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08/11/2020 17:06 EST

Élection présidentielle: Donald Trump s'entête à poursuivre son combat

Le président devra faire un choix: concéder la victoire à son adversaire pour le bien de la nation, ou ne pas le faire, et être expulsé de la Maison-Blanche malgré tout.

ASSOCIATED PRESS
President Donald Trump speaks at a campaign rally at Reading Regional Airport, Saturday, Oct. 31, 2020, in Reading, Pa. (AP Photo/Alex Brandon)

WASHINGTON — Donald Trump n’admet jamais ses défaites. Maintenant que le candidat démocrate Joe Biden a remporté l’élection présidentielle, le président devra faire un choix : concéder la victoire à son adversaire pour le bien de la nation, ou ne pas le faire, et être expulsé de la Maison-Blanche malgré tout.

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Après quatre jours interminables de dépouillement des votes qui se sont terminés par la victoire projetée de Joe Biden, M. Trump clamait toujours que la course n’était pas finie. Il a lancé de nombreuses allégations non fondées selon lesquelles l’élection n’était pas juste et que des votes «illégaux» ont été comptés. Il a aussi promis qu’il intenterait une multitude de procédures judiciaires, tout en continuant d’écrire des messages sur Twitter pour dire qu’il avait «REMPORTÉ L’ÉLECTION, PAR BEAUCOUP.»

Si certains membres de sa garde rapprochée ont tenté de le convaincre de concéder la victoire à son adversaire, plusieurs de ses alliés républicains — dont certains élus du Congrès — l’encourageaient à maintenir son discours, ou lui donnaient du temps pour accepter sa défaite — du moins, pour l’instant.

«Trump n’a pas perdu», selon le sénateur de la Caroline du Sud, Lindsey Graham, qui était de passage à l’émission Sunday Morning Future sur la chaîne Fox News. «Ne concédez pas la victoire monsieur le président. Battez-vous», a-t-il ajouté, refusant d’accepter la vérité.

Selon des personnes près du président, M. Trump n’aurait pas l’intention de concéder formellement la victoire à M. Biden, mais il devrait tout de même quitter la Maison-Blanche de son propre chef à la fin de son mandat. Ses nombreux efforts pour dépeindre l’élection comme étant injuste sont vus comme une tentative de soulager son ego. Il chercherait aussi à montrer à sa base loyale qu’il poursuit le combat, ce qui pourrait donner de l’énergie à ses partisans pour qu’ils continuent à se battre eux aussi.

«Il a l’intention de se battre», a précisé le conseiller financier du président Larry Kudlow, au moment où la défaite semblait de plus en plus inévitable.

M. Trump va-t-il un jour concéder la victoire? «J’en doute», a répondu son conseiller et ami de longue date Roger Stone, dont M. Trump a payé la caution pour lui permettre de sortir de prison en juillet. M. Stone a assuré que M. Biden aura toujours «un nuage au-dessus de sa présidence qui lui rappellera que la moitié des gens du pays croient que son élection était illégitime.» 

Certains des partisans de M. Trump croient que s’il désire fonder son propre empire médiatique, il a tout avantage à prolonger le suspense. Il en va de même s’il a l’intention de se présenter à l’investiture républicaine en vue de la prochaine élection présidentielle en 2024 — il serait alors âgé d’une année de plus que Joe Biden aujourd’hui.

Plusieurs personnes de son entourage rapproché, comme son avocat Rudy Giuliani, continuent de le soutenir dans ses démarches. L’ex-maire de New York a d’ailleurs promis de fournir au président des preuves de fraude électorale, mais il en a trouvé bien peu jusqu’à présent.

Les fils de M. Trump, Donald et Eric, ont aussi demandé à leur père de poursuivre sa lutte, tout en demandant aux républicains de se joindre au combat, tout comme l’ont fait des élus comme le sénateur Graham.

«Ce que je dirais au président, c’est de ne pas abandonner. Mon conseil est qu’il ne devrait pas concéder la victoire, a mentionné le représentant républicain Andy Biggs de l’Arizona lors d’une entrevue sur une baladodiffusion. Allons jusqu’au bout. C’est important de ne pas lâcher.»

