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27/01/2020 13:17 EST

Transition écologique: on décortique les promesses de Montréal

Gaspillage alimentaire, zéro déchet, carboneutralité... Qu'impliquent vraiment les engagements de la Ville de Montréal?

EPA/Valerie Blum
La mairesse de Montréal Valérie Plante a reçu la militante écologiste suédoise Greta Thunberg à l'hôtel de ville le 27 septembre dernier.

Dans une entrevue accordée en début d’année, la mairesse de Montréal Valérie Plante affirmait que, désormais, toutes les décisions de la Ville seraient examinées sous la lorgnette des changements climatiques. Son administration s’est d’ailleurs donné des objectifs ambitieux pour réduire l’empreinte écologique de la métropole. Mais qu’est-ce que ces objectifs veulent dire, au juste?

Le HuffPost Québec s’est entretenu avec la responsable de la transition écologique et de la résilience au comité exécutif de la Ville de Montréal, Laurence Lavigne Lalonde, afin de décortiquer tout ça.

Montréal, zéro déchet

Dans son Plan directeur de gestion des matières résiduelles 2020-2025, la Ville de Montréal annonce son intention d’«atteindre le zéro déchet d’ici 2030». Or, l’expression est un peu trompeuse, puisqu’il n’est pas question de réduire à zéro la quantité de déchets envoyés au dépotoir.

«Qu’il n’y ait plus aucun déchet sur le territoire de la Ville de Montréal, c’est quand même assez difficile à imaginer», concède Mme Lavigne Lalonde.

Elle préconise plutôt l’expression «tendre vers le zéro déchet», qui est d’ailleurs celle utilisée dans la déclaration Advancing Towards Zero Waste signée l’automne dernier par Valérie Plante lors de la réunion des maires du «C40 Cities», à Copenhague. 

Dans cette déclaration, les villes signataires se sont engagées, d’ici 2030, à valoriser au moins 70% des matières qui se retrouvent actuellement au dépotoir. Montréal y va toutefois d’une cible plus ambitieuse: un taux de détournement de 85% d’ici 2030.

«Nous, à la Ville de Montréal, on s’est dit: 70%, vous êtes vraiment cutes, mais nous, 85%, on trouve que ça a plus de bon sens», résume Mme Lavigne Lalonde. 

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Pour atteindre cet objectif, l’administration mise notamment sur une réduction à la source des déchets produits. Elle promet par exemple d’interdire certains plastiques à usage unique et de réduire l’impact de la distribution de circulaires comme le Publisac.

La Ville prévoit aussi détourner 100% des matières organiques de l’enfouissement d’ici 10 ans. Mais elle aura du pain sur la planche: à l’heure actuelle, le taux de récupération oscille entre 27 et 29%. 

Par ailleurs, la collecte des matières organiques n’a toujours pas été implantée dans la plupart des immeubles de neuf logements et plus. Ceux-ci ne pourront pas être entièrement desservis avant l’ouverture d’un centre de compostage dans l’arrondissement de Saint-Laurent, prévue en septembre 2021. Il s’agira du premier centre de compostage sur le territoire de la Ville de Montréal, dont les matières organiques sont présentement traitées à Saint-Thomas, dans Lanaudière, et à Brownsburg-Chatham, dans les Laurentides. 

Réduire le gaspillage alimentaire de 50%

Lors des consultations publiques sur le Plan directeur de gestion des matières résiduelles 2020-2025 (PDGMR), qui viennent de se terminer, l’un des objectifs les plus fréquemment critiqués a été celui de réduire de 50% le gaspillage alimentaire d’ici 2025. 

Si tous s’entendent pour dire que l’objectif est louable, plusieurs intervenants estiment que la Ville ne s’est pas donné de moyens concrets d’y parvenir.

Dans un mémoire déposé lors de la consultation publique sur le PDGMR début janvier, l’expert en gaspillage alimentaire Éric Ménard soulignait que la Ville ne dispose pas de suffisamment de données sur le gaspillage alimentaire pour s’engager à le réduire de moitié. 

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Montréal promet de s'attaquer au gaspillage alimentaire.

«On n’a pas de données sur le gaspillage alimentaire à Montréal à l’heure actuelle, il est donc impossible de mesurer une réduction en l’absence d’une donnée de départ», écrit-il.

Il dénonce aussi l’absence de définition claire de ce qui constitue, aux yeux de la Ville, du gaspillage alimentaire. Un constat auquel fait écho celui de l’OBNL La Transformerie, qui encourage la valorisation des invendus d’épiceries.

«Notre premier constat est qu’il y a un manque flagrant de clarté dans l’utilisation de certains termes comme “gaspillage alimentaire”, “valorisation”, “réduction à la source”, ”élimination de matières organiques” et bien d’autres», écrit l’OBNL dans son mémoire.

Comme M. Ménard, la Transformerie souhaite voir la Ville adopter une définition du gaspillage alimentaire qui inclut «toutes les parties comestibles d’un aliment».

Par ailleurs, M. Ménard relève que si la Ville se donne cinq ans pour réduire de moitié le gaspillage alimentaire, elle se donne aussi cinq ans pour élaborer le plan qui lui permettra d’y parvenir.

«Quand on parle de réduire le gaspillage alimentaire, ça ne veut pas juste dire de prendre des aliments qui sont encore bons et les réintroduire dans une chaîne pour qu’ils puissent servir à nourrir des humains ou des animaux», précise Mme Lavigne Lalonde. «Ce qu’on veut, c’est les détourner de l’enfouissement.»

Si elle assure vouloir étudier toutes les avenues pour que des aliments présentement gaspillés soient détournés pour servir à la consommation, elle précise que la priorité de la Ville est avant tout de «valoriser» la matière organique, ce qui peut simplement vouloir dire la composter plutôt que l’enfouir.

L’administration aura néanmoins l’occasion de préciser sa stratégie pour contrer le gaspillage alimentaire, puisque la question fera bientôt l’objet d’une consultation publique distincte, résultant d’une pétition citoyenne.

Réduire de 55% la production de GES d’ici 2030

Montréal semble être en bonne voie pour atteindre son objectif de réduire les émissions de GES de 30% par rapport au niveau de 1990 d’ici la fin de l’année. Elle s’est donc engagée à pousser cette réduction à 55% d’ici 2030 (toujours par rapport à 1990).

Encore une fois, l’objectif est ambitieux, alors que le secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU) a fixé la cible de réduction à 45% pour la même date.

«J’ai demandé à un panel d’experts et de scientifiques de développer un plan de réduction de 55 % de nos émissions d’ici 2030 et je suis prête à aller plus loin», a déclaré Valérie Plante en septembre dernier lors du Sommet de l’ONU sur l’urgence climatique, qui avait lieu à New York.

Pour l’heure, on ne sait pas comment Montréal compte y parvenir, puisque le Plan climat de la Ville est toujours en cours d’élaboration. 

«On sait que pour atteindre notre objectif, les deux éléments principaux sur lesquels on doit travailler, ce sont le transport et les bâtiments», avance la conseillère de Maisonneuve–Longue-Pointe.

Parmi les mesures déjà annoncées, notons par exemple que la Ville souhaite remplacer les systèmes de chauffage au mazout dans l’ensemble des bâtiments municipaux et les interdire progressivement sur l’ensemble du territoire d’ici 2050.

Carboneutre en 2050

Comme l’a fait Justin Trudeau pour le Canada, Valérie Plante a promis de rendre la Ville de Montréal carboneutre d’ici 2050.

La carboneutralité, comme l’indique la définition de la Chaire en éco-conseil de l’Université du Québec à Chicoutimi, est «une approche comptable qui permet de soustraire d’un inventaire d’émissions de GES un nombre égal d’absorptions ou de réductions effectuées au-delà du cours normal des affaires par un émetteur ou par des tiers de manière à afficher un bilan net égal à zéro».

En gros, ça ne veut pas dire qu’on cesse d’émettre des GES, mais plutôt qu’on met en place des mesures permettant de capter ou de réduire au moins autant d’émissions que celles dont nous sommes responsables.

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Le secteur du transport représentait 40% des émissions de gas à effet de serre de la collectivité montréalaise en 2015.

Selon les données les plus récentes disponibles, soit celles de 2015, les émissions de GES de l’île de Montréal totalisaient 11 135 kilotonnes de CO₂. Si la Ville avait souhaité être carboneutre en 2015, elle aurait donc compensé une quantité équivalente d’émissions, que ce soit sur son territoire ou ailleurs dans le monde.

Mais même si Montréal devient carboneutre en 2050, ça ne voudra pas dire que les Montréalais, eux, sont carboneutres. 

«Actuellement, quand on parle de réduction des GES, c’est ce qui est produit sur le territoire de la Ville de Montréal», explique Laurence Lavigne Lalonde. 

Pas question donc de compenser les émissions du travailleur qui part de Deux-Montagnes pour travailler au centre-ville ou l’empreinte carbone liée à la fabrication du gobelet jetable vendu dans un café du Mile-End. Du moins, pas pour l’instant.

«Il y a une volonté de la Ville de Montréal dans les années à venir d’aller plus loin et de comptabiliser davantage d’éléments qui ne sont pas comptabilisés dans nos inventaires actuels», assure Mme Lavigne Lalonde. «Justement, on pourrait s’intéresser à toute la consommation des biens et services sur l’île de Montréal.»

«On aimerait pouvoir aller un peu plus loin, aussi pour donner plus d’information aux citoyens et leur permettre de comprendre l’impact de leurs gestes», avance Mme Lavigne Lalonde.