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J’ai confronté mes cyberintimidateurs, puis j’ai été inondée de dessins de fans

Ces portraits provenant d'artistes du monde entier m'ont donné l'impression d'être reconnue.
Melissa Blake
Melissa Blake

Je suis née avec le syndrome de Freeman-Sheldon, une maladie génétique des os et des muscles, caractérisée par des différences faciales; j’ai passé une grande partie de mon enfance dans les hôpitaux et j’ai subi quelque 25 opérations chirurgicales avant d’avoir 15 ans.

Mais à part ça, j’étais une enfant assez normale, qui aimait les soirées pyjama avec des amis, le temps passé en famille et regarder beaucoup la télévision. Je me suis découvert une passion pour l’écriture à l’école, puis j’ai commencé comme chroniqueuse hebdomadaire pour le journal de ma ville natale. J’ai ensuite écrit pour des publications comme le New York Times, ELLE et le Washington Post.

À la mi-trentaine, j’avais une carrière dont j’étais fière, mais outre ça, je menais une vie tranquille - jusqu’en septembre 2019, lorsque je suis devenue la cible d’une armée de cyberintimidateurs.

Tout a commencé quant j’ai écrit un texte d’opinion anti-Trump pour CNN. Un YouTubeur conservateur avec des centaines de milliers d’adeptes y a fait référence dans une de ses vidéos, et les commentateurs étaient moins intéressés à parler de politique, et plus à dire à quel point ils n’aimaient pas mon visage.

Un des trolls s’est même efforcé de trouver mon compte Facebook et de m’envoyer le lien en message privé, pour s’assurer que j’allais voir ce qui était dit. D’un coup, je me suis retrouvée à lire des centaines de commentaires haineux.

Je me suis retirée des médias sociaux pendant les jours suivants, accablée par la conscience de soi, la tristesse et la colère. Mais je n’ai pas pu m’empêcher de retourner regarder, la semaine suivante. À ce moment-là, il y avait plus de 5000 commentaires sur la publication.

En défilant, j’ai remarqué que quelqu’un avait écrit qu’il devrait m’être «interdit de publier des photos» de moi-même parce que j’étais «trop laide». Quelque chose en moi a craqué. Plutôt que de garder le silence, j’ai laissé ces mots cruels m’inspirer pour tweeter ceci:

«Lors du dernier tour de Trollgate, des gens ont dit qu’il devrait m’être interdit de partager des photos de moi, parce que je suis trop laide. J’aimerais donc commémorer l’occasion avec ces trois égoportraits...»

Ce tweet, avec non pas un, mais trois égoportraits provocateurs, a rapidement pris de l’importance. En quelques heures, il a amassé plus de 300 000 mentions «j’aime» et 30 000 «retweets». À ce jour, plus de 40 000 personnes ont laissé des commentaires de soutien.

Des victimes de cyberintimidation du monde entier m’ont également fait part en privé des fois où elles avaient été attaquées par des inconnus sur Internet. Je me sentais moins seule et j’étais heureuse qu’ils le fassent aussi maintenant. J’ai donc continué à partager des égoportraits, en utilisant le mot-clic #mybestselfie, et beaucoup d’autres se sont joints à moi, partageant leurs propres photos sous le hashtag, dans un acte collectif d’amour-propre.

En décembre 2019, Twitter a désigné mon tweet viral comme l’un des meilleurs de l’année, ce qui était tout simplement surréaliste. Le nombre de mes abonnés a augmenté de façon exponentielle, et je continue donc à parler de positivité corporelle et de cyberintimidation, et à normaliser le handicap et à discuter des petites choses qui me rendent heureuse, de la «West Wing» à mes béguins, en passant par les pulls confortables. J’aime la communauté et le dialogue qui en découle.

Six mois après avoir publié ce tweet viral, la première œuvre de soutien d’un fan a atterri dans ma boîte de réception. Il s’agissait d’une douce image de style bande dessinée d’un artiste français du nom de Vinhnyu, qui me montrait en train de lever le pouce.

Je ne savais même pas que ce type d’oeuvre pouvait s