OPINION
16/10/2019 15:09 EDT

Environnement: la naïveté à l’assaut du cynisme

D'une manière ou d'une autre, les «rouges» de M. Trudeau et les «bleus» de M. Scheer proposent trois pipelines, trois «solutions cyniques» dont le seul résultat possible est d'empirer la situation climatique.

La Presse canadienne/Graham Hugues
Marche pour le climat à Montréal le 27 septembre 2019

La vérité sort de la bouche des enfants, dit-on! Le 27 septembre dernier, de Halifax à Victoria, quelque 140 manifestations ont eu lieu à travers le Canada. À Montréal, c’est une véritable marée humaine qui a déferlé pacifiquement dans les rues derrière la jeune Greta Thunberg. De plus, le Guardian nous rappelle que la semaine précédente, quatre millions de jeunes - et de moins jeunes - avaient manifesté à travers le monde en faveur du climat. La démonstration d’une inquiétude aussi profonde en face d’un avenir plombé par la combustion des carburants fossiles a fait réagir «Rich Big Oil»!

En effet, des chefs de file de l’industrie ont qualifié les demandes des organisateurs comme étant «naïves et irréalistes». Puis les dirigeants du Global Business Forum ajoutent, avec un cynisme condescendant, «qu’ils soutiennent le droit des participants d’attirer l’attention sur ce problème et
applaudissent leur engagement émotionnel.» 

J'ai vu une étudiante dont la pancarte traduisait l’inquiétude face à la possible sixième grande extinction des espèces: «Je rêve de mourir de vieillesse»

Ça, c’est la version officielle et diplomatique des relations publiques. Sur la toile, les réactions contre Greta et les manifestants sont devenues vitrioliques. Pourtant, au Québec comme ailleurs, les changements climatiques arrivent plus
rapidement que les experts le prédisaient. Le dernier rapport du GIEC ne laisse aucun doute au sujet de la gravité de la situation.

Durant la marche, devant moi, j’ai vu une étudiante dont la pancarte traduisait l’inquiétude face à la possible sixième grande extinction des espèces: «Je rêve de mourir de vieillesse». Pour ces jeunes nés après l’an 2000, ce «rêve» de vivre normalement serait, selon l’industrie, simplement un «engagement
émotionnel»! Chaque jeune qui manifeste son désarroi est comme une goutte d’eau; une goutte ne peut pas faire bouger grand-chose. Mais des millions de gouttes peuvent former un tsunami irrésistible pour faire bouger les grands de ce monde.

Face à l’urgence climatique, il est manifeste que tous doivent faire leur part, que ce soit les individus, les collectivités, l’industrie ou les gouvernants. En ce sens, l’enthousiasme «naïf» de la jeunesse met une pression énorme sur les politiciens en période électorale. Des dizaines de pancartes dénonçaient l’achat du pipeline Trans Mountain par le gouvernement Trudeau.

Les différents chefs de partis, Mme May, M. Trudeau et M. Blanchet, ont participé à la marche tandis que M. Singh faisait de même en Colombie-Britannique. Quant à M. Scheer, après avoir participé à l’enregistrement de Tout le monde en parle la veille, il s’est hâté de se cacher dans son avion pour fuir Montréal comme un chien qui a peur de recevoir un coup de pied...

Pire! Dès le lendemain, pour faire un pied de nez aux manifestants, voilà M. Scheer, flanqué de M. Jason Kenney, premier ministre de l’Alberta, qui promet un «corridor énergétique transcanadien.» La solution de messieurs Scheer et Kenney, c’est de favoriser le transport des carburants fossiles vers les deux océans. En plus de Trans Mountain, ça veut dire ressusciter Énergie
Est et favoriser la construction du gazoduc de GNL pour transporter du gaz naturel «fracturé» vers le Saguenay, des infrastructures essentielles pour augmenter la production de combustibles fossiles et par conséquent faire exploser la production de gaz à effet de serre.

Quant à M. Trudeau, il parle des deux côtés de la bouche: même s’il prétend respecter l’Accord de Paris, il a acheté Trans Mountain et se propose d’en tripler la capacité. D’une manière ou d’une autre, les «rouges» de M. Trudeau et les
«bleus» de M. Scheer proposent trois pipelines, trois «solutions cyniques» dont le seul résultat possible est d’empirer la situation climatique.

Pendant ma carrière d’enseignant, j’ai souvent été confronté à la franchise brutale des ados; une franchise pas «politiquement correcte», mais toujours sincère. Les jeunes nés après l’an 2000 ont la possibilité de voir le crépuscule du 21e siècle...si les changements climatiques ne les exterminent pas.
C’est dans ce contexte que ce rêve d’une manifestante d’avoir le privilège de «mourir de vieillesse» prend toute sa signification! Aux milléniaux, je dis qu’il y a un temps pour parler et un temps pour agir.

Le 27 septembre, vous avez parlé haut et fort, bravo! Parlez avec la même force lors du scrutin du 21 octobre. Au moment de faire votre choix, rappelez-vous qu’à long terme, la construction de pipelines est une politique profondément hostile à votre génération. À ceux qui veulent vous enfoncer trois pipelines dans la gorge pour démolir cyniquement votre avenir, je vous conseille de leur botter le derrière.

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