Drag-king: quand arborer la moustache devient libérateur

Pour Geneviève Labelle, jouer un homme sur scène est un geste à forte symbolique, une prise de pouvoir.
Geneviève Labelle/RV Métal
Geneviève Labelle/RV Métal

Dans la vie, Geneviève Labelle est comédienne et copropriétaire d’un café. Sur scène, elle incarne RV Métal, «un genre de dude “sur la coke” dans l’énergie, [qui] est comme sur le 220 tout le temps», comme elle le décrit elle-même.

Geneviève fait partie de la poignée de drag-kings - ces personnes (hommes, femmes, ou non binaires) qui se créent une identité scénique masculine basée sur des archétypes - qui performent sur les scènes québécoises. Gagnante de l’édition 2019 du concours «Drag-moi», elle nous raconte son cheminement au sein de cet univers encore méconnu.

Il y a quelques années, Geneviève, qui a également cofondé une compagnie de théâtre avec son amoureuse, cherchait des événements consacrés aux drag-kings dans la métropole, sans succès.

Elle relate que ceux-ci semblaient plus présents dans le milieu anglophone et qu’il y en avait davantage dans la scène burlesque que la scène drag en général.

«Moi j’étais pas game tout de suite. Ma blonde a fait du maquillage avec des effets spéciaux et tout; elle était donc plus outillée pour essayer la première», explique-t-elle. «Finalement, elle s’est inscrite à une compétition de drag-queens, «Drag-moi», à Montréal; son nom de personnage c’est Rock Bière. Elle a gagné et ça a été le premier drag-king à gagner une compétition contre des drag-queens à Montréal.»

Geneviève s’est par la suite demandée ce qu’elle pouvait bien apporter de plus sur la scène; malgré tout, cela ne l’a pas arrêtée. Elle s’est lancée elle aussi dans l’aventure et, comme sa copine, a gagné la même compétition l’année suivante, en 2019. «Je suis vraiment fière de ça. J’ai battu des drag-queens vraiment fortes. Mais c’est sûr que notre background comme comédienne nous sert beaucoup», dit-elle.

Repousser les limites du jeu

«RV Métal, tu le vois sur tous les coins de rue à Montréal. (...) Il en a arraché dans la vie», précise-t-elle en rigolant à propos de son personnage. «Je suis vraiment beaucoup dans la comédie. C’est là que j’aime aller.»

Le fait d’incarner un homme sur scène a apporté beaucoup à la comédienne. Elle explique que le personnage de RV lui permet d’explorer une facette de son métier à laquelle elle n’aurait jamais accès autrement. «Moi, je me fais souvent appeler pour des pubs en bikini, puis je ne suis pas du tout “castée” selon mon profil. Il y a moins de rôles forts de femmes, donc ça me permet vraiment d’aller dans des zones que tu ne peux jamais essayer dans ta carrière de comédienne.»

Si elle affirme ne pas se sentir nécessairement privilégiée parce qu’elle est «une fille déguisée en gars», pour Geneviève, jouer un homme sur scène est un geste à forte symbolique, une prise de pouvoir. «Une femme qui interprète un homme, c’est comme de l’“empowerment”. On incarne le “sexe fort”», expose-t-elle. Les femmes pouvant être encore aujourd’hui les cibles de discrimination de toutes sortes, «je pense que juste le fait de faire ça, c’est politique.»

Le «king», un miroir de la masculinité?

Lorsqu’elle devient RV Métal, Geneviève est «beaucoup dans la parodie de l’homme». Mais elle souligne que l’image masculine présentée sur scène peut aussi agir comme une sorte de miroir pour les hommes.

«Rock Bière [la copine de Geneviève] a déjà eu un contrat dans un endroit où les gens ne voient pas souvent des drags. Rock Bière, il est vraiment dans la masculinité toxique “all the way”. Il fait un gars en cuir avec du poil, qui fait du rock. Je me souviens qu’il y a un gars qui est allé le voir après le show et qui lui a dit: “C’est ça que tu penses de moi?” Ça, c’est super intéressant, en fait», relate-t-elle.

Ainsi, le fait de personnifier un homme, même avec une bonne dose d’humour, est lié à une certaine responsabilité, selon elle. «Je pense qu’on peut dénoncer beaucoup de choses en le faisant et donner l’exemple; ou faire comme je fais, de la parodie de ces choses-là, pour les mettre en lumière.»

Trouver «les paillettes des hommes»

Si la scène drag s’ouvre de plus en plus aux «kings» - la Fierté leur a consacré tout un spectacle pour la première fois seulement l’an dernier -, ils demeurent plus méconnus que les drag-queens. Geneviève explique cela en partie par le côté traditionnellement plus «impressionnant» des queens.

«Premièrement, c’est un homme en femme, donc il mesure 6 pieds, il a des grosses paillettes. Moi, je mesure 5p5… Un homme, c’est plus “drabe”, en général. Mais on essaie d’amener le drag-king à un autre niveau… De voir comment on peut justement trouver les paillettes des hommes. La cuirette, c’est pas mal une paillette d’homme», dit-elle, le sourire dans la voix.

Geneviève encourage tous ceux et celles qui aimeraient se lancer, insistant sur l’accessibilité de la scène. «Il ne faut pas avoir peur de nous écrire», spécifie-t-elle. «On n’est pas beaucoup à Montréal et on est vraiment prêt à aider; que ce soit pour prêter des vêtements, donner des trucs de maquillage. On est vraiment là.»

Geneviève et sa copine Mélodie - RV Métal et Rock Bière -, ont produit un spectacle, juste avant le confinement, intitulé... Bière et Métal. Elles ont l’intention de réitérer aux trois mois à peu près, et d’en faire une plateforme pour les nouveaux drag-kings; une occasion en or pour les kings d’un soir!