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18/11/2020 20:05 EST

Les émissions de CO2 ont baissé en 2019, mais on reste loin du compte

Dans le secteur de l'énergie, les pays du G20 ont réduit leurs émissions. Une première hors crise économique ou pandémie.

Stringer Shanghai / Reuters
Dans le secteur de l'énergie, les émissions de CO2 ont baissé, une bonne nouvelle mais l'amélioration risque d'être temporaire, selon Climate Transparency. Image d'illustration: une agricultrice devant une cokerie à Changz, en Chine.

Les politiques climatiques des grandes puissances économiques commencent à peine à porter leurs fruits, selon Climate Transparency, une initiative internationale qui met en relation instituts de recherche et ONG sur le climat. Dans un rapport paru ce mercredi 18 novembre, ils observent une première baisse des émissions carbone du G20 dans le secteur de l’énergie en 2019, sans pour autant se réjouir: pour relancer l’économie face à la pandémie, certains États financent l’exploitation d’énergies fossiles, ce qui pourrait bien stopper net ce début d’amélioration. 

En 2019, le Groupe des 20, comprenant notamment la Chine, le Canada, les États-Unis et la France, a réduit de 0,1% ses émissions de CO2 liées à la production de l’énergie. Une très légère diminution pourtant significative, car elle est en rupture avec la tendance de ces dernières années. De 2005 à 2017, les pays du G20 rejetaient en moyenne 1,4% de CO2 en plus par an dans ce secteur qui n’avait jamais connu de baisses hormis les années de crises économiques ou sanitaires majeures. 

Les membres de Climate Transparency ont agrégé une centaine d’indicateurs de la décarbonisation, de l’action publique climatique ou encore du financement de l’énergie pour réaliser ce rapport. L’objectif? Évaluer l’efficacité des engagements carbone des 20 pays du Groupe, qui a lui seul émet les 3/4 du gaz à effet de serre d’origine humaine. 

2020, une année charnière

Les rejets de CO2 baissent dans l’industrie de l’énergie, particulièrement polluante, mais rien n’est joué. Car si la consommation de charbon diminue de 2% et la part des énergies renouvelables dans la production d’énergie augmente de 27% en 2018, d’autres secteurs voient leurs émissions augmenter. C’est le cas du secteur des transports (+1.5%), du bâtiment (+0.9%) et de l’industrie (+1.2%).

D’autant plus que 2020 est une année charnière. «La capacité des pays du G20 à renverser la courbe de la pollution au CO2 dépendra des choix politiques des prochains mois», alerte Jorge Villarreal, membre de l’ONG Iniciativa Climatica de Mexico. Les États dépensent d’énormes sommes pour sortir de la crise de la COVID-19, ce qui pourrait faire pencher la balance d’un côté, comme de l’autre. 

Stephane Mahe / Reuters
Des moutons traversent une centrale photovoltaïque à Allonnes, dans la Sarthe. Image d'illustration.

Jorge Villarreal, qui a participé à la réalisation de cette étude, plaide pour une relance économique respectueuse de l’environnement : «Avant que la pandémie ne vienne tout bouleverser, nous observions les premiers résultats de l’action climatique, mais cela ne suffira pas.

Si les politiques publiques ne s’inscrivent pas dans la continuité, les améliorations risquent de n’être que temporaires.» 

La France en retard sur l’énergie et les transports

Le Climate Transparency reconnaît une certaine bonne volonté du gouvernement Macron. «Certains membres du G20, comme l’UE, la France ou l’Allemagne, donnent l’exemple pour construire des économies plus résilientes tout en se protégeant contre l’accélération des impacts climatiques», observe la chercheuse de l’Overseas Development Institute, Charlene Watson. 

La France est le seul pays du G20 à demander des efforts en termes de pollution en échange de son soutien à sa compagnie aérienne Air France. Avec l’Allemagne, c’est aussi l’unique État du Groupe à exiger des garanties écologiques en contrepartie du sauvetage du secteur automobile, décrit le rapport. 

«Le plan de relance français fait une large place à la transition écologique, environ un tiers du budget y est consacré, mais en dépit de ces efforts, il est probable qu’elle ne tienne pas ses engagements nationaux de réduction des émissions de gaz à effet de serre», explique Brigitte Bejean, représentante de l’Institut du développement durable et des relations Internationales (IDDRI). 

Dans ce contexte, les objectifs de 2022 concernant la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique sont difficilement tenables, alerte Brigite Bejean. Le rapport montre qu’en 2019, la proportion de l’éolien, du solaire ou de l’hydraulique par rapport à l’utilisation des énergies fossiles est en dessous de la moyenne du G20, dans les secteurs de l’énergie et des transports. 

Ce texte a été publié originalement sur le HuffPost France.