«Avec notre sang»: pour faciliter les dons des gais, bis et trans

Toutes les 80 secondes, une personne a besoin de sang au Québec. Les GBT2Q+ aimeraient aider, mais doivent attendre trois mois d'abstinence.

Être un homme gai, bisexuel, trans, bispirituel ou queer (GBT2Q+) au Canada signifie encore qu’on n’a pas le droit de donner de sang si on ne respecte pas trois mois d’abstinence sexuelle avec un partenaire de même sexe. Une situation jugée discriminatoire, absurde et irrationnelle, selon le jeune organisme Queer for Change, qui vient de lancer la campagne «Avec notre sang» pour mettre fin à la marginalisation en matière de dons de sang au pays.

L’objectif est de rallier les personnes discriminées par les restrictions basées sur l’identité de genre, expression de genre ou orientation sexuelle, et de prouver que «leur sang» peut tout autant sauver des vies, sans mettre en danger personne.

Queer for change veut d’abord déconstruire les préjugés, dont l’un des plus persistants, que les personnes GBT2Q+ sont plus à risque de contracter et propager le VIH. Or, selon les données de l’Agence de la santé publique du Canada, une personne issue des communautés sur 200 est à risque d’attraper le VIH par année, soit 0,5 %. Ce sont donc 99,5 % d’entre eux qui ne sont pas à risque. Au lieu de faire une comparaison relative des taux de risque, l’organisme aimerait que les autorités considèrent le risque absolu, qui demeure très faible, comme le prouvent les chiffres ci-haut.

Est aussi lancé un appel à engagement à donner du sang auprès des Canadiens GBT2Q+ afin de mesurer le potentiel d’une levée des restrictions. «Nous souhaitons quantifier le potentiel de sang neuf de la communauté afin de convaincre Santé Canada d’actualiser ses politiques poussiéreuses, une bonne fois pour toutes», affirme Guillaume Savard, fondateur de Queer For Change.

Au lieu de remplir une pétition, les alliés de la cause sont ainsi invités à confirmer leur engagement via un formulaire, et à endosser par le fait même le combat de Queer for Change contre la discrimination systémique et pour une métamorphose de la gouvernance des agences de collecte de sang au Canada, comme Héma-Québec.

L’OBNL exhorte également le Canada à réformer son processus de dépistage, en imitant des pays avec des politiques plus progressistes en matière de don de sang, comme le Pérou, l’Italie, la France ou l’Afrique du Sud. Trois étapes sont suggérées :

  1. Questionner les personnes souhaitant donner du sang sur leurs pratiques sexuelles. Du sexe sans condom avec des nouveaux partenaires est un facteur de risque tant pour les GBT2Q que pour les hétérosexuels.
  2. Identifier les personnes à risque, les lier à des tests et les éduquer sur leurs pratiques et le moment opportun pour revenir donner du sang.
  3. Tester tous les dons, comme c’est actuellement le cas, pour déceler les donneurs infectés qui auraient pu passer à travers les étapes préliminaires.

Alors que les banques de sang font régulièrement des appels à tous pour se renflouer, Guillaume Savard estime qu’une levée des restrictions envers les GBT2Q+ permettrait une augmentation de près de 400 000 donneurs canadiens, et donc de diminuer les risques de pénurie.