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24/05/2019 16:17 EDT

Eva, la coopérative d'ici qui veut concurrencer Uber

Les fondateurs veulent donner le pouvoir aux gens d'ici.

MONTRÉAL Un nouveau joueur dans l’industrie du taxi a officiellement lancé ses activités à Montréal, la semaine dernière.

Eva, qui peut opérer grâce à l’élargissement du projet pilote d’Uber pour l’inclure, est une coopérative de solidarité québécoise dont l’application a été développée dans la Belle Province. L’application fonctionne somme toute comme celle de la multinationale. Il s’agit de mettre une adresse de départ et une d’arrivée dans l’application. 

L’idée de ce projet est née grâce à Dardan Isufi et Raphaël Gaudreault. Devant les menaces d’Uber de quitter le Québec en septembre 2017, les deux amis ont voulu développer une alternative québécoise pour compétitionner le géant mondial.

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Dardan Isufi et Raphaël Gaudreault ont eu l'idée de fonder Eva lors d'une nuit blanche... dans un McDonald's de Lévis!

Contrairement à Uber, M. Isufi fait valoir que c’est l’intérêt du membre qui prime sur tout, comparativement aux profits pour l’entreprise cotée en bourse.

«Nous restons quand même une entreprise à but lucratif, précise M. Isufi, qui est le chef d’orchestre opérationnel d’Eva. S’il y a des profits à la fin de l’année, ils sont retournés sous forme de ristournes aux membres.»

Le ministre des Transports, François Bonnardel, accueille favorablement l’arrivée d’Eva.

«Le ministre se réjouit de voir de nouvelles initiatives dans le transport rémunéré de personnes être lancées au Québec, surtout quand il s’agit d’une coopérative québécoise. [...] Le projet de loi 17 que le ministre a déposé va également permettre à des initiatives similaires de voir le jour, tout en modernisant l’industrie», a affirmé son attachée de presse, Sarah Bigras.

Lors de la première semaine d’opération, il y a eu près de 10 000 téléchargements d’Eva.

Naissance en plein chamboulement de l’industrie

L’industrie du taxi vit de profonds changements en ce moment avec le projet de loi 17 concernant le transport rémunéré de personnes par automobile qui vise à déréglementer cette industrie, notamment avec la fin des permis de propriétaire de taxi.

Les fondateurs d’Eva sont très conscients de la situation difficile des chauffeurs de taxi et sympathisent avec leur situation. Mais Dardan Isufi pense que ce système est un boulet pour ces derniers.

C’est un système qui n’a pas été conçu pour être évolutif. Il nuit à la mobilité intelligente dans nos villes.Dardan Isufi

«Il faut une transition et nous sommes en faveur qu’elle soit faite de manière juste et équitable. Il ne faut pas sacrifier la justice sociale sur l’autel de l’innovation. Mais en même temps, il faut embrasser le progrès responsable, durable et équitable», a-t-il affirmé.

L’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques a d’ailleurs proposé de taxer les nouvelles initiatives dans le transport rémunéré, comme Uber et Eva, pour payer les compensations aux détenteurs de permis de taxi. Les fondateurs d’Eva seraient d’accord avec une telle démarche.

Qui sont les membres?

Il y a cinq catégories de membres dans la coopérative Eva, contrairement aux coopératives de transport habituelles où les conducteurs sont souvent les seuls membres. 

«Pour simplifier le message, Eva est une coopérative qui rassemble les membres passagers et conducteurs. [...] Les deux ont un droit de regard dans la gestion, dans la gouvernance démocratique, dans la prise de décision et ainsi de suite», a expliqué Dardan Isufi.  

Le passager devient membre dès qu’il crée un compte et le coût de 10$ pour l’adhésion est réparti sur 20 transactions.

Plus d’argent pour les chauffeurs

Le coût d’une course avec Eva est très similaire à celui d’Uber, selon les quelques tests effectués par le HuffPost Québec.

Par contre, au bout de la ligne, le chauffeur aura plus d’argent dans ses poches avec Eva, puisque l’entreprise québécoise ne prend que 15% du coût de la course, comparativement à 25% pour Uber. Et avec Eva, le conducteur est un membre de la coopérative, ce qui lui permet de prendre part à la vie démocratique de l’entreprise.

Comme pour Uber, une personne voulant s’inscrire comme conducteur pour Eva devra suivre une formation de 35 heures en ligne. Elle doit aussi remplir des exigences telles que d’avoir un permis de conduire valide, de parler français et de ne pas avoir de dossier criminel.

Eva recrute présentement des chauffeurs pour étendre son service au Grand Montréal. En dehors des quartiers centraux de la métropole, il est plus difficile de se déplacer avec Eva pour l’instant.

Technologie de la chaîne de blocs

Autre grosse différence avec Uber: Eva utilise la technologie de la chaîne de blocs pour préserver les données personnelles des utilisateurs de l’application.

Éventuellement, Eva voudrait permettre à ses utilisateurs passagers de payer leurs courses avec la cryptomonnaie.

Expansion

L’application d’Eva a été lancée seulement avec les options de base. Pour l’instant, donc, impossible de partager une course entre deux utilisateurs ou de commander une fourgonnette, par exemple.

Eva est toutefois à l’écoute de ses utilisateurs et fait ce qu’elle appelle du «développement agile» à partir de la rétroaction de ses membres. Les développeurs travaillent actuellement pour changer la destination finale d’une course en cours de route, ce qui a été demandé par plusieurs utilisateurs.

Seulement disponible à Montréal pour l’instant, l’application Eva veut s’étendre à d’autres villes de la province dans les prochains mois, comme Québec et Gatineau. Après l’adoption du projet de loi 17, Eva voudrait aussi se développer en région.

Éventuellement, l’entreprise voudrait offrir son produit dans d’autres pays et peut-être aussi se lancer dans la livraison de nourriture, comme Uber Eats, et de marchandise.

L’application Eva peut être téléchargée via l’App Store ou Google Play.

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