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04/09/2019 19:45 EDT | Actualisé 05/09/2019 07:20 EDT

Dominic Barton, nouvel ambassadeur du Canada en Chine

Le succès de M. Barton dans son nouvel emploi sera entre autres mesuré par sa capacité à persuader les dirigeants communistes de Pékin de libérer les Canadiens emprisonnés Michael Kovrig et Michael Spavor.

THE CANADIAN PRESS/Paul Chiasson
Dominic Barton

OTTAWA — Le gouvernement de Justin Trudeau vient de nommer son nouvel ambassadeur en Chine.

Dominic Barton apportera à son nouveau poste les qualités d’un consultant en affaires avisé et expérimenté, avec une compréhension pointue de la manière de faire avancer des dossiers et de conclure des transactions avantageuses.

Le succès de M. Barton dans son nouvel emploi sera mesuré par sa capacité à négocier une transaction bien particulière: persuader les dirigeants communistes de Pékin de libérer les Canadiens emprisonnés Michael Kovrig et Michael Spavor.

S’il y parvient, il aura en grande partie réussi sa tâche la plus imposante: aider à rétablir les relations diplomatiques et économiques du Canada avec la Chine. En décembre, le Canada a arrêté Meng Wanzhou, dirigeante de Huawei, à la suite d’une demande d’extradition présentée par les États-Unis. Quelques jours plus tard, la Chine a emprisonné M. Kovrig, un ancien diplomate canadien, et M. Spavor, un entrepreneur.

La Chine les accuse d’avoir porté atteinte à la sécurité nationale et les empêche d’avoir accès à des avocats ou à leur famille, tout en ne les ayant pas encore mis en accusation formellement. Ces actions sont largement perçues comme une mesure de représailles après l’arrestation de Mme Meng, qui a été libérée sous caution et réside à Vancouver. Des responsables canadiens ont rencontré MM. Kovrig et Spavor 11 fois depuis leur arrestation en décembre.

Le poste d’ambassadeur est vacant depuis le mois de janvier, lorsque le premier ministre Justin Trudeau a congédié l’ancien ministre John McCallum à la suite de plusieurs commentaires publics rompant avec la ligne de conduite du gouvernement.

L’homologue canadien de M. Barton a été confirmé mercredi soir lorsque l’ambassade de Chine à Ottawa a annoncé à La Presse canadienne que Cong Peiwu deviendrait le successeur de l’envoyé controversé de la Chine au Canada, Lu Shaye, qui avait quitté ses fonctions en juin. Le nouvel ambassadeur chinois à Ottawa était auparavant à la tête de la branche des affaires nord-américaines et océaniques du gouvernement chinois, qui comprend également l’Australie et la Nouvelle-Zélande.

“La partie chinoise a accepté la nomination par le Canada de Dominic Barton en tant que nouvel ambassadeur en Chine et s’attend à ce qu’il joue un rôle positif dans la promotion d’un retour de relations bilatérales sur la bonne voie”, a déclaré l’ambassade.

M. Trudeau et ses ministres ont souvent qualifié d’arbitraire l’incarcération de MM. Kovrig et Spavor et ont rallié le soutien de plusieurs dizaines de pays, dont les États-Unis, dans ce dossier. Cette coalition a provoqué la colère de la Chine, qui a interdit les importations de canola canadien et bloqué l’entrée d’autres produits agricoles.

Freeland se fait rassurante

Ainsi entre en jeu M. Barton, fort d’un curriculum vitae qui comprend notamment le rôle de directeur général mondial de l’influente firme de consultants McKinsey & Co, la direction du conseil consultatif économique du gouvernement Trudeau et sa participation au comité consultatif sur la fonction publique de l’ancien premier ministre conservateur Stephen Harper.

M. Barton a noué des liens étroits en Asie. Il a vécu et travaillé en Corée du Sud et à Shanghai, la capitale chinoise des affaires. Il a siégé à la Fondation Asie Pacifique du Canada et est inscrit à titre de professeur auxiliaire à l’Université Tsinghua de Pékin.

Ces liens ont également suscité des manchettes controversées, notamment une enquête poussée du “New York Times” en décembre intitulée: “Comment McKinsey a aidé à relever la stature de gouvernements autoritaires”. L’histoire décrivait, entre autres, comment la firme McKinsey avait organisé une retraite somptueuse en 2018 dans l’ouest de la Chine, à une courte distance en voiture de l’endroit où une grande prison avait été construite pour détenir des Ouïghours musulmans. Les Nations unies ont appelé la Chine à mettre fin à la vague de répression qui a conduit à la détention d’environ un million de Ouïghours.

La ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a écarté les inquiétudes suscitées par cette histoire, déclarant aux journalistes mercredi que le parcours de M. Barton avait été minutieusement examiné. Elle a également indiqué qu’il devra se distancer de son poste actuel de président de Teck Resources, une société minière liée à la Chine.

“Notre gouvernement a, de toute évidence, eu des discussions très détaillées avec M. Barton sur le rôle d’ambassadeur du Canada en Chine. Cela comprenait absolument de longues discussions sur la place centrale des droits de la personne, des droits des femmes dans la politique étrangère du Canada”, a fait valoir Mme Freeland.

Robert Malley, le plus récent patron de M. Kovrig à l’International Crisis Group, a déclaré en entrevue qu’il avait également eu de nombreuses conversations approfondies avec M. Barton et qu’il considérait comme inébranlable son engagement en faveur des droits de la personne.

Selon M. Freeland, une partie du travail de M. Barton consistera en des visites consulaires régulières avec MM. Kovrig et Spavor.

M. Barton a refusé les demandes d’entrevue mercredi, mais son bureau et celui du premier ministre Justin Trudeau ont publié une déclaration dans laquelle il affirme qu’il “ne ménagera aucun effort pour représenter notre grand pays et pour résoudre les problèmes actuels”.

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