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Ses poils, sa fierté. La Québécoise Esther Calixte-Béa défie les standards de beauté

Cette jeune Québécoise fait la couverture du prestigieux «Glamour UK», une robe décolletée dévoilant ses poils sur sa poitrine.

La Québécoise Esther Calixte-Béa a fait la couverture du Glamour UK du mois de janvier et elle n’en est pas peu fière. Et il faut dire qu’il y a de quoi! À 24 ans, la jeune femme née à Longueuil, d’origine haïtienne et ivoirienne, mène un combat: faire voler en éclats le tabou de la pilosité féminine.

«Je n’avais jamais vu une femme en couverture d’un magazine avec des poils sur la poitrine. Et c’est moi! Je n’aurais jamais pensé que moi je pourrais faire la différence!»

Faire la différence

En 2019, alors que le mouvement Januhairy - contraction de «janvier» et «poil» en anglais qui a pour but de briser le tabou qui entoure la pilosité féminine - prend de l’ampleur, Esther lance son projet The Lavender.

«J’étais tannée de m’épiler. J’avais des cicatrices horribles, les poils repoussaient encore plus, c’était souffrant. J’ai décidé d’arrêter et c’est alors que j’ai lancé The Lavender.»

Un projet de photographies sur la féminité et la pilosité féminine. On peut lire en préambule, que c’est également un questionnement sur ce qui rend un corps féminin - et pourquoi les poils qui poussent naturellement sur des corps humains matures sont considérés comme anormaux.

«Je me suis beaucoup questionnée à ce moment-là. “Je le fais pour moi?”Je le fais pour les autres?” Mais plus largement, sur la liberté d’une femme à s’épiler ou pas et sur ce tabou de la pilosité chez la femme.»

Celle qui se décrit comme une activiste de la pilosité féminine a pendant de longues années caché ses poils.

«À 11 ans, je me suis soudainement rendue compte que j’étais très poilue, que j’étais différente des autres. Je devais graduer et porter une robe... j’ai commencé à m’épiler.»

Tant d’années à retirer ses poils qu’elle juge indésirables, à se priver de piscine, de partys entre ami(e)s avec toujours ce sentiment: la honte d’être différente.

Puis, un jour...

«Un jour en parlant avec l’une de mes tantes en Côte d’Ivoire, j’ai découvert qu’une partie de mes ancêtres de la tribu Wè était elle aussi très poilue et que c’était considéré comme un symbole de beauté.»

La beauté, notion bien relative et qui évolue tellement au fil de l’histoire, comme le précise la jeune femme.

Le temps de l’acceptation

En mai 2020, Maipoils - l’événement qui invite femmes, hommes et personnes non-binaires à tenter de donner une place à celui qu’on éradique sans cesse et toujours plus, le Poil - fait jaser. Et c’est alors qu’Esther prend la décision de ne plus s’épiler, plus jamais, et d’assumer complètement sa pilosité.

«Je suis sortie jambes non épilées, tout comme la poitrine. Je voyais bien le regard des gens. On m’a même une fois filmée lorsque je me rendais au centre commercial... Mais je ne le prends pas à coeur.»

Celle qui avoue ne pas savoir ce qui se passe réellement dans la tête des gens à la vue de ses poils assume désormais son corps tel qu’il est.

Cette couverture du Glamour UK en témoigne. Le magazine anglais l’a contactée après l’avoir interviewée quelques mois plus tôt. Confinement oblige, la jeune activiste, diplômée en peinture et dessins de Concordia, a prise elle-même ce cliché sur lequel elle porte une robe bleue, très largement décolletée, qu’elle a confectionnée.

«Je suis très fière de cette couverture! Enfant, j’aurais aimé voir des femmes comme moi, poilues. Et de me dire que je participe à faire bouger les mentalités...! »

Son compte Instagram, suivi par quasi 30 000 personnes, regorge de clichés d’elle, accompagnés de publications fortes telles que: «Garder mes poils a été symbolique pour moi. Non seulement cela symbolise la victoire sur les pressions des normes de beauté sociétales, mais cela symbolise la prise en charge de mon corps et le droit de l’aimer tel qu’il est.»

«Les commentaires sont majoritairement positifs. Il y en a toujours un ou deux encore qui disent dégueu”. Ceux-là je les bloque!»

Esther espère faire changer les mentalités et défier les standards de beauté une publication à la fois, une couverture de magazine à la fois, en démontrant que tout le monde a le choix de se raser ou de s’épiler, ou pas.

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