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29/01/2020 12:04 EST

Étudier en arts à l’université... à 76 ans!

Nicole Roch craignait de passer pour une «grand-mère» à l’UQAM. Chose certaine, elle ne compte pas ses heures!

«Le dernier travail que j’ai fait, c’était sur Armand Vaillancourt, s’enthousiasme Nicole Roch. C’est un personnage extraordinaire! Je suis tellement contente de ma recherche.»

Aucun projet artistique ne fait peur à cette étudiante au certificat en arts visuels de l’Université du Québec à Montréal qui ne manque pas de motivation ou d’énergie pour aller à ses cours. À 76 ans, elle fait partie des 267 étudiants de plus de 60 ans inscrits à l’UQAM cette année. 

La soif d’apprendre de Nicole Roch est insatiable et elle ne craint pas de sortir de sa zone de confort. «J’avais déjà suivi des cours de dessin et d’aquarelle, mais je commençais à penser que c’était redondant, raconte l’artiste. J’ai décidé de m’inscrire à l’UQAM et je trouve ça passionnant. C’est incroyable ce que je peux apprendre.»

Nicole Roch n’a jamais vraiment quitté l’école puisqu’elle a été enseignante au primaire à Montréal-Nord pendant 35 ans. En fin de carrière, elle a eu l’occasion de travailler à l’école Sainte-Gertrude, où les arts étaient au coeur du programme. «C’était des années de bonheur.»

L’enseignante accompagnait les élèves dans leurs cours d’arts et de musique. «Quand j’étais avec les enfants, j’aurais voulu faire mes propres productions, mais je ne pouvais pas, il fallait que je m’occupe de la discipline!»

Je me demandais comment on allait me considérer. J’étais comme la grand-mère qui arrivait dans le cours.Nicole Roch

Une fois sa carrière terminée, la retraitée a saisi les occasions de créer. Alors qu’elle était installée en Floride avec son mari, Nicole Roch, sur les conseils d’un voisin franco-ontarien, a organisé un atelier d’arts dans le camping où ils étaient installés. «J’ai fait le tour du camping et j’ai essayé de trouver des gens intéressés. À certains moments dans l’année, on était une quinzaine dans l’atelier», se félicite-t-elle. 

Il y a deux ans, quand Nicole Roch a décidé de retourner sur les bancs d’école, elle craignait un peu les réactions face à son âge. «Au début, j’appréhendais comment ça allait se passer avec les étudiants. Je me demandais comment on allait me considérer. J’étais comme la grand-mère qui arrivait dans le cours, se remémore l’artiste en riant. Finalement, oui, je suis la plus âgée, mais la composition du groupe est tellement variée.»

Galerie photo Quelques oeuvres de Nicole Roch Voyez les images

L’étudiante de 76 ans est heureuse de dire que son intégration s’est très bien passée. C’est plutôt un professeur qui a été surpris par sa présence! «Il pensait que j’étais une étudiante libre et que je n’étais pas inscrite officiellement dans le programme.»

Ses professeurs sont d’ailleurs très impressionnés par la qualité de ses oeuvres et par les efforts qu’elle met dans ses travaux. «Un jour, mon professeur de sculpture m’a dit que je pourrais enseigner.» Et il faudrait d’ailleurs spécifier que Nicole Roch n’avait jamais fait de sculpture de sa vie.

«Lors d’une rencontre individuelle où on devait lui présenter notre projet à venir, j’avais tellement épais de documentation et de recherche. Il m’a dit: “Je ne peux pas t’aider, ton travail est tout fait, il ne te reste qu’à faire ton installation.”»

Courtoisie/Nicole Roch
Nicole Roch

Peinture, dessin, sculpture, approches hybrides, impressions: l’étudiante est amenée à toucher à tout dans le cadre de son certificat, et elle prend son temps pour faire sa formation. 

«Je viens ici pour mon plaisir. Je suis une passionnée. Dans tout ce que j’entreprends, j’essaie de donner le maximum.» Nicole Roch s’inscrit à un seul cours par session, mais elle s’y consacre à temps plein. «Dans un cours de 15 semaines, j’ai eu 13 réalisations à faire. Ça roule!» 

Alors que les professeurs prévoient six heures de travail par semaine en dehors des cours, la doyenne de la classe ne se contente pas du minimum. «J’en fais pas mal plus, je mets le paquet. Je travaille presque tous les jours. Pour chaque travail, je mets une cinquantaine d’heures», dit-elle fièrement. 

«Mes résultats, je me pince, ça ne se peut pas! J’ai des bonnes notes, c’est plaisant», se réjouit l’étudiante toute en montrant un travail de recherche qui lui a valu une note de A. «Mes cours à l’université me permettent de voir les choses différemment. Les arts, ça va beaucoup plus loin que ce qu’on pense. Ça va loin, très loin. Je l’ai réalisé avec mes cours.» 

Non seulement elle a l’intention de poursuivre son certificat dans les années à venir, mais Nicole Roch a déjà un nouveau projet dans sa mire. «Des fois, je pense à m’acheter un clavier. Je n’ai jamais fait de piano, mais j’aimerais essayer», lance l’artiste, les yeux pétillants.