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Épouse et mère heureuse, cela ne m’empêche pas d’être frustrée sexuellement

Mère de famille, «je rêve de ce jour où je pourrai faire l’amour avec mon conjoint à l’heure que je le souhaite, à l’endroit que je souhaite, de la manière dont je le souhaite et en hurlant mon plaisir!»
photo d'illustration
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Ce matin, je suis tombée sur un texte écrit par une jeune femme pour le HuffPost intitulé: Retourner chez mes parents à cause de la pandémie a ruiné ma vie sexuelle.

Dans celui-ci, elle fait état de l’impact négatif de la COVID-19 sur sa sexualité, puisqu’elle a dû retourner habiter chez ses parents. Elle mentionne entre autres ne pas se sentir à l’aise d’exprimer son plaisir haut et fort lors de ses activités sexuelles, ou encore de devoir aller vider la poubelle remplie de condoms utilisés et d’être surprise par ses parents. J’ai rapidement lu l’article et suis passée à autre chose.

Cependant, toute la journée, je n’ai pu m’empêcher d’y repenser. Je ne suis pas du genre à commenter ce que je consulte sur le Web et encore moins à écrire des textes d’opinion ou des témoignages, mais cette fois-ci, je me suis sentie poussée par je ne sais quelle force à le faire.

Le texte de cette jeune femme illustre parfaitement pour moi l’expression «la réalité est question de perception». À la sortie de l’adolescence et lorsqu’on est un jeune adulte, on se retrouve devant tous les possibles. La seule limite qui existe est celle de notre imagination. Et tout ce qu’on embrasse, on souhaite le faire avec passion.

Vous avez envie de raconter votre histoire? Un événement de votre vie vous a fait voir les choses différemment? Vous voulez briser un tabou? Dénoncer une situation? Vous pouvez envoyer votre témoignage à propositions@huffpost.com et consulter tous nos témoignages.

J’ai moi-même déjà eu cet âge. Aujourd’hui, je suis dans un entre-deux. Ni trop jeune, ni trop vieille. J’aurai 47 ans dans moins d’un mois. J’ai eu ma première relation sexuelle à 17 ans, ce qui à l’époque m’était apparu très tard, moi qui rêvais de ce moment depuis déjà quelques années. Mais comme on dit: «Mieux vaut tard que jamais». Une fois le pas franchi, je me suis régalée. Me considérant maîtresse de mon corps, j’ai alors décidé de ne rien me refuser. J’ai ainsi eu plusieurs partenaires sexuels et j’ai pris mon pied.

Un jour cependant, j’ai eu la chance de rencontrer un homme exceptionnel et, sans avoir rien prévu, quelques mois seulement après notre première rencontre, je suis tombée enceinte. Mais, pourquoi pas? Nous nous sommes donc lancés dans cette aventure avec insouciance et fébrilité. Ainsi, à 23 ans et quelques mois, j’accouchais de mon premier bébé. Depuis, trois autres sont venus rejoindre notre tribu. Aujourd’hui, ils sont âgés de 23, 19, 16 et 11 ans.

N’est-ce pas merveilleux? Quel est le lien entre mon histoire des plus banales et le texte de cette jeune femme publiée dans le HuffPost, vous dites-vous? Le voici. La naissance de ce premier bébé a été le début de ce que j’appellerais les frustrations sexuelles associées à la famille.

Commençons par ce que je considère le début: le retour à la maison avec notre premier amour. Malgré la grande joie (parsemée de quelques inquiétudes) associée au retour à la maison à trois, les petits inconvénients associés à ce nouveau statut de parents n’ont pas disparu par magie.

Les premières semaines en compagnie de cette nouvelle créature sont associées à des pertes de sang abondantes - c’est à cette époque que j’ai découvert des serviettes hygiéniques plus grosses que ce que je n’avais jamais imaginé -, des douleurs liées à des déchirures ou microdéchirures survenues au moment de l’expulsion du bébé (sans compter la présence de points de suture) qui faisaient de chaque visite à la toilette une véritable torture, de la constipation, des douleurs aux seins, etc.

«Si après quelques semaines de ce régime, on sent que le moment est venu de remonter à cheval - comprenez ici tenter un rapprochement sexuel avec pénétration -, il faut s’assurer que bébé dort bien et espérer qu’il le fera sans se mettre à hurler de toutes ses forces, pendant les trente prochaines minutes (juste dix ça pourrait aussi aller!).»

