Drag queens: des reines jusqu'en région

Elles font lever le party partout dans la province.
Rainbow, Barbada et Gina Gates
Rainbow, Barbada et Gina Gates

Elles sont les stars de la Fierté, animent le Village gai de Montréal tous les soirs, mais réveillent aussi Joliette, Sherbrooke et même Rouyn-Noranda. Les drag queens sont accueillies comme des reines en région, énième signe que le Québec en entier est sous le charme de cet art décoincé et incomparable.

Si les drag queens sortent des grands centres depuis une vingtaine d’années, leurs spectacles se seraient aujourd’hui métamorphosés, démocratisés, désinhibés. En région. Ils étaient autrefois dominés par des revues musicales et numéros burlesques où virevoltaient plumes et paillettes. Avec une foule plus sensibilisée à la différence et aux enjeux LGBTQ+, les queens oseraient davantage et miseraient maintenant sur l’humour et les transformations spectaculaires.

«Y’en avait des tournées de drags avec Michel Dorion et Mado Lamothe en dehors des villes il y a 20 ans, mais c’était plus incompris. Le monde les appelait encore des travestis, témoigne Barbada, une habituée des spectacles en région. Aujourd’hui, on est ailleurs.»

Barbada
Barbada

Mais si la culture drag et la perception des gens a autant changé depuis quelques années, c’est principalement grâce à l’ultra populaire compétition télévisée de drag queens RuPaul’s Drag Race. Depuis, ces reines de la scène ont atteint un véritable statut de stars dans la culture populaire, rejoignant de nouvelles générations et davantage d’hétérosexuels.

«RuPaul a réussi à enlever le côté trash et toxicomanie associé aux drags et a débloqué les mentalités sur le côté artistique de la chose. Maintenant, ce n’est vraiment pas gênant de faire de la drag», confirme Gina Gates.

«C’est rendu qu’on me reconnaît sur la rue, même en région, affirme pour sa part Rainbow, drag queen vedette native de Joliette qui se donne désormais plus souvent en spectacle en région qu’à Montréal. Avant la COVID-19, je devais partir en tournée au Québec, mes shows étaient sold-out. […] Sinon, 90% du temps on m’appelle pour que je vienne donner des shows dans des bars, des cafés culturels, avec des enfants et des aînés, dans des événements privés en dehors de la ville. Le monde capote.»

Rainbow
Rainbow

Une foule en délire

«Ça embarque encore plus là-bas [qu’à Montréal, NDLR]. Ils ne sont pas habitués, donc ils sont impressionnés. Souvent aussi, on est annoncé. Ils doivent acheter leur billet, donc ils viennent pour nous voir, pas pour prendre un verre au bar», explique Barbada, qui avoue souvent préférer ce public à celui des grandes villes.

«C'est rare qu’on a des publics de marde avec la job qu’on a.»

- Rainbow, drag queen

«L’énergie est différente dans la salle, mais tellement bonne, acquiesce Rainbow. Pour les gens de Montréal, les shows de drag, c’est accessible donc parfois bof, mais en région, ça devient un gros happening parce que ça n’arrive jamais. C’est rare qu’on a un public de marde avec la job qu’on a.»

La demande pour les drag queens serait si forte que des tenanciers de bars en région organisent de plus en plus de soirées hebdomadaires ou mensuelles, les préférant parfois à des humoristes. Ainsi, les curieux n’ont plus à se déplacer à Montréal ou Québec pour assister à leurs spectacles. Les queens se déplacent déjà à Salaberry-de-Valleyfield, Trois-Rivières, Nicolet, Saguenay et jusqu’en Abitibi, notamment.

Gina Gates, elle, habite et performe à Sherbrooke. Sur la demande d’un tenancier de bar LGBTQ+ dans la ville estrienne, elle a formé le groupe de drag queens House of Gates, puis affirme avoir connu un certain succès, surtout avec les trois éditions de son concours Sherby Drag Race.

«Il y avait 300 personnes par soir. À Sherbrooke, ça encourage, ça cri, ça hurle. Les gens sont fiers d’avoir des drags de chez eux. Tout le monde reste après le show pis c’est vraiment le fun», témoigne-t-elle.

Gina Gates
Gina Gates

De rares réticences

L’ouverture à ces artistes aux perruques colorées et au ton irrévérencieux a beau être plus grande que jamais, il arriverait encore que quelques spectateurs en région éloignée expriment une certaine gêne ou réticence.

«C’est rare, mais moi, je viens du 450 et j’adore le country, faque ça pogne. Sinon, je descends dans la salle et je leur tire les verres du nez. Ça donne des discussions intéressantes sur le métier de drag. Parfois, c’est trash (rires), mais finalement, c’est eux que je vois dans le line-up après le show pour venir me parler et prendre une photo, témoigne la pétillante Rainbow. Je me suis même mis chum avec un groupe de gars de moto qui avaient été traînés par leurs blondes. Après, ils m’ont offert un cours de moto», s’amuse-t-elle.

«Je viens du 450 et j'adore le country, faque ça pogne.»

- Rainbow, drag queen

Toutes les drag queens interviewées par le HuffPost Québec assurent n’avoir jamais reçu de commentaires négatifs ou discriminants.

Devant le bel accueil reçu du public pour sa défunte tournée, Rainbow se dit persuadée que la scène drag en région va continuer de grandir. «On sort des bars et on booke maintenant des salles de spectacle, comme les humoristes. J’ai des dates réservées jusqu’en 2023. Je suis sûre que ça va devenir de plus en plus gros.»

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