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05/12/2019 09:26 EST | Actualisé 05/12/2019 14:58 EST

Le Congrès va entamer la rédaction de l'acte d'accusation de Trump

Nancy Pelosi a accusé Trump d'«abus de pouvoir».

SAUL LOEB via Getty Images

La chef des démocrates au Congrès, Nancy Pelosi, a donné jeudi un coup d’accélérateur à la procédure de destitution contre Donald Trump, en demandant que soit rédigé l’acte d’accusation contre le président américain, coupable selon elle d’“abus de pouvoir”.

“Nous gagnerons” la bataille, a réagi le locataire de la Maison-Blanche en se disant pressé du procès au Sénat, où la majorité républicaine devrait en toute probabilité l’acquitter, peut-être dès janvier.

Le président ne nous laisse pas d'autre choix parce qu'il a de nouveau essayé de corrompre nos élections pour son propre bénéfice.Nancy Pelosi

Dans une allocution formelle, Mme Pelosi a demandé à la commission judiciaire de la Chambre des représentants, contrôlée par les démocrates, d’entamer la rédaction des articles de mise en accusation du président (“impeachment” en anglais).

“Le président ne nous laisse pas d’autre choix parce qu’il a de nouveau essayé de corrompre nos élections pour son propre bénéfice”, a-t-elle justifié sur un ton solennel. Il “a commis un abus de pouvoir, affaibli notre sécurité nationale et mis en danger l’intégrité de nos élections”, a-t-elle encore assené.

Les démocrates ont ouvert une enquête en destitution contre Donald Trump après avoir appris qu’il avait demandé à l’Ukraine d’enquêter sur Joe Biden, bien placé pour l’affronter lors de la présidentielle de 2020. 

Leurs investigations, marquées par l’audition de 17 témoins, ont montré qu’une invitation à la Maison-Blanche au président Volodymyr Zelensky avait été conditionnée à l’annonce des investigations sur Joe Biden. 

Une aide de près de 400 millions de dollars destinée à l’Ukraine, en conflit armé avec la Russie, a, selon de hauts responsables, également servi de moyen de pression.

 

Compte tenu du rapport de force à la Chambre, Donald Trump a de grandes chances d’entrer dans les livres d’histoire comme le troisième président américain mis en accusation. Le vote en séance plénière pourrait avoir lieu avant Noël.

Le Sénat, contrôlé par les républicains, serait ensuite chargé de juger le président et il faudrait une majorité des deux tiers pour le destituer, ce qui paraît très improbable tant les élus de son parti font bloc autour de lui. 

“Abus de pouvoir”

Le locataire de la Maison-Blanche est visé par une procédure en destitution parce qu’il a demandé, lors d’un échange téléphonique cet été, à son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky de “se pencher” sur le démocrate Joe Biden, bien placé pour l’affronter lors de la présidentielle de 2020. 

Selon des hauts responsables auditionnés au Congrès, une invitation à la Maison-Blanche pour M. Zelensky était conditionnelle à l’annonce des investigations sur Joe Biden. De plus, une aide militaire de près de 400 millions de dollars destinée à l’Ukraine avait été gelée quelques jours avant l’appel.

Pour Mme Pelosi, “les faits sont incontestables: le président a abusé de son pouvoir pour son bénéfice personnel aux dépens de notre sécurité nationale, en conditionnant une aide militaire et une rencontre cruciale dans le Bureau ovale à l’annonce d’une enquête contre son rival politique”.

“Faut pas me chercher”

Après cette phase d’enquête, les parlementaires ont entamé mercredi le débat juridique pour savoir si les faits reprochés au président correspondent à l’un des motifs de destitution prévus par la Constitution: “trahison, corruption ou autres crimes et délits majeurs”.

Trois professeurs de droit d’universités prestigieuses, invités par les démocrates, ont répondu par l’affirmative. Un quatrième, convié par les républicains, a jugé les preuves “insuffisantes”.

Sur cette base, Mme Pelosi a souhaité passer à la mise en accusation du président. “Nous le faisons sans joie”, a-t-elle précisé lors d’une conférence de presse marquée par un vif échange avec un journaliste. 

Celui-ci a sous-entendu qu’elle était animée par une “haine” envers Donald Trump. “Je suis catholique,”, a-t-elle répliqué, “je ne déteste personne. Je prie tout le temps pour le président. Il ne faut pas me chercher avec ce type de mots !”

Malgré cette mise en garde, le leader de la minorité républicaine à la Chambre, Kevin McCarthy, a accusé les démocrates d’être motivés par leur “animosité” envers le président.

Selon lui, il n’y a “ni corruption, ni entrave à la justice ni abus de pouvoir” dans l’affaire ukrainienne.

“Vite”

Ces chefs d’accusation pourraient figurer dans les articles qui seront mis au vote en séance plénière à la Chambre des représentants, sans doute avant Noël. 

Compte tenu du rapport de force dans cette enceinte, Donald Trump est quasi assuré de devenir le troisième président de l’Histoire mis en accusation au Congrès, après Andrew Johnson en 1868 et Bill Clinton en 1998.

Comme eux, il devrait être acquitté au Sénat. Il faudrait une majorité des deux tiers pour le destituer, ce qui paraît très improbable tant les élus de son parti font bloc autour de lui.

“Les républicains n’ont jamais été aussi unis. Nous allons gagner”, a tweeté Donald Trump après l’annonce de Mme Pelosi, à qui il a aussi lancé: “si vous devez me mettre en accusation, faites-le maintenant, vite, afin que nous ayons un procès équitable au Sénat, et pour que notre pays puisse se remettre au travail.”

Le magnat de l’immobilier a laissé entendre qu’il utiliserait son procès comme tribune politique. “Nous révélerons, pour la première fois, à quel point le système est corrompu”, a-t-il affirmé. 

David Axelrod, ancien conseiller politique du président démocrate Barack Obama, a résumé la situation en un tweet: “La Chambre va mettre (le président) en accusation avant la fin de l’année parce que ce qu’il a fait le justifie. Le Sénat organisera un procès en janvier sans le condamner, en dépit des preuves, parce qu’il a un contrôle absolu sur son parti. Et on passera à autre chose.”

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