Tout cela sans compter la fatigue, le ventre maintenant vide, mais toujours assez gros (quoi de plus décourageant que de se faire demander la date de notre accouchement, quand le bébé a maintenant 2 mois?), le manque d’hygiène - pouvoir prendre sa douche relève alors du miracle et ce n’est pas une histoire qu’on raconte aux ados pour éviter des grossesses trop précoces - et la peur bien réelle de voir un jour quoi que ce soit entrer à nouveau dans cette chose qu’on a longtemps considéré sacrée, soit notre vagin, et qui aujourd’hui nous apparaît comme un endroit sinistré.

Si après quelques semaines de ce régime, on sent que le moment est venu de remonter à cheval - comprenez ici tenter un rapprochement sexuel avec pénétration -, il faut s’assurer que bébé dort bien et espérer qu’il le fera sans se mettre à hurler de toutes ses forces, pendant les trente prochaines minutes (juste dix ça pourrait aussi aller!). Je n’ose même pas calculer le nombre de fois où, après quelques préliminaires (fortement requis pour se mettre dans l’ambiance), il a fallu interrompre un coït à peine débuté pour aller consoler bébé, tout en espérant que l’autre n’en profite pas pour se dégonfler ou s’endormir.

Vous me direz ce n’est pas toujours comme cela que ça se passe, elle exagère, etc. Mais je le jure, c’est MA pure vérité.

Il n’en reste pas moins que cela s’est reproduit trois fois, donnant à notre famille toute sa beauté et sa diversité et qu’avec les nouvelles arrivées, il a fallu composer avec ceux qui étaient déjà là. Chacun avec son propre rituel avant le dodo (gestes et durée variables), avec ses petits maux ici et là (mal aux oreilles, fièvre, etc.), ses peurs du noir ou d’autre chose, etc.

Après quelques années de ce régime, la vie sexuelle d’un couple commence à s’en ressentir. On se dit alors que tout ce beau monde vieillira et que ça ira mieux bientôt. C’est alors que l’on réalise que les enfants vieillissent, pas tout au même rythme évidemment, mais que nous n’habitons pas dans un manoir.

Plus aucun d’entre eux n’a la même heure pour se coucher, certains sortent avec des amis le soir et d’autres doivent aller se coucher pour entrer à la maternelle. On ne peut plus se dire: tout le monde dort sur ses deux oreilles, c’est le moment de se laisser aller.

On fait donc l’amour dans des positions pour le moins classiques, sous les draps, sans faire trop de bruits, rapidement et en espérant que personne ne viendra faire un tour dans le couloir ou dans notre chambre au même moment. On souhaite pouvoir se rendre ensuite à la salle de bain sans tomber sur l’un de nos chéris qui nous demandera pourquoi on ne dort pas, pourquoi on a les jours rouges et les cheveux en bataille, etc.

«Un jour, j’aurai 54 ans et si tout va bien, tous mes enfants auront quitté la maison. Je rêve de ce jour où je pourrai faire l’amour avec mon conjoint à l’heure que je le souhaite, à l’endroit que je souhaite, de la manière dont je le souhaite et en hurlant mon plaisir!»

On doit faire disparaître toute trace d’activités sexuelles avant le réveil; sachets de condom, condoms, jouets sexuels, etc. On rêve alors d’une petite escapade le temps d’une fin de semaine (qui arrive environ une fois par année) pour faire l’amour sauvagement et bruyamment dans une chambre d’hôtel à bon marché.

Mais ce n’est pas si grave, on se dit encore qu’un jour, tout ce beau monde sera adulte et par le fait même, (malheureusement) nous plus vieux. Et c’est ce qui arrive.

Cependant, les plus vieux reviennent à la maison avec leurs copains et leurs copines et on doit expliquer à tous ce qu’est le respect de l’intimité. Les plus vieux devront eux aussi faire l’amour dans des positions pour le moins classiques, sous les draps, sans faire trop de bruit, rapidement et en espérant que personne ne viendra faire un tour dans le couloir ou dans leur chambre au même moment. Les plus jeunes devront respecter l’interdiction d’entrer dans la chambre des aînés (ou la salle de bain) lorsque ceux-ci ne sont pas seuls.

Un jour, j’aurai 54 ans et si tout va bien, tous mes enfants auront quitté la maison. Je rêve de ce jour où je pourrai faire l’amour avec mon conjoint à l’heure que je le souhaite, à l’endroit que je souhaite, de la manière dont je le souhaite et en hurlant mon plaisir! Espérons alors que nous en aurons encore le goût!

Alors quand je repense à cette jeune fille qui déplorait l’impact du retour chez ses parents sur sa sexualité, je ne peux que penser: égoïste! Tu as pensé à la sexualité de tes parents?

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