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10/02/2020 17:32 EST | Actualisé 10/02/2020 19:29 EST

Écoles juives hassidiques: deux ex-élèves poursuivent le gouvernement du Québec

Yochonon Lowen et Clara Wasserstein soutiennent qu’ils n’ont reçu pratiquement aucun enseignement laïque alors qu’ils fréquentaient l’école religieuse privée dirigée par la communauté hassidique Tash.

THE CANADIAN PRESS/Graham Hughes
Clara Wasserstein, à gauche, et Yochonon Lowen arrivent au palais de justice de Montréal, le lundi 10 février 2020.

MONTRÉAL — Deux ex-juifs hassidiques ont terminé leurs études secondaires dans une école religieuse privée à Boisbriand sans savoir parler français et à peine l’anglais, a déclaré un avocat lundi à l’ouverture d’un procès centré sur la responsabilité du gouvernement du Québec à l’égard de ces enfants.

Yochonon Lowen et Clara Wasserstein, aujourd’hui adultes, étaient en Cour supérieure à Montréal, lundi, pour demander un jugement déclaratoire contre le gouvernement du Québec, qu’ils accusent de ne pas leur avoir assuré une éducation adéquate, comme le prévoit la Loi sur l’instruction publique. Leur avocat a déclaré au tribunal que les deux jeunes n’avaient reçu pratiquement aucune instruction laïque alors qu’ils fréquentaient l’école religieuse privée dirigée par la communauté ultra-orthodoxe Tash à Boisbriand, au nord de Montréal.

Selon des documents judiciaires, les deux jeunes avaient fait leurs études en yiddish dans une école religieuse qui ne détenait pas de permis. Ils n’ont jamais suivi un seul cours d’histoire, de géographie, de sciences ou d’arts; M. Lowen n’a même jamais suivi un seul cours de français. «Les demandeurs ont terminé leur éducation secondaire en ignorant ce qu’était le fleuve Saint-Laurent ou la théorie de l’évolution», lit-on dans leur demande introductive d’instance déposée en 2016.

Les documents judiciaires indiquent que ni M. Lowen ni Mme Wasserstein n’étaient préparés à s’intégrer dans la société québécoise lorsqu’ils ont quitté la communauté hassidique en 2010; ils ont par ailleurs eu bien du mal à trouver du travail sans diplôme d’enseignement primaire ou secondaire.

Le couple, qui a quitté la communauté hassidique Tash en 2010, ne réclame pas de dommages et intérêts: il veut toutefois «éviter que des générations futures d’enfants subissent ce qu’ils ont subi et demandent donc une déclaration à l’effet que le gouvernement du Québec, la Commission scolaire de la Seigneurie-des-Mille-Îles, les écoles (hassidiques) et le rabbin Elimelech Lowy violent le droit des enfants de leur communauté de recevoir l’éducation à laquelle ils ont droit».

La requête initiale de 2016 soutenait par ailleurs que «ces écoles illégales existent toujours et des centaines d’élèves les fréquentent, au vu et su des autorités gouvernementales».

Lundi, les avocats du gouvernement et ceux de la communauté Tash ont fait valoir que ces problèmes avaient été depuis résolus. David Banon, un avocat représentant la communauté hassidique, soutient que Tash s’est conformé à la loi, qui avait été resserrée, et aux ententes avec les commissions scolaires qui ont permis aux familles hassidiques de s’inscrire au régime d’«enseignement à la maison». Les réclamations dans ce procès «ne reflètent pas la réalité de la communauté Tash aujourd’hui», a soutenu Me Banon.

Des lacunes en 2014

Marie-Josée Bernier, de la Direction de la protection de la jeunesse, a déclaré au tribunal lundi que l’enseignement prodigué à 320 garçons de la communauté hassidique de Boisbriand avait été évalué en 2014. Or, cette évaluation a révélé chez 280 garçons des lacunes en lecture et écriture, que ce soit en anglais ou en français, ainsi qu’en mathématiques de base. Elle a déclaré au tribunal que les connaissances de nombreux garçons étaient inférieures au minimum de ce qui était nécessaire pour être fonctionnel et autonome dans la société québécoise.

Mme Bernier a admis que la situation s’était nettement améliorée après que les familles ont conclu une entente avec la commission scolaire. En 2017, le niveau d’instruction de moins d’une centaine de garçons était resté inférieur à celui des autres de leur âge.

Le gouvernement du Québec a pris des mesures au cours des dernières années pour résoudre le problème des écoles religieuses illégales. Le projet de loi 144, adopté en 2017, a conféré au gouvernement de plus larges pouvoirs pour imposer la fréquentation scolaire obligatoire. Il a aussi obligé les autorités à créer un ensemble de normes pour l’enseignement à la maison.

Cette loi a été modifiée par le gouvernement actuel l’année dernière pour renforcer les mesures visant à garantir la conformité et obliger les élèves à passer les examens du ministère.

Éric Cantin, l’avocat représentant le gouvernement du Québec, a assuré le tribunal que la province ne jouait pas à l’autruche en ce qui concerne la question des écoles religieuses. Il a admis qu’il y avait eu des problèmes dans le passé, mais il soutient que les choses se sont considérablement améliorées depuis que les Lowen ont fréquenté l’école.

Abraham Ekstein, président de l’Association hassidique juive pour l’enseignement à la maison, a déclaré aux journalistes à l’extérieur de la salle d’audience que depuis la nouvelle loi, chaque enfant hassidique du Québec est enregistré auprès du gouvernement conformément à la loi. Selon lui, les écoles illégales «n’existent plus» depuis. «Je peux vous affirmer que tous les enfants hassidiques dans le territoire québécois respectent la loi, ils sont inscrits à une commission scolaire», a-t-il dit.

Le procès devrait durer environ deux semaines.

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