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12/01/2021 16:45 EST

L'épuisement du personnel soignant constitue aussi une crise de santé publique

Pour la psychiatre en chef au réseau de la santé de Toronto UHN, il ne fait aucun doute que la pandémie a aggravé ces sentiments de fatigue.

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TORONTO — Le directeur d’un centre de cardiologie de Toronto réclame de l’aide urgente pour tous ces médecins, infirmières et autres travailleurs de la santé qui sont au bout du rouleau, qualifiant leur épuisement professionnel d’autre «crise de santé publique».

Le docteur Barry Rubin, président et directeur médical du Centre de cardiologie Peter Munk du University Health Network (UHN), affirme que des sondages menés dans un centre cardiovasculaire avant même la pandémie révélaient déjà que 78 % des infirmières, 65 % des médecins et 73 % des autres travailleurs de la santé évoquaient des signes d’épuisement professionnel. 

Mais pour la psychiatre en chef au réseau de la santé de Toronto UHN, il ne fait aucun doute que la pandémie a aggravé ces sentiments de fatigue, de stress et de dépression chez de nombreux travailleurs de la santé. «La COVID a vraiment exacerbé un problème qui existait déjà», soutient la docteure Susan Abbey en commentant les résultats du sondage publiés mardi dans le Journal de l’Association médicale canadienne. «Presque tout le monde a des difficultés en première ligne.»

L’étude de l’UHN a interrogé 414 médecins, infirmières et personnel auxiliaire, y compris des physiothérapeutes, des inhalothérapeutes et des ergothérapeutes, des travailleurs sociaux et des orthophonistes, entre novembre 2018 et janvier 2019 — donc plus d’un an avant la pandémie.

L’épuisement professionnel peut comprendre de l’insatisfaction professionnelle, un roulement de personnel, une qualité de vie diminuée et des idées suicidaires. Et ces sentiments affectent également les soins, rappelle le docteur Rubin.

En soi une crise de santé publique

«L’épuisement professionnel est associé à une incidence accrue d’erreurs médicales, d’incidents de sécurité graves, de réadmission à l’hôpital, de résultats moins bons pour les patients et même, dans certains cas, d’une hausse de la mortalité des patients», a-t-il soutenu mardi dans un communiqué. «L’épuisement professionnel des médecins cliniciens constitue une crise de santé publique à laquelle nous devons nous attaquer maintenant.»

Ces appels surviennent alors que de nouvelles données suggèrent que le système de santé de l’Ontario sera débordé à moins qu’une flambée hivernale d’infections ne soit maîtrisée rapidement.

La nouvelle modélisation provinciale, publiée mardi, suggère qu’il pourrait y avoir environ 500 patients atteints de la COVID-19 aux soins intensifs d’ici la mi-janvier, alors que le nombre de lits disponibles diminue. On prévoit aussi que les décès pourraient doubler, pour atteindre 100 par jour, d’ici la fin du mois de février, dans le présent état des restrictions contre la COVID-19. Le gouvernement ontarien a d’ailleurs annoncé mardi des mesures plus sévères. 

Or, ces augmentations de cas exerceront forcément une pression supplémentaire sur les travailleurs de la santé dans les semaines à venir, ont prévenu les responsables.

La docteure Dominique Désy, de l’Association des médecins omnipraticiens d’Yamaska, a appelé la population à adhérer aux consignes de santé publique, tout en reconnaissant que plusieurs citoyens sont épuisés psychologiquement par les appels constants à la vigilance. «Ils en ont marre, et ça fait trop longtemps, et ils veulent vivre leur vie comme ils l’entendent (...) Je comprends ça, on comprend ça», a-t-elle admis. 

«Mais l’angle mort de cette pandémie va être à la fin (lorsque les hôpitaux devront peut-être) choisir qui restera ou non branché sur le respirateur. Et personne ne veut en arriver là.»

À VOIR: pourra-t-on se coller après avoir été vacciné?