la pénalisation des prostitueurs.

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