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04/10/2018 10:50 EDT | Actualisé 04/10/2018 10:50 EDT

«En mal des mots» : Annie Brocoli s'ouvre sur sa dyslexie

«Écrire un livre quand on est dyslexique c’est tenir l’improbable entre ses mains...»

Andréanne Gauthier

«J'ai le mal des mots et pourtant, mes meilleurs amis sont les mots», explique Annie Brocoli, qui n'est pas prête de troquer le nom de famille imaginé qui l'a fait connaître des petits et des grands. Celle qui vient tout juste d'offrir son dernier spectacle pour enfants entame une nouvelle aventure : raconter et partager l'histoire de sa dyslexie afin d'aider les gens vivant avec une différence à vivre une vie plus douce.

Aimer sa différence

Si En mal des mots se retrouve aujourd'hui sur les tablettes des librairies, c'est un peu grâce à Maxime Landry, grand ami d'Annie Brocoli, à qui la chanteuse et animatrice a fait lire ses écrits sans trop savoir quoi en faire.

«Il m'a dit : ''Ma chum, tu as un livre entre les mains!'' Ce livre, ce n'est pas l'histoire de ma vie au complet, c'est l'histoire de ma dyslexie. Ma façon de te raconter à toi, mon histoire et de te parler des murs que j'ai frappés et des embûches que j'ai dû relever.»

Sans jamais avoir caché sa dyslexie au public, l'idole des enfants n'avait jamais, non plus, abordé profondément le sujet au fil de sa carrière. «J'en parlais, mais je n'avais jamais raconté ma dyslexie», car ce n'était pas quelque chose qu'elle était capable d'accepter haut et fort.

Dans mon métier, j'étais confronté tous les jours, toutes les minutes à ma dyslexie. Danser était très difficile, car je ne distinguais pas ma droite de ma gauche.Annie Brocoli

«J'ai mis beaucoup de temps pour y arriver, mais j'adorais danser alors j'y suis arrivée en passant beaucoup d'heures devant mon miroir. Écrire était aussi un défi : j'écrivais mes notes à l'envers, je ne pouvais pas écrire à l'ordinateur, j'envoyais mes notes à ma mère pour qu'elle m'aide... Le pire était de me relire, ce qui me prenait un temps incroyable. Quant à lire devant les gens, cela me terrifiait. Pourtant, j'en ai fait un métier.»

Il y a deux ans et à la suite d'une longue thérapie, elle s'en est sentie capable, affirmant qu'elle a désormais fait la paix avec cette différence. «Je me sens bien d'en parler avec franchise, dit-elle. Tout cela a pris sa place dans ma tête et dans mon corps et est devenu plus doux. En fait, je suis rendue à aimer ma différence.»

«J'avais envie de dire aux gens que même si tu es différent – tu peux être TDAH, tu peux être gai, tu peux être dyslexique... - c'est possible de faire ce qu'on aime dans la vie. Car la différence atteint toujours l'estime de soi, ce qui est le pire des bobos empêchant d'avancer dans la vie. J'avais envie de dire que je suis une preuve que ça se peut, parce que j'en ai arraché pour me rendre où je me suis rendue dans la vie. Et qu'il faut avoir confiance en soi. »

Outre sa longue thérapie, l'auteure affirme que c'est grâce à la grande dame Janette Bertrand - qui signe la préface d'En mal des mots - qu'elle a eu le courage de ses ambitions et qu'elle est devenue Annie Brocoli.

«J'ai su adolescente que Janette était aussi dyslexique, explique-t-elle. C'est une femme que j'admire énormément et qui m'a beaucoup inspirée. Je voulais tellement la remercier d'en avoir parlé haut et fort, car pour moi, c'est comme si son histoire me donnait le droit de rêver tout en rendant possible mon rêve de créer. J'ai commencé à écrire en me disant que si elle pouvait le faire, je le pouvais aussi. Cela a guidé ma vie, heureusement, d'une tout autre façon. Je ne crois pas que je serais devenue Annie Brocoli, que j'aurais osé et que j'aurais cru tout cela possible sans elle.»

Libre Expression

Accepter et partager

Celle qui a écrit toute sa vie - des chansons, des scénarios - et qui a «bizarrement gagné sa vie en écrivant» explique qu'elle a d'abord dû apprendre à faire face à sa différence.

«J'ai tenté toute ma vie de me conformer, malgré cette bataille intérieure de vouloir être moi-même, explique-t-elle. Quand tu acceptes ta propre différence, il y a ensuite des gens qui vont t'accueillir là-dedans. Et plus on affirme qu'on est différent, plus les gens vont être obligés de l'accepter aussi. C'est beau la différence, c'est ce qui pimente la vie. C'est ce qui fait qu'il y a des saveurs différentes et que cela crée un bon plat.»

Elle affirme qu'il y a beaucoup de richesses qui se cachent derrière sa dyslexie. « Si je vois les P, les Q, les G et que je les mélange, c'est parce que lorsque je regarde quelque chose, ce n'est pas immobile : je le revire dans tous les sens pour voir ce que ça peut donner grâce à mon imaginaire. C'est cet imaginaire qui a fait que je suis devenue Annie Brocoli.»

Elle souhaite que les gens qui liront son livre puissent remplacer le mot dyslexie par ce qu'ils sont, a envie d'aider des enfants, des parents d'enfants et même des parents qui sont aussi différents.

«Je veux aller leur en parler, leur donner un petit coup de main et apaiser les cœurs», ajoute celle qui livre déjà des conférences sur le sujet de la dyslexie et, surtout, de la différence.

«Je reçois maintenant plein d'amour, j'ai un lien direct avec le cœur des gens. Cela me fait triper! En ce moment, je suis bien dans mon cœur pour le faire. Deux fois dans ma vie je me suis sentie parfaitement à ma place : lorsque j'ai chanté ma première chanson pour enfant dans mon sous-sol, et quand j'ai terminé mon livre. Je suis dans un beau moment de ma vie.»

En mal des mots d'Annie Brocoli est disponible dès maintenant en librairie.