POLITIQUE
16/09/2020 12:40 EDT | Actualisé 20/09/2020 17:20 EDT

Jaune, Orange, Rouge... On en sait plus sur les niveaux d’alerte COVID-19 par région

Voici ce à quoi vous pouvez vous attendre si votre région passe à l'orange dans les prochains jours.

MISE À JOUR 20/09/2020: Le détail des restrictions en zone orange ont été précisés dimanche, alors que trois régions du Québec sont passées en mode «alerte» pour la première fois.

Alors que huit régions du Québec sont désormais au niveau jaune, les détails sur ce qui déclenche un passage au palier supérieur et sur les implications de chaque niveau d’alerte demeurent flous. Mais un document présenté aux médecins spécialistes cette semaine nous permet de comprendre un peu mieux les rouages du système d’alertes régionales.

Le document, vaguement qualifié de «première mouture» par le premier ministre François Legault en point de presse mercredi matin, a pourtant été présenté à la Fédération des médecins spécialistes du Québec lundi par le conseiller médical stratégique adjoint à la direction générale de la Santé publique, Dr Éric Litvak. Il a été diffusé publiquement sur les réseaux sociaux par l’analyste indépendant en politiques publiques Patrick Déry mercredi, en plus de faire l’objet d’un article sur le site d’information spécialisée Profession Santé.

MISE À JOUR 17/09/2020: Après la publication initiale de cet article, le document est apparu sur le site Québec.ca, avec une précision indiquant qu’il s’agit d’un «document de travail qui évolue constamment» et que les informations sont sujettes à changements.

Qu’est-ce qu’on apprend?

D’abord, le document présenté aux médecins spécialistes par le Dr Litvak détaille les critères pris en compte pour établir le niveau d’alerte de chaque région, sur lesquels le gouvernement de François Legault est demeuré vague jusqu’à présent.

Facebook/Patrick Déry
Document tiré d'une présentation d'un haut fonctionnaire de la direction générale de la Santé publique du Québec à la Fédération des médecins spécialistes ayant eu lieu lundi.

Le tableau confirme que le seuil de 20 cas par million d’habitants est l’un des éléments qui pourrait faire passer une région du vert au jaune. À partir de 60 cas par million d’habitants, on entrerait en zone orange, tandis que plus de 100 cas par million d’habitants pourraient signifier une alerte rouge.

Le pourcentage de tests positifs, l’augmentation des hospitalisations et le ratio du nombre de nouveaux contacts par cas confirmé joueront aussi dans la prise de décision.

Une mention sur le tableau indique toutefois que les indicateurs et seuils sont «en développement et sujets à révision». Après la publication des tableaux par M. Déry mercredi, le cabinet du ministre de la Santé Christian Dubé a d’ailleurs affirmé au journaliste Sébastien Bovet que le document a depuis «évolué», sans toutefois préciser ce qui avait changé. Le HuffPost Québec a demandé des précisions au ministère et cet article sera mis à jour lorsque nous aurons reçu une réponse.

Un deuxième tableau résume aussi les restrictions et interdictions «potentielles» associées à chaque palier d’alerte. Comme le mentionnait mardi en point de presse le ministre Dubé, le nombre maximal de convives permis dans un rassemblement privé passerait de 10 à 6 personnes au niveau orange. On apprend également que les rassemblements de personnes ne vivant pas à la même adresse seraient de nouveau interdits dans les régions en alerte rouge.

Parmi les autres mesures potentielles listées, on remarque la fermeture des bars, brasseries, tavernes et des casinos, ainsi que les salles à manger intérieures des restaurants dans les régions orange.

Facebook/Patrick Déry
Un tableau présenté aux médecins spécialistes du Québec lundi détaille les mesures qui pourraient être adoptées en cas d'un reconfinement régional pour lutter contre la COVID-19.

Cité par Profession Santé, le Dr Litvak aurait aussi évoqué devant les médecins spécialistes la possibilité d’imposer le port du masque en classe pour les élèves de certains niveaux. Il aurait aussi affirmé que les élèves en zone rouge pourraient recevoir de l’enseignement à distance.

Rappelons que le ministère de l’Éducation a déjà prévenu que les activités parascolaires et les programmes Sports-études risquaient d’être suspendus dans les régions qui passeraient à l’orange ou au rouge.

Transparence et imputabilité

En entrevue avec le HuffPost Québec mercredi, Patrick Déry estime que les critères chiffrés présentés aux médecins spécialistes sont «très précis». S’il estime que le système d’alertes régionales est «une bonne chose» puisque Québec s’éloigne de l’approche «mur à mur» qui a caractérisé la première vague de contaminations, il déplore le manque de transparence du gouvernement dans sa mise en place.

«Jouer à visière levée, c’est important», dit-il. «Les endroits où il y a le plus de transparence sont les endroits où les citoyens ont le plus de confiance envers les gouvernements.»

Sur Twitter, le gériatre David Lussier ajoute qu’une meilleure transparence quant aux critères et aux conséquences associés à chaque palier permettrait aussi de conscientiser les gens.

«Si les gens savent qu’il y a une forte probabilité que les restaurants soient fermés dans une semaine, pour 75% de la population du Québec, ils seront probablement plus enclins à bien suivre les règles», écrivait-il mercredi.

Des appels qui font écho à celui de l’opposition officielle qui réclamait mardi que le gouvernement clarifie son code de couleurs. Comme le détaillait mardi le HuffPost Québec, tous les partis d’opposition à l’Assemblée nationale estiment que davantage de transparence pourrait aussi contribuer à limiter la montée du conspirationnisme au sein de la population québécoise.

Les gens qui travaillent pour la santé publique à l’échelle locale, ils ne sont pas nonos.Patrick Déry, analyste indépendant en politiques publiques

Patrick Déry souligne également que l’efficacité du système est limité par le fait que la prise de décision est centralisée à Québec. «C’est la direction nationale de Santé publique qui fait des recommandations, mais ultimement c’est le politique qui décide», dit-il.

Il aimerait voir les «centres de décisions, les budgets et l’imputabilité» être davantage aux niveaux régional et local.

«Le MSSS devrait émettre les grandes lignes directrices et se retirer», estime-t-il. «Les gens qui travaillent pour la santé publique à l’échelle locale, ils ne sont pas nonos. Qu’ils n’aient pas de pouvoir de décision, c’est un problème.»

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