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Écart salarial: pas d'amélioration pour les personnes racialisées

Au Canada, les personnes racialisées gagnent beaucoup moins d'argent, même si elles sont plus actives sur le marché du travail que les personnes de race blanche.

Bien que le pays se soit considérablement diversifié sur le plan racial au cours de la dernière décennie, le Canada n’a pratiquement pas progressé en matière d’égalité raciale au travail, selon une nouvelle étude.

L’étude du Centre canadien de politiques alternatives (CCPA) a comparé les données des recensements de 2006 et 2016 pour voir à quel point le pays se rapproche de l’égalité raciale dans la population active. Il a constaté que l’écart racial dans les salaires n’avait pas bougé depuis.

L’étude a révélé que les femmes racialisées gagnent 59 cents pour chaque dollar gagné par les hommes blancs, tandis que les hommes racialisés gagnent 78 cents pour chaque dollar gagné par les personnes non racialisées. Cela malgré le fait que les personnes racialisées ont un taux d’activité et un taux d’emploi plus élevés - une part plus importante de celles-ci est active sur le marché du travail comparativement à la population en général.

Bien qu’il puisse être tentant d’attribuer cela à l’immigration - les immigrants racialisés sont plus récents au Canada, et donc moins établis - l’étude du CCPA a révélé qu’il ne s’agit que d’une partie de l’explication. Les enfants d’immigrants racialisés connaissent également un écart de salaire, bien qu’il soit plus étroit que pour les nouveaux arrivants.

«Ces écarts (salariaux) se poursuivent jusqu’à la deuxième génération et au-delà», note le rapport. «Les hommes racialisés de la deuxième génération gagnaient 79 cents pour chaque dollar gagné par les hommes non racialisés de la deuxième génération. Les femmes racialisées de deuxième génération gagnaient 96 cents pour chaque dollar gagné par les femmes de deuxième génération non racialisées. »

Mais l’étude a également révélé de grands écarts entre les différents groupes raciaux. Par exemple, les hommes noirs gagnent 66% des revenus des hommes non racialisés, mais les hommes japonais gagnent 105% du salaire de leurs homologues blancs.

Ce phénomène nécessite plus d’études, mais il est probable que les attitudes envers des groupes raciaux spécifiques aient un impact sur les résultats, a déclaré Grace-Edward Galabuzi, professeur agrégé de politique et d’administration publique à l’Université Ryerson et co-auteur de l’étude.

«Souvent, les hypothèses ou les stéréotypes concernant les groupes sont différents», a-t-il déclaré à HuffPost Canada. «Le racisme anti-noir affectera les gens différemment des préjugés contre la population sud-asiatique.»

Inégalités de richesse

L’étude du CCPA s’est également penchée sur l’inégalité de la richesse, mais a constaté que les données canadiennes sur ce sujet font défaut. Le rapport trimestriel de Statistique Canada ne ventile pas les données sur la richesse par race.

Cependant, le recensement de 2016 l’a fait pour les gains en capital (l’augmentation de la valeur des actifs) et les revenus de placements, et les données montrent un écart clair.

Environ 12% de la population canadienne non racialisée a déclaré avoir réalisé des gains en capital, comparativement à 8,3% pour les Canadiens racialisés. Le revenu de placement présente également un écart, les Canadiens non racialisés déclarant une moyenne de 11 428 $ en revenu de placement, comparativement à 7 774 $ pour les Canadiens racialisés.

Avoir moins de richesse accumulée signifie que les gens ont moins d’options, a expliqué l’étude.

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La richesse «donne aux gens la liberté de faire des choix tels que quitter un emploi ou poursuivre des études. Elle fournit une source de revenus en cas de besoin, comme une maladie ou une perte d’emploi. Cela rend l’emprunt d’argent plus facile - et moins cher », indique le rapport du CCPA.

«Cela crée aussi une fondation qui est établie pour la prochaine génération et la génération suivante», a ajouté M. Galabuzi.

Il aimerait voir de meilleures données raciales sur l’inégalité de la richesse de Statistique Canada, sur le modèle des données disponibles aux États-Unis et ailleurs. Il note que l’Ontario a lancé une stratégie antiraciste de trois ans en 2017 qui comprend la collecte de meilleures données raciales sur la justice, l’éducation et le bien-être des enfants.

Et il y a une législation qui pourrait aussi aider, soutient M. Galabuzi. La Loi fédérale sur l’équité en matière d’emploi ne s’applique qu’aux 12 pour cent de la main-d’œuvre qui travaillent dans des industries sous réglementation fédérale. Les provinces - qui ont la responsabilité constitutionnelle des questions de travail - devraient emboîter le pas, dit M. Galabuzi.

Et il veut que les décideurs politiques agissent le plus tôt possible.

«Il est probable que des changements massifs vont se produire au cours des 10 ou 15 prochaines années», selon M. Galabuzi. Ce dernier estime que l’automatisation est sur le point de nous propulser dans une ère d’incertitude sur les emplois.

«Si nous ne réglons pas ces problèmes avant d’entrer dans cette période de vulnérabilité… la situation des groupes défavorisés s’aggravera.»

Ce texte initialement publié sur le HuffPost Canada a été traduit de l’anglais.

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