Certaines personnes près de M. Trump observent avec nervosité les réactions d’autres élus républicains. Mais pour l’instant, la plupart d’entre eux semblent laisser plus de temps au président avant de réagir.

«J’ai hâte que le président réagisse; il doit s’occuper de ce dossier», a affirmé le sénateur républicain du Missouri Roy Blunt. Cela dit, le sénateur a ajouté qu’il était temps pour le président «de discuter avec ses avocats, de laisser ses avocats présenter leurs arguments devant les tribunaux et au peuple américain, et nous devrons vivre avec les faits qu’ils auront présentés. Cela doit se produire, et ensuite nous passerons à autre chose.»

«À ce moment-ci, nous ne savons pas qui a réellement remporté l’élection», a affirmé le sénateur du Texas Ted Cruz. Il a d’ailleurs dit à la chaîne Fox News que M. Trump «avait toujours la possibilité de gagner.»

Une unanimité inexistante

D’autres de ses alliés politiques et du personnel de la Maison-Blanche ont cependant demandé au président de changer son discours et de s’engager à travailler pour une transition du pouvoir sans embuches. Ils lui ont souligné que l’histoire sera un juge sévère pour toute action qu’il prendra qui pourrait nuire à son successeur. Ils lui ont aussi conseillé de prononcer un discours dans lequel il s’engagerait à soutenir la transition du pouvoir dans la prochaine semaine.

Le gendre et conseiller de M. Trump Jared Kushner a indiqué qu’il faisait partie des personnes qui ont suggéré au président d’accepter les résultats — même si M. Trump a toujours des doutes sur le processus électoral qui a mené à sa défaite.

Sur la chaîne Fox News, où les chefs d’antenne ont soutenu à de nombreuses reprises le président, Laura Ingraham a rappelé que le président soutenait que l’élection avait été injuste, mais elle lui a recommandé de quitter ses fonctions sans faire de vagues pour conserver sa réputation et celle du Parti républicain.

«L’héritage du président Trump sera davantage reconnu s’il place les intérêts du pays en premier», a-t-elle dit jeudi.

Ce reportage est fondé sur des entrevues réalisées auprès d’une dizaine de conseillers et de partisans de M. Trump, dont plusieurs ont accepté de se confier sous le couvert de l’anonymat.

Cette remise en question de la transition pacifique du pouvoir démontre que le président défait continue de défier les normes établies. Il n’a d’ailleurs jamais reconnu qu’en 2016, même s’il avait gagné l’élection, il avait obtenu moins de votes que sa rivale démocrate Hillary Clinton.

Plusieurs conseillers ont indiqué qu’il était probable que le président prenne la fin de semaine pour définir son plan, qui comportera certainement de nombreuses contestations judiciaires. Certains d’entre eux croient toutefois que le réel but de cette bataille judiciaire aurait comme réel objectif de projeter une image d’un combattant qui n’abandonne pas, plutôt que de chercher à produire des résultats.

Certains indices laissaient croire que M. Trump pourrait prendre un chemin moins tumultueux pour la suite des choses, et ce même s’il continuait à se plaindre auprès de ses proches, rappelant l’enquête sur l’ingérence de la Russie qui avait débuté lors du mandat du président Barack Obama.

Dimanche, la Maison-Blanche a précisé que le président «va accepter les résultats d’une élection libre et juste» et que l’administration «respecte toutes ses obligations légales.»

Plusieurs craignaient tout de même que les propos du président mettent le feu aux poudres et enflamment les tensions déjà vives entre les partisans républicains et démocrates lors de la campagne électorale. Certains événements mineurs sont survenus près des bureaux de dépouillement des votes à Philadelphie et Phoenix.

Des partisans pro-Trump — qui portaient parfois sur eux leur arme à feu — se sont rassemblés à l’extérieur des bureaux de comptage dans plusieurs villes à travers les États-Unis.

L’équipe de campagne de M. Trump et le Congrès national républicain ont bombardé leurs partisans de demandes pour récolter des fonds. Selon des personnes au courant du dossier, des dizaines de millions de dollars auraient été amassés depuis mardi. Une partie de l’argent devrait servir à rembourser la dette encourue durant la campagne, mais le reste pourrait être utilisé pour mettre sur pied une campagne publique pour remettre en question la validité du résultat du vote.

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