Anxiété, colère, frustration, dépression: les étapes psychologiques du confinement

«Il n'est pas question de réussir son confinement, mais de sortir indemne psychologiquement de cette période. C'est la seule performance à réaliser!»

Depuis les débuts du confinement, notre monde semble s’être écroulé, nous plongeant tour à tour entre déni, frustration, colère, irritabilité, dépression. Entretien avec Dre Christine Crou, présidente de l’Ordre des psychologues du Québec.

«Nous vivons une période de stress aigu face à une menace nouvelle qui touche tout le monde et qui est hors de notre contrôle, explique-t-elle. Une période qui nous demande une adaptation rapide, c’est-à-dire de revoir fondamentalement notre fonctionnement au quotidien.»

Pour notre spécialiste, notre constitution personnelle et le contexte dans lequel nous sommes confinés vont déterminer nos réactions au confinement.

Constitution personnelle: avons-nous des problèmes mentaux ou non? Notre capacité à nous occuper de nous-même? Notre confiance en nous? Etc.

Contexte dans lequel nous vivons le confinement: une grande ville ou pas? Seule? À deux? Avec des enfants? Dans une maison ou un appartement? Etc.

«La première réaction au confinement a été pour tous une augmentation de l’anxiété. C’est une défense naturelle qui permet de nous protéger. Ensuite nous avons pu ressentir : anxiété, colère, frustration, déprime.»

Il est normal de ressentir :

  • La peur, le stress et l’anxiété : Face à une menace, la peur permet à l’être humain de mettre en place des actions pour se défendre. Cependant, quand l’anxiété devient trop forte, ces actions ne sont plus efficaces. L’imprévisibilité, la nouveauté de la situation et le sentiment de perte de contrôle entraînent inévitablement un stress important.

  • La tristesse, la déprime et la solitude : Comme nous sommes isolés, limités dans nos activités et éloignés de nos amis, collègues et proches, le quotidien peut devenir plus lourd et il est possible de ressentir de la déprime.

  • La frustration, la colère et l’irritabilité : L’isolement est frustrant et peut générer de la colère, d’autant que nombreux sont ceux qui sont confinés à la maison avec leurs enfants et privés d’activités et de contacts sociaux.

Source: Site de l’Ordre des psychologues du Québec

Les outils

➤ Anxiété

«Pour l’anxiété, on recommande d’essayer de ne pas rester dans des pensées en boucle qui nous font souffrir. On peut s’en dégager en allant vers des idées qui nous poussent à l’action. Exemple? Tenir un journal de bord, excellent exercice et passe-temps. Mais surtout: prenez une pause de l’anxiété! Il faut se distraire comme on peut. Écouter une série qui nous fait plaisir, prendre une marche... L’idée est d’introduire un distracteur (chose ou élément capable de détourner la pensée sur un autre objet). Autre outil: restez actif en gardant une routine. Se lever et dormir suffisamment (le sommeil est fondamental à notre équilibre). Alterner les activités: intellectuelles, physiques, détente... Les répéter au cours de la journée.»

«Il n'est pas question de réussir son confinement, mais de sortir indemne psychologiquement de cette période. C'est la seule performance à réaliser!»

- Dre Christine Crou, présidente de l'Ordre des Psychologues du Québec


➤ Irritabilité et colère

«Dans ce cas, on conseille de dépenser de l’énergie. Autre outil: s’isoler dans une certaine bulle avant de perdre patience. Faire redescendre la pression, désamorcer la bombe à retardement.»

Ne pas perdre de vue que ...

- On n’est pas du tout dans un processus de deuil parce qu’il n’y a rien de définitif à cette situation. Il ne faut pas oublier qu’il y aura une fin à ce confinement et à cette pandémie.

- Il n’est surtout pas question de réussir son confinement, mais de sortir indemne psychologiquement de cette période. C’est la seule performance à réaliser!

- Tout cela ne se dissipera pas d’un coup. Cela va changer les rapports humains dans le futur et notre façon de procéder au quotidien.

Le site de l’Ordre des psychologues du Québec a mis en place une page spéciale COVID-19 avec de nouvelles thématiques abordées régulièrement.

Si vous vous sentez en détresse, que vous avez perdu de l’intérêt pour vos activités préférées, que les ressources autour de vous sont insuffisantes, que vous avez de la difficulté à accomplir vos tâches quotidiennes et que vous éprouvez une grande fatigue, une aide professionnelle peut être nécessaire.

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