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En attendant le 1er mai: vacances scolaires? Un expert nous répond

Chez les parents, il y a ceux qui veulent faire travailler les enfants à la maison et les autres qui ne voient pas la nécessité de le faire.

Que faire avec nos enfants en attendant les directives du gouvernement le 1er avril prochain et la réouverture possible des écoles après le 1er mai?

Chez les parents, il y a ceux qui veulent faire travailler les enfants à la maison et les autres qui ne voient pas la nécessité de le faire. Certains établissements font d’ores et déjà parvenir des consignes, des suggestions de tâches par jour sur une base volontaire, mais rien d’obligatoire. C’est au cas par cas.

Nous avons interviewé Stéphane Cyr, co-titulaire de la chaire UNESCO de développement curriculaire de l’UQÀM .

Les consignes du gouvernement sont les suivantes en attendant les directives du ministre de l’éducation, qui seront annoncées le 1er avril prochain:

- Les élèves du préscolaire, du primaire, du secondaire, de la formation professionnelle et de la formation des adultes n’auront pas à reprendre l’année scolaire actuelle. Le passage des élèves au niveau suivant sera basé sur le jugement professionnel de l’enseignant en fonction des deux premiers bulletins. Les épreuves ministérielles n’auront pas lieu.

- À compter du 30 mars, les parents et les élèves auront progressivement accès à des activités pédagogiques, notamment par la télévision publique, le Web et les outils numériques dont disposent les écoles. Les élèves qui présentent des difficultés d’apprentissage pourront compter sur des mesures adaptées à leur situation.

- L’utilisation de ces outils n’est pas obligatoire puisque le contexte actuel constitue déjà un défi important d’organisation familiale.

«Le plus grave problème, c'est que l’enfant soit sans cadre et complètement démotivé alors que son monde est déjà chamboulé!»

«L’idée n’est pas de se substituer à l’école, les parents ne peuvent pas et on ne peut pas demander cela aux parents. Mais si les enfants ne font rien, à court terme ils ne seront plus scolarisés et donc démotivés. C’est bien là le plus grave problème, que l’enfant soit sans cadre et complètement démotivé alors que son monde est déjà chamboulé!»

Selon une étude menée par le CEFRIO publiée le 26 février 2020: 98 % des parents québécois disposent d’une connexion internet à la maison. Les jeunes Québécois âgés de 6 à 17 ans sont en très grande majorité (96 %) des utilisateurs d’appareils électroniques, que ce soit à la maison ou ailleurs.

«Devant ces résultats, j’ai de la difficulté à comprendre pourquoi on ne ferait pas un enseignement numérique avec des équipes des écoles qui feraient un suivi. Je n’adhère pas au discours: “parce que certains n’ont pas accès on ne fait rien” parce que cela signifie qu’on va priver la plus grande partie des enfants du Québec de ces ressources.»

À ceux qui préconisent: pas d’école du tout, que répondez-vous?

«Je ne suis pas d’accord du tout! Mon garçon en troisième année m’a demandé de reproduire l’horaire de l’école à la maison. Lui a besoin d’une structure. Encore une fois, il s’agit de conserver un cadre pour les enfants et de faire en sorte que leur monde ne s’écroule pas totalement. Les commissions scolaires vont s’organiser. J’ai bon espoir que la directive soit révisée et qu’on s’enligne sur le reste du monde. Que les enseignants donnent des tâches, envoient des devoirs et qu’ils les corrigent, fassent le suivi, sans que les parents aient à suivre leurs enfants pas à pas. Il est certain cependant qu’une certaine supervision sera nécessaire, les enfants du primaire ne sont pas autonomes.»

Le passage des élèves au niveau suivant sera basé sur le jugement professionnel de l’enseignant en fonction des deux premiers bulletins. Il y aura tout un pan de l’année qui ne sera pas couvert (comme il aurait dû l’être).

«On peut d’ores et déjà imaginer que l’année scolaire prochaine il y aura des possibilités de faire des ponts, qu’on rallonge l’année scolaire, que les enseignants planifient autrement.»

Va-t-il y avoir un décalage public et privé?

«Il y a une vraie directive en ligne des écoles françaises au Canada qui stipule que la continuité pédagogique sera assurée tout au long de la fermeture. Encore une fois, c’est sur une base volontaire et non obligatoire. La distinction ne sera pas public-privé, mais plutôt entre les enfants qui n’auront rien fait du tout et les autres. On a intérêt à développer une méthodologie pour maintenir nos enfants scolarisés d’une manière ou d’une autre pendant cette période de crise intense.»

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