POLITIQUE
22/08/2019 11:02 EDT | Actualisé 22/08/2019 11:06 EDT

Élections 2019: le taux de participation des jeunes sera-t-il aussi élevé qu'en 2015?

Plus de 400 groupes et militants de tout le pays organiseront des événements, dans les semaines à venir, pour encourager les jeunes à voter.

Niyazz via Getty Images

OTTAWA — Caro Loutfi s’échine dans son bureau de Montréal à élaborer des moyens pour inciter les jeunes à aller voter lors des élections fédérales de l’automne.

Mme Loutfi est la directrice générale de «L’apathie c’est plate», un organisme non partisan qui s’emploie à éduquer les jeunes électeurs et à les faire participer à la vie démocratique.

Le taux de participation des jeunes électeurs canadiens de 18 à 24 ans n’a cessé de décliner depuis les années 1970, jusqu’à un sursaut inhabituel en 2015.

En vue du scrutin du 21 octobre, Caro Loutfi et 400 autres groupes et militants de tout le pays organiseront des événements dans les semaines à venir pour que ce terrain gagné en 2015 ne soit pas perdu. Leurs efforts culmineront le 15 septembre par une journée d’action nationale «L’apathie c’est plate», décrite sur le site web comme «la plus importante campagne électorale non partisane de l’histoire du Canada».

«Il est important de maintenir cet élan pour faire en sorte que diverses voix participent au choix de ceux qui gouverneront notre pays», a expliqué Mme Loutfi.

Les données d’Élections Canada tirées du scrutin de 2015 indiquent que 57 pour cent des électeurs âgés de 18 à 24 ans sont allés voter, soit une augmentation de 18,3 points de pourcentage par rapport à 2011. Cette augmentation est la plus importante enregistrée depuis qu’Élections Canada a commencé, en 2004, à recenser des données démographiques.

Quatre ans plus tard, ces «jeunes électeurs» ont vieilli et de nouveaux électeurs sont maintenant en âge de voter. La génération des millénariaux, qui comprend les 18-34 ans, représentera un peu plus du quart des électeurs lors de ce scrutin — ce qui en fera un bloc potentiellement puissant en 2019 et au-delà, car ils façonneront la politique tout comme les baby-boomers l’ont fait dans les années 1970.

Une fausse tendance?

Selon une enquête réalisée cette année par le Centre Samara pour la démocratie, 71 pour cent des jeunes se sont dits intéressés par la politique fédérale, et les jeunes feraient partie des «participants les plus actifs» à la politique canadienne, notamment par leur engagement militant. Mais les conclusions de l’organisme sans but lucratif non partisan de Toronto ne signifient pas que ces jeunes électeurs se rendront à leur bureau de scrutin le 21 octobre.

Jon Parker, professeur de science politique au Collège Algonquin d’Ottawa, soutient que la participation accrue aux dernières élections était surtout attribuable aux efforts déployés par les libéraux, en particulier, pour cibler les jeunes électeurs. Les recherches menées par Abacus Data pour le compte de l’Alliance canadienne des associations étudiantes à la suite du scrutin de 2015 suggèrent que les efforts du Parti libéral et les campagnes pour «faire sortir le vote» ont aidé les libéraux à s’assurer le soutien de 45 pour cent des jeunes électeurs.

Le professeur Parker admet qu’il ne voit pas d’indicateurs montrant une passion ou un intérêt de la jeunesse à l’aube du scrutin de cet automne. «Je ne serais pas du tout surpris si le taux de participation des nouveaux électeurs (...) redescendait à des niveaux plus habituels», a estimé M. Parker, qui a travaillé à la campagne réussie des libéraux il y a quatre ans.

Contrer le manque d’information 

Le problème, selon lui, c’est le manque d’information civique, qui n’encourage pas beaucoup les jeunes, en particulier, à aller voter. Or, Caro Loutfi et ses camarades ont consacré beaucoup de temps, justement, à fournir davantage d’informations en ligne et en personne aux jeunes électeurs.

«L’apathie c’est plate» offre notamment un «dictionnaire de la démocratie», dans lequel les nouveaux électeurs peuvent trouver des informations sur des termes qu’ils ne comprennent peut-être pas, et un outil en ligne qui aidera les jeunes Canadiens à trouver et à entrer en contact avec leurs représentants locaux.

«L’apathie c’est plate» collabore également avec Élections Canada pour former des jeunes bénévoles et les envoyer assister à des concerts, des festivals et des événements pour discuter directement avec les jeunes électeurs et les encourager à aller voter.

Caro Loutfi souligne que l’implication d’un plus grand nombre de jeunes dans le processus électoral permettrait que leurs problèmes soient davantage pris en compte dans les programmes des partis. «Les politiciens ont tendance à ne pas consacrer du temps et de l’énergie à quelqu’un qui ne va pas voter. Cela crée un cercle vicieux: vous ne votez pas, les politiciens ne vous parlent pas.»