TÉMOIGNAGES
16/10/2020 10:47 EDT

Mes enfants m'ont demandé si j'avais déjà pris de la cocaïne. Voici ce que je leur ai dit.

Nous avons pour politique avec mon conjoint d'être honnêtes avec nos fils dans l'espoir qu'ils se sentent à l'aise de faire de même. Pourtant, j'étais réticente à révéler cette période difficile de mon passé.

Maskot via Getty Images

«As-tu déjà pris de la cocaïne?»

L’inflexion de la voix de mon fils lorsqu’il m’a posé cette question était comme s’il m’avait demandé de lui passer les pois pendant le souper, mais ses yeux étaient fixés sur les miens, attendant ma réponse.

Tout a commencé avec une conversation sur le sexe. Mon mari était en voyage d’affaires, et je discutais avec mes fils de 17 et 14 ans en mangeant une pizza entre leurs devoirs et activités. C’était en janvier, avant même que je n’aie entendu parler de la COVID-19, et ma plus grande préoccupation concernant leur santé était les infections transmises sexuellement.

Aucun d’eux ne sortait avec quelqu’un à l’époque, mais j’ai toujours pensé que ce sont dans ces moments que l’information est la plus utile: avant qu’elle ne soit nécessaire. J’essaie toujours de rester loin de toute catastrophe potentielle. Malheureusement pour mes garçons, ça peut signifier que l’heure des repas devient le moment idéal pour une conférence sur l’importance des préservatifs. Quand j’ai vu leurs yeux se glacer, j’ai mis fin à la conversation.

«Je sais que vous préféreriez en parler à papa, ou pas du tout», ai-je dit, «mais je veux que vous vous sentiez libre de me poser toutes les questions que vous voulez».

«Vraiment? On peut te poser n’importe quelle question?» a demandé mon fils aîné.

«Bien sûr», ai-je répondu, curieuse de son enthousiasme soudain.

Il m’a dit que sa classe avait regardé un film à l’école ce jour-là sur les risques de la cocaïne et il voulait connaître mon expérience.

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J’ai hésité un instant avant de l’avouer. Une partie de moi voulait mentir parce que je n’aime pas cette vérité. Même si mon mari n’était pas là, je savais qu’il me soutiendrait dans la divulgation de mon passé. Nous avons pour politique d’être honnêtes avec nos fils dans l’espoir qu’ils se sentent à l’aise de faire de même. Pourtant, j’étais réticente à révéler cette période difficile de mon passé.

J’ai pris une profonde respiration. J’ai dit aux garçons que j’avais consommé de la cocaïne pendant une brève période entre le moment où j’ai lâché l’école et mon retour à l’université. J’ai dit que j’avais manqué de sagesse à l’époque pour comprendre la racine de mes problèmes émotionnels, et que je m’étais débrouillée en essayant toutes sortes de choses pour échapper à ma douleur. La cocaïne, comme sécher les cours et sortir avec des cons, était une distraction autodestructrice.

Je n’ai pas dit aux garçons que la première fois que j’ai essayé la cocaïne, c’était à une fête. Et que c’était une bonne amie qui avait aussi abandonné l’université qui m’avait poussée à le faire. «Tu vas adorer!» m’avait-elle promis. Et c’est ce qui est arrivé. Je ne me souvenais pas de la dernière fois où je m’étais sentie aussi bien. Je ne savais pas à ce moment là que chaque prochaine fois signifierait rechercher, mais manquer de peu, ce premier high parfait.

Je vivais alors dans la maison de mes parents, et je travaillais dans un commerce. Je dépensais mon argent dans les vêtements et la coke. Au début, je ne consommais que la fin de semaine, en écoutant les Stones à fond avec des amis dans la chambre de mon enfance avant d’aller dans des clubs.

Une fois, je me suis ouvert un vaisseau sanguin dans une narine, puis je suis passée de l’autre côté et il est arrivé la même chose. Mes deux narines ont été inondées. J’ai haussé les épaules, essuyé le sang du miroir et j’ai continué comme si de rien était. Quand j’ai levé les yeux à nouveau, mon ami me regardait et pleurait. Je ne m’en faisais pas assez pour m’inquiéter. La coke me permettait de ne pas m’en soucier.

Un jour, j’en ai pris dans une salle d’essayage au centre commercial. La cocaïne était passée d’une activité sociale à quelque chose que je faisais seule, et même moi, je savais que c’était un signe d’avertissement.

