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05/08/2020 09:09 EDT | Actualisé 05/08/2020 09:17 EDT

Moins de 3% des Québécois ont été infectés par la COVID-19, selon Héma-Québec

On est très, très loin de l'immunité collective.

ASSOCIATED PRESS
Le pourcentage de la population qui a été exposée au virus SARS-Cov-2 est plus élevé dans les régions de Montréal, de Laval et de la Mauricie–Centre-du-Québec, selon l'étude.

Quelque 2,23% des adultes québécois de moins de 70 ans auraient déjà contracté la COVID-19, selon une étude de séroprévalence réalisée par Héma-Québec et l’Institut national de santé publique (INSPQ). On est donc encore à des années-lumière de la fameuse immunité collective qui a tant fait jaser au début de la pandémie.

Les chercheurs ont analysé les prélèvements de 7691 personnes de 18 à 69 ans qui ont fait un don de sang entre le 25 mai et le 9 juillet pour estimer quelle proportion de la population québécoise a développé des anticorps contre le virus SARS-Cov-2 depuis le début de la pandémie.

Comme on se l’imaginait, les régions de Montréal et de Laval affichent des taux plus élevés de séroprévalence que le reste de la province, avec 3,05%.

Plus surprenant, l’étude révèle que la Mauricie–Centre-du-Québec, où les dépistages laissaient croire à un taux d’infections trois fois moins élevé qu’à Montréal, affiche une séroprévalence presque aussi élevée que la métropole, à 2,96%.

L’étude n’est toutefois pas en mesure de fournir un portrait complet de la province, puisque six régions n’ont pas été incluses, faute de collecte de sang au cours de la période de recrutement.

En date du 4 août, le Québec avait déclaré quelque 59 845 infections, ce qui représente environ 0,7% de la population de la province.

Des limites

Si Héma-Québec estime que son échantillon est assez représentatif de la population québécoise pour tirer certaines conclusions, le Dr Marc Germain, vice-président affaires médicales et à l’innovation de l’organisme reconnaît qu’elle pourrait comporter plusieurs biais.

Quand on vient d’être malade, ce n’est peut-être pas notre premier réflexe d’aller donner du sang.Dr Marc Germain, Héma-Québec

Le plus significatif, c’est que les personnes qui reçoivent un diagnostic de COVID-19 ne peuvent pas donner du sang pendant au moins 14 jours après la réduction des symptômes.

«En pratique, on s’interroge sur la volonté et la capacité des gens d’aller donner du sang 14 jours après avoir fait la COVID-19», affirme le Dr Germain, rappelant que certains symptômes de la maladie continuent d’affliger certains patients longtemps après leur guérison officielle.

«Quand on vient d’être malade, ce n’est peut-être pas notre premier réflexe d’aller donner du sang», concède-t-il.

C’est sans compter que les scientifiques n’ont pas la certitude que toutes les personnes qui contractent la COVID-19 développent des anticorps et ignorent combien de temps ils demeurent dans le sang.

D’autres études ont démontré que, chez certaines personnes qui ont contracté la COVID-19, les anticorps peuvent baisser ou disparaître après plusieurs semaines. Le Dr Germain estime toutefois que cela ne devrait pas trop venir fausser les résultats de l’étude, puisqu’elle a été réalisée assez tôt après la première vague d’infections au Québec.

«On pense que ce n’est probablement pas un gros problème, dit-il. On sait que les anticorps ne baissent pas avant 100 à 110 jours après l’infection.»

Populations exclues

L’étude ne permet pas d’estimer la séroprévalence chez les personnes âgées de 70 ans et plus, puisque le gouvernement les avait intimées de rester isolées chez elles au plus fort de la pandémie. Héma-Québec n’a recommencé à accepter leurs dons de sang que le 29 juin, alors que la période de l’étude tirait à sa fin.

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L'échantillon d'Héma-Québec n'inclut pas les donneurs de sang de 70 ans et plus.

L’étude d’Héma-Québec n’analyse pas non plus la séroprévalence chez les enfants, puisqu’ils ne peuvent pas donner de sang. 

«Les dernières données semblent montrer qu’ils sont probablement aussi susceptibles que les adultes de faire l’infection, mais pour les symptômes, c’est une autre histoire», souligne le Dr Germain. D’autres études devront donc étudier la séroprévalence chez les mineurs.

Comme Héma-Québec ne recueille pas d’informations sur le statut socioéconomique des donneurs de sang, il est impossible de savoir si la séroprévalence est plus ou moins élevée chez les moins nantis, par exemple. Mais le Dr Germain est confiant qu’aucun groupe socioéconomique n’a été exclu de l’étude.

«On n’a pas les données québécoises pour le confirmer, mais quand on regarde la littérature mondiale, c’est vraiment toutes les couches de la société qui contribuent à la collecte de sang», assure-t-il.