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14/06/2019 09:41 EDT | Actualisé 21/06/2019 15:05 EDT

J’habite un monde de douleurs pelviennes où le masculin est minoritaire

Parler de douleurs pelviennes chroniques masculines, c’est un peu comme parler du cancer du sein chez l’homme: ça semble inusité.

peepo via Getty Images

Il y a environ six ans, j’ai soulevé une charge plus ou moins lourde et je me suis retrouvé avec une hernie discale du côté droit. Ça ne sortait pas de nulle part, j’ai travaillé physiquement de nombreuses années en plus de lever des poids, aussi durant de nombreuses années. Est-ce que je suis allé faire régler ça? Pantoute. Ou si peu. Depuis quand est-ce qu’un gars va chez le médecin lorsqu’il a des petits bobos, right?

J’étais loin de me douter que dans un futur rapproché, en partie à cause de cette hernie, j’allais me ramasser avec une condition médicale, des douleurs pelviennes chroniques. Des douleurs qui, en général, touchent les femmes.

Bref, environ deux ans après, j’ai commencé à sentir une douleur dans le bas ventre du côté gauche. Comme si quelque chose était coincé, une sensation de pression qui ne diminuait jamais. Pas loin d’un mois après, je me suis nonchalamment dit qu’il était peut-être temps d’aller chez le médecin. J’ai reçu des anti-inflammatoires en pensant que le dossier était clos...

Jusqu’à ce que je me réveille peu de temps après avec une douleur aiguë dans, j’ose croire, la zone la plus importante chez l’homme ou du moins, la plus sensible: les couilles. Comme des petits coups de marteau – tak! tak! tak! – sur les extrémités de mes bijoux de famille et des petites décharges électriques – dzt! dzt! – à l’intérieur de chaque bijou. Sans compter les douleurs tout autour de la zone qui étaient à peine plus supportables.

Beaucoup, beaucoup moins nonchalamment, je suis allé à l’urgence. En fait, je suis allé tellement souvent voir des médecins généralistes, des physios, des ostéos et autres spécialistes de tout genre durant les deux premières années de ma condition médicale que j’ai de la misère à bien me souvenir de tout.

Longue histoire courte, je me suis retrouvé à prendre de fortes doses d’un analgésique destiné à prendre en charge la douleur neuropathique centrale (Lyrica), d’un antidépresseur (Effexor) et d’un opioïde (Tramadol). Je pourrais écrire une chronique au complet pour vous parler des effets secondaires de ces médicaments et comment ils modifient votre vie de tous les jours. 

Et je me suis retrouvé entre les mains, littéralement, de femmes (que dis-je, d’anges!) qui allaient me permettre de retrouver ma vitalité ancienne.

Parler de douleurs pelviennes chroniques masculines, pour les pratiquement inexistantes fois où on entend parler sur la place publique, c’est un peu comme parler du cancer du sein chez l’homme: ça semble fort inusité pour la plupart des gens. Les femmes qui ont un ou des enfants sont peut-être un peu plus au courant du traitement pour guérir cette condition, la rééducation périnéale, mais je serais surpris si 5% des gars qui vont lire ce texte savent en quoi ça consiste.

Et en quoi ça consiste exactement? Essentiellement, si on met le côté technique de côté, je dirais que ça consiste à trouver une physio avec qui on est 100% à l’aise, une femme de confiance. Quelque chose que j’ai oublié de vous dire: il n’y a pratiquement aucun homme qui pratique ce métier. Et si un homme le pratique, il ne peut qu’avoir des hommes comme patients, m’a-t-on expliqué. Le traitement requiert entre autres de se faire insérer un doigt là où la nuit est éternelle. Donc, vu la nature du traitement, être à l’aise avec sa thérapeute est primordial.

La difficile rééducation périnéale

Comme une de mes deux physios m’a dit récemment, publiciser la rééducation périnéale, encore plus la masculine, n’est pas chose aisée. Au-delà du simple enseignement, c’est aussi une question de personnalité des professionnels de la santé comme les médecins (curiosité intellectuelle, ouverture d’esprit, etc.), et une question de circonstances fortuites de la vie. Par exemple, dans le cas de cette physio, une de ses patientes est gynécologue donc elle peut lui recommander d’autres patientes. Personnellement, j’ai été chanceux parce que j’ai un médecin de famille qui a pu me mener vers elle.

La rééducation périnéale s’est faite à raison d’une fois par semaine au tout début, pour graduellement passer d’une fois par mois, par trois mois, par six mois et finalement, selon le besoin. Honnêtement, toute forme de gêne et d’appréhension part vraiment vite quand on trouve les bonnes physios. 

En parler à mon entourage ne m’a jamais gêné, l’humour comptant pour beaucoup.

Oui, il y a beaucoup de mauvaises passes pour plusieurs raisons qui seraient longues à énumérer ici, les médicaments n’étant pas une des moindres. Mais tout ce que je voulais, c’était de guérir, point. Le reste devient superflu.

Tout ça pour vous dire que quatre ans après la chose, maintenant que je suis au bout du compte guéri, que mes nerfs ne sont plus irrités, que mes testicules sont en parfaite santé, que je ne suis rendu qu’à consommer une faible dose d’antidépresseurs, je peux aisément dire que j’ai une admiration certaine pour les femmes qui pratiquent ce métier si peu connu de la population, mais ô combien nécessaire pour des gars comme moi qui font partie de cette toute petite minorité.

Sans elle, ma vie aurait pris un tournant complètement différent, un mauvais tournant assurément. Donc même si j’avais certaines appréhensions à écrire ce type de texte très intimiste à la base, je souhaitais l’écrire non seulement pour peut-être faire connaître un peu mieux cette condition aux gens qui ne la connaissent pas ou aux gars qui souffrent en silence mais aussi pour, de manière très générale, faire un peu connaître leur métier.  Pas besoin de les remercier ici, elles savent déjà ce que je pense...

… mais merci quand même Douanka et Aline!

La section Perspectives propose des textes personnels qui reflètent l’opinion de leurs auteurs et pas nécessairement celle du HuffPost Québec.

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