La cocaïne m’avait enlevé la capacité de ressentir de l’émerveillement.

Mais ce ne sont pas les effets secondaires qui m’ont finalement fait décider d’arrêter, ni les nuits où je suis restée éveillée à prier pour dormir, alors que mon cœur battait dans mes tympans. Un après-midi, j’ai vu un double arc-en-ciel, mais je n’ai rien ressenti d’autre que la grisaille du ciel. La cocaïne m’avait enlevé la capacité de ressentir de l’émerveillement.

J’ai décidé d’arrêter dans l’espoir que la chimie de mon cerveau se rétablisse. J’ai quitté mon emploi de vendeuse au détail et je suis partie en Israël. Je me suis mise à courir et j’ai trouvé la paix en escaladant les collines de Jérusalem. Quand je suis rentrée aux États-Unis, j’étais prête pour l’université. J’ai obtenu mon diplôme avec mention trois ans plus tard et je me suis mariée peu après.

Des années plus tard, alors que mes garçons faisaient leur entrée à la garderie, j’ai senti l’odeur de la cocaïne dans le vestiaire. Je ne pouvais pas imaginer comment quelqu’un pouvait faire ça dans un lieu public, ni pourquoi l’odeur était si envahissante. Finalement, j’ai réalisé que l’odeur provenait de la solution de nettoyage qu’ils utilisaient pour désinfecter les comptoirs. Depuis, je me suis demandé ce que j’avais sniffé exactement à l’époque.

Une amie avec qui j’avais consommé, également mère d’adolescents, a été horrifiée d’apprendre que j’avais avoué à mes fils que je consommais de la cocaïne.

«Tu ne le dirais pas à tes enfants?» lui ai-je demandé. «Même pas quand ils seront plus âgés?»

«Oh que non», a-t-elle répondu. «Ils me l’ont demandé, et j’ai nié.»

Mon penchant pour la transparence est peut-être hérité de ma mère, qui m’a dit un jour qu’elle avait essayé le LSD avec des amis de l’université. «Je m’ennuyais à mourir», a-t-elle avoué. «Tous les autres étaient excités et parlaient de leurs hallucinations, mais tout ce que je voulais, c’était redescendre et m’endormir.»

Je n’ai jamais eu l’impression que son aveu m’avait donné la permission d’essayer le LSD. En fait, le fait d’entendre parler de son expérience négative m’a rendu moins encline à essayer les hallucinogènes.

Je ne veux pas banaliser ma consommation de cocaïne. Je sais que ce qui a été pour moi une expérience malencontreuse et temporaire aurait pu se transformer en problèmes de dépendance à vie. Je ne me suis pas fait prendre et je n’ai pas fait de prison. C’est une belle fin en lien avec la consommation de drogues illicites - un vécu que beaucoup d’autres personnes n’ont pas la chance d’avoir - et je le sais.

De nos jours, vous avez beaucoup plus de chances de me trouver en train de boire un smoothie vert qu’un verre de vin. Je gère mon anxiété en mangeant bien, en faisant de l’exercice et en méditant.

Je veux que mes fils sachent qu’il est possible de vivre avec ses erreurs et de les reconnaître.

Compte tenu de mon mode de vie sain, il serait facile de nier mon passé, de dire à mes enfants de faire ce que je dis et fais maintenant. Mais je n’ai pas envie de les mettre à l’abri de ma vérité, ni de mettre qui que ce soit d’autre à l’abri. Ma consommation de cocaïne était stupide et risquée, et j’ai la chance d’avoir survécu pour pouvoir y réfléchir - mais je n’en ai pas honte.

Je ne suis pas parfaite et je n’ai pas toujours pris les meilleures décisions. Je veux que mes fils sachent qu’il est possible de vivre avec ses erreurs et de les reconnaître. Ils peuvent eux aussi choisir de mettre en pratique les leçons qu’ils ont apprises et de laisser le passé derrière eux. Je partage mes histoires dans l’espoir qu’ils apprennent des miennes, sans ressentir le besoin de les répéter.

Lorsque j’ai fini de raconter aux garçons ma consommation de cocaïne, mon fils cadet a roulé des yeux.

Il m’a dit: «Tu as sniffé de la cocaïne pendant trois mois? C’était idiot.»

Mon plan semble fonctionner, pour l’instant.

Ce texte, initialement publié sur le HuffPost États-Unis, a été traduit de l’anglais.

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