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16/06/2020 18:55 EDT | Actualisé 16/06/2020 19:01 EDT

Une école demande à des enfants de jouer le rôle de colonisateurs pour un devoir

Les élèves d'une école de Hamilton, en Ontario, ont reçu les consignes de se mettre dans la peau de colons européens.

Un message d’intérêt public pour tous les professeurs d’histoire bien intentionnés: ce n’est jamais une bonne idée d’inviter les enfants à jouer le rôle de colonisateurs. Surtout pas pour une évaluation.

Un professeur de Hamilton, en Ontario, l’a appris à ses dépens la semaine dernière, après avoir demandé à sa classe de 7e année (secondaire 1) de faire une activité au cours de laquelle les élèves devaient écrire des discours du point de vue de colons français.

Un document de travail charge les étudiants de convaincre les peuples autochtones de les laisser demeurer sur leurs terres et utilise une terminologie désuète, en référence au public cible du discours.

«Vous venez de découvrir l’Amérique du Nord», indique-t-il. «Les peuples aborigènes qui étaient là avant vous ont des problèmes avec l’idée que vous y demeuriez.»

«Plus vous êtes convaincant, meilleure sera votre note!», déclare le document en lettres majuscules.

Stephanie Allen, une militante communautaire de Vancouver, a critiqué le devoir dans un tweet qui est rapidement devenu viral; on peut y voir une capture d’écran prise par la fille d’un membre de sa famille, qui assistait au cours.

«Des étudiants noirs et autochtones jouent le rôle d’esclavagistes/de colonisateurs/de voleurs de terres», a tweeté Allen. «La suprématie blanche est (véritablement) un système au Canada, et il fonctionne comme prévu.»

Plusieurs personnes ont par la suite affirmé que le devoir était raciste à l’égard des peuples autochtones, incitait les étudiants à défendre le colonialisme et à minimiser la souveraineté des peuples autochtones en Amérique du Nord.

Bien que l’enseignant ne se soit pas manifesté pour expliquer le devoir ou pour s’excuser, un représentant du conseil scolaire auquel appartient l’école en question a déclaré que l’enseignant avait «appris de cette situation». Le représentant s’est également excusé pour le document «qui manque d’égards».

«Nous comprenons absolument pourquoi ce devoir est perçu comme insensible et inapproprié», a déclaré Pat Daly, président du Hamilton-Wentworth Catholic District School Board, au Hamilton Spectator. «J’exprime mes regrets et [au] nom du conseil, je m’excuse pour tout préjudice qu’il a causé aux parents et à la communauté autochtone.»

Le devoir suivait les lignes directrices de leur programme d’études, en ce qui concerne l’utilisation de «méthodes d’enquête historiques pour étudier la perspective de différents groupes et communautés». Le média a indiqué que le responsable de l’éducation autochtone au sein du conseil scolaire allait bientôt faire un suivi auprès des professeurs afin de s’assurer que les futurs devoirs «allaient promouvoir la vérité et la réconciliation».

Compte tenu de l’attention portée au racisme dans le monde entier au cours des dernières semaines, et du fait que deux Autochtones, Rodney Levi et Chantel Moore, ont été tués par la police canadienne lors de deux incidents distincts ce mois-ci, Daly a qualifié le devoir d’inopportun.

«Je ne dirais pas que cela aurait été approprié à n’importe quel moment, mais nous comprenons absolument pourquoi il semble beaucoup plus insensible et inapproprié en ce moment», a-t-il déclaré à la CBC.

Ce texte initialement publié sur le HuffPost Canada a été traduit de l’anglais.