OPINION
06/07/2020 10:41 EDT | Actualisé 06/07/2020 13:23 EDT

Une deuxième vague de colère

L'obligation de porter le masque dans les transports affectera-t-elle nos bonnes manières?

La Presse canadienne/Paul Chiasson
Métro de Montréal

Tandis que certains craignent l’arrivée d’une deuxième vague de COVID-19 au Québec, d’autres s’habituent tranquillement à se passer de câlins de la part d’amis proches, réorganisent leurs vacances et se résignent au port du masque même s’ils y voyaient une excentricité démesurée il y a à peine deux mois. D’ailleurs, le port du masque sera obligatoire dans les transports en commun de toute la province à compter du 13 juillet.

Le nombre de personnes qui se prêtent à l’exercice présentement dans les  autobus et le métro est encore assez aléatoire. J’ai vu une fille qui ne devait pas avoir plus de vingt ans arborer un couvre-visage et des gants noirs en plastique, puis elle a vaporisé une solution à base d’alcool au poteau sur lequel elle s’apprêtait à poser sa main (gantée, je le rappelle). Cette même fille que j’avais vue descendre d’un autobus où elle ne s’est assise sur AUCUN siège, soit dit en passant, avant de s’engouffrer dans le ventre du métro.

L’âge n’est pas garant du comportement.

J’ai aussi vu des personnes plus âgées offusquées de se faire demander de maintenir la distance sécuritaire et entendu parler de parents d’amis qui évitent de sortir et se limitent à l’épicerie, malgré l’assouplissement des règles sanitaires. L’âge n’est pas garant du comportement.

Comme on en vient au comportement, les deux exemples qui suivent dressent un portrait extrême de l’agressivité que peuvent démontrer ceux qui refusent de se couvrir le visage malgré les recommandations en vigueur.

La première scène, capturée par un téléphone intelligent dans une chaîne d’épicerie bio bien connue aux États-Unis: Trader Joe’s. À priori ceux qui y font leurs courses sont plutôt progressistes. L’archétype ressemblerait à celui de cette femme pro-environnement qui croit au réchauffement climatique, vote à gauche, s’abreuve à plusieurs sources d’information et est soucieuse de l’égalité sous toutes ces formes. Mais voilà, certains se rendent à une épicerie bio pour créer un scandale pour presque rien, comme le montrent ces images.

Le deuxième exemple est le témoignage de la journaliste Molly Hennessy-Fiske. Elle s’est fait remarquer après avoir publié une vidéo sur Twitter le 30 mai, où elle expliquait comment les policiers s’en étaient pris à la presse lors d’une manifestation au Minnesota pour le compte du Los Angeles Times.

Cette fois-ci, la journaliste raconte s’être fait rabrouer par un jeune homme qui la traitait de «psycho cunt» quand elle lui a demandé de porter un masque dans une épicerie du Texas.

L’ironie dans tout ça, c’est que selon ce qu’elle raconte, personne ne s’est interposé ni offusqué quand il a utilisé ces termes qui pourraient se traduire par «conne psychopathe», «o**i de conne» ou encore «chatte enragée». Mais lorsque Fiske a rapporté ces mots en faisant une plainte au gérant, celui-ci lui aurait demander d’arrêter de répéter ces insultes grossières.

Bien que je ne serais pas étonnée d’entendre des soupirs de soulagement en lien avec l’annonce du port obligatoire du masque dans les bus et métro, je me demande si nous assisterons à de tels débordements chez nous?

Est-ce qu’une femme va se faire traiter de grosse folle frustrée si elle demande à son voisin de siège de se conformer aux consignes? Si ces mesures s’étendent éventuellement aux épiceries, est-ce que les employés vont devoir subir la colère de clients récalcitrants qui ne veulent rien entendre?

J’étais fascinée par ces deux vidéos que je venais de voir sur Twitter, fascinée par l’audace qu’ont certains de défier les règles et de se réclamer le droit de ne pas écouter les consignes, jusqu’à jouer le jeu de la victime.

J’y pensais encore quand l’idée m’est venue d’écrire ce texte. Puis, je suis tombée sur un article qui venait confirmer mes soupçons du tout début: de telles situations ne sont malheureusement pas des cas isolés au sud de la frontière. Il semblerait que la résolution de conflits entourant le port du masque est la nouvelle tâche qui incombe aux employés des commerces essentiels aux États-Unis.

Ça semble fou! C’est vrai! C’est aux États-Unis et ça semble un peu loin, mais comme l’histoire nous l’a prouvé, particulièrement ces dernières semaines, ça pourrait aussi arriver ici. Espérons que ces démonstrations de colère excessive sur les médias sociaux servent de rappel au gros bon sens et au savoir-vivre collectif au lieu d’une incitation à opter pour l’option enfant gâté «j’ai le droit de faire ce que je veux même si ça risque de mettre la vie de quelqu’un en danger».

Après tout, tandis que certains craignent une deuxième vague, d’autres aspirent à un été au plus proche de la normale.