OPINION
05/08/2020 15:17 EDT

Détresse des familles: peut-on éviter le pire?

Un homme autiste de 32 ans est accusé d'avoir tué sa mère. Il demeurait avec elle depuis quelques semaines seulement. Ce drame aurait pu être évité si elle avait pu obtenir des services pour son fils.

Knk Phl Prasan Kha Phibuly / EyeEm via Getty Images

Malheureusement, encore trop de drames familiaux surviennent au Québec dû à la méconnaissance de la maladie mentale et au manque d’information et de ressources.

Il faut en parler ouvertement pour contrer les tabous et trouver des solutions aux problèmes vécus par les familles lorsque le proche est atteint. Les familles se sentent abandonnées par le système, qui ne répond pas aux besoins spécifiques de la personne affectée, surtout si elle refuse toute aide. On vit une sorte de déshumanisation de notre système de santé qui s’installe tranquillement, mais sûrement.

Le dimanche 26 juillet, une dame âgée de 57 ans est décédée. Elle a été retrouvée inanimée, le lendemain, dans sa résidence du Centre-du-Québec. Cette mère de famille avait demandé aux policiers de forcer son fils à subir une évaluation psychiatrique quand elle a vu qu’il n’était vraiment plus contrôlable. Son fils autiste de 32 ans demeurait avec elle depuis quelques semaines seulement et il est accusé d’avoir tué sa mère.

Pendant des années, cette mère voulait qu’il reçoive des soins... Elle a été au poste de police, elle recherchait de l’aide. Connaissait-elle les services offerts dans sa région pour lui venir en aide?

Ce drame aurait pu être évité si la mère avait pu obtenir des services pour son fils. Pouvait-elle en recevoir dans sa région? Pourquoi n’a-t-elle pas reçu de soutien? Savait-elle où aller pour obtenir ces services? Elle était en panique. Or, dans certaines régions, il existe peu ou pas d’organismes pour venir en aide aux familles en détresse ayant un proche atteint de psychose ou de maladies mentales.

Les organismes communautaires sont débordés et manquent de personnel qualifié pour répondre aux besoins grandissants des familles en détresse. Ils reçoivent peu de financement pour venir en aide aux familles éprouvées par un proche atteint de maladie mentale.

Si elle avait su! Elle pouvait par elle-même se rendre au palais de justice le plus près pour obtenir une ordonnance d’évaluation psychiatrique ou une P-38, comme on dit, pour obliger son fils à se faire soigner. Était-elle au courant de la possibilité de cette démarche, avait-elle reçu de l’information de la part du CLSC de sa région?

Notre organisme, le Centre de soutien en santé mentale - Montérégie, est spécialisé dans ce domaine depuis plus de 20 ans. Cependant, comme bien d’autres organismes, nous recevons très peu d’argent pour venir en aide aux familles et aux personnes atteintes de maladie mentale. Nous sommes le seul organisme en Montérégie qui vient en aide tant aux familles qu’aux personnes atteintes. Nos activités permettent de favoriser la réinsertion sociale et l’estime de soi de la personne, en passant par des pratiques de chorale à des ateliers formateurs en anglais, espagnol, français, etc. Le besoin est là, mais nous manquons de locaux pour répondre à la demande.

Il devient difficile de faire soigner une personne en psychose étant donné qu’on banalise le mot dangerosité.

De plus, nous offrons un suivi aux familles pour obtenir une ordonnance d’évaluation psychiatrique. Par la suite, nous les accompagnons à l’hôpital pour exiger une rencontre auprès du psychiatre de garde à l’urgence et ainsi parvenir à faire soigner la personne qui souffre de psychose parfois depuis plusieurs mois.

Il devient difficile de faire soigner une personne en psychose étant donné qu’on banalise le mot dangerosité. Même avec la loi P-38, le psychiatre n’est pas obligé d’évaluer la personne psychotique s’il constate que la personne n’est pas dangereuse pour elle-même et pour les autres, mais aussi si elle refuse de se faire soigner. Cependant, s’il y a une hospitalisation de la personne souffrante qui dure plus de 36 heures, et si on exige une garde en établissement, la signature de deux psychiatres est exigée pour que le juge accepte cette garde en établissement qui dure au moins 30 jours et plus.

Présentement, avec la pandémie, nous vivons de l’inconnu, de l’incertitude mais aussi de l’appréhension, surtout chez les gens vulnérables qui souffrent davantage d’anxiété, d’angoisse et de stress, notamment avec cette deuxième vague de la COVID-19 dont on parle pour les prochains mois.

Nous constatons une augmentation de gens qui souffrent de problèmes de santé mentale mais aussi d’une détresse psychologique, notamment les personnes âgées de plus de 55 ans. Le hic est qu’il manque souvent de lits en psychiatrie et aussi de psychiatres. Nos hôpitaux au Québec ne peuvent répondre adéquatement à la demande croissante de la population qui souffre de détresse. D’un autre côté, les organismes qui veulent offrir leur support à ces personnes et à leur famille sont limités dans leurs ressources en raison du manque de financement.

Combien d’autres victimes doit-il y avoir pour que les choses changent enfin?

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