OPINION
22/10/2020 11:42 EDT | Actualisé 22/10/2020 11:47 EDT

Deux engagements fédéraux essentiels en matière de santé ne doivent pas être laissés en suspens

Interdire la publicité d’aliments destinée aux enfants et réglementer l’étiquetage pour imposer des renseignements nutritionnels clairs et simples sont des mesures qui doivent être adoptées sans délai.

SDI Productions via Getty Images

En 1822, Franz Schubert a écrit les deux premiers mouvements de sa symphonie no 8, sans jamais ensuite composer les deux autres mouvements qui l’auraient complétée (certains avancent que c’est parce qu’il menait plusieurs projets de front). C’est pourquoi nous connaissons aujourd’hui cette œuvre sous le nom de «Symphonie inachevée».

Deux projets cruciaux en matière de santé menés avec le gouvernement fédéral risquent de connaître le même sort: un projet de loi visant à interdire la publicité d’aliments destinée aux enfants et une nouvelle réglementation sur l’étiquetage visant à imposer des renseignements nutritionnels clairs et simples sur le devant des emballages des produits alimentaires. Presque tout le travail est fait, mais il n’est tout simplement pas terminé.

Le gouvernement doit gérer de nombreuses priorités de front. Et nous savons tous que la nécessité d’adopter des mesures qui aident la population à faire des choix sains est encore plus grande maintenant, étant donné les répercussions de la pandémie de COVID-19. L’engagement de mener à bien ces projets presque achevés doit en ce sens être repris dans la lettre de mandat, adressée par le premier ministre à la ministre de la Santé, pour la nouvelle session parlementaire.

Ces deux mesures politiques ont déjà été traitées en profondeur et sont prêtes à être adoptées sans délai.

En fait, la mesure visant à limiter la publicité d’aliments destinée aux enfants a été présentée pour la première fois au Sénat en 2016 sous la forme d’un projet de loi d’initiative parlementaire par la sénatrice Nancy Greene Raine, aujourd’hui à la retraite.

Le projet a été adopté par la Chambre des communes en 2018. Il a été renvoyé au Sénat pour ce qui aurait dû être une approbation finale de routine, mais a fait l’objet de tactiques dilatoires avant que le Parlement ne prenne congé pour l’été 2019. Les élections ont ensuite été déclenchées et le projet de loi est resté au point mort.

Il est maintenant possible de présenter rapidement le projet de loi comme mesure législative gouvernementale.

Beaucoup de travail a été réalisé sur l’élaboration de nouvelles exigences en matière d’étiquetage nutritionnel sur le devant des emballages, et une nouvelle réglementation prometteuse a été présentée en février 2018. Les élections ont également freiné la progression de ce projet, qui n’a pas refait surface depuis.

Au cours des six derniers mois, le travail du gouvernement a été dominé, à juste titre, par la gestion de la pandémie de COVID-19. Il est toutefois désormais évident que la pandémie persistera pendant un certain temps et que nous ne pouvons pas continuer à ignorer les autres enjeux actuels. En effet, la raison invoquée pour la prorogation de la dernière session du Parlement était de «bâtir un Canada plus résilient: un Canada qui est plus sain [...]».

Ainsi, nous ne pouvons pas nous permettre de négliger des problèmes fondamentaux et encore irrésolus en matière de santé. Il est déjà clairement évident que la pandémie exacerbe les problèmes que ces deux nouvelles mesures visent à résoudre, notamment les mauvaises habitudes alimentaires et la prise de poids excessive, tendances qui entraînent de graves conséquences sur la santé, en particulier chez les jeunes. 

Des chercheurs de l’Université de Guelph ont rapporté en août qu’en raison de la pandémie, le temps passé devant un écran a augmenté chez près de neuf enfants sur dix (soit 87%) au pays. Près de 60% des enfants ont mangé plus de grignotines, et plus de 40% des enfants ont mangé plus de nourriture en général. Ces chiffres sont encore plus élevés chez les adultes.

Une autre étude publiée en juillet a révélé que seul un jeune Canadien sur 20 (soit 4,8%) satisfaisait aux directives en matière d’activité physique pendant l’application des restrictions liées à la pandémie. Ces résultats sont conformes aux résultats d’études internationales selon lesquels la pandémie a changé les habitudes en matière d’activité physique et d’alimentation et les a poussées dans une direction compromettant la santé. 

Nous avons maintenant une génération d’enfants qui n’ont connu que des régimes riches en aliments ultra-transformés.

La pandémie aggrave une situation déjà précaire. Nous savons depuis des décennies que les risques de santé liés à une mauvaise alimentation réduisent l’espérance de vie et augmentent le risque de maladies graves non transmissibles comme l’hypertension, les maladies du cœur, l’AVC, le cancer, l’obésité et le diabète de type 2. Nous savons maintenant que ces maladies exposent également les gens à un risque élevé de complications médicales graves s’ils contractent la COVID-19.

En 2017, 48  000 décès au Canada étaient attribuables à une mauvaise alimentation, soit cinq fois plus que le nombre de décès liés à la COVID-19 enregistrés jusqu’à présent au pays. Ici, nous avons maintenant une génération d’enfants qui n’ont connu que des régimes riches en aliments ultra-transformés. Ils sont bombardés par la publicité en ligne, à la télévision et dans les magasins, bref, pratiquement partout où ils sont. En même temps, les efforts de leurs parents pour acheter des aliments nutritifs sont contrecarrés par des renseignements compliqués et des indications commerciales trompeuses sur les emballages.

Nous pouvons, et nous devons, régler ce problème. Au pays, sept personnes sur dix ont déclaré en août que la pandémie aura des effets à long terme sur les enfants, et la population est presque unanime (92%) à penser que le gouvernement fédéral doit prioriser les enfants lors de l’élaboration des politiques et des plans liés à la reprise des activités après la pandémie et au-delà.

Le gouvernement a une belle occasion de régler certaines affaires en cours en promulguant rapidement le projet de loi visant à limiter la publicité d’aliments destinée aux enfants et une réglementation sur l’étiquetage. Ces mesures seront bénéfiques à la santé de toute la population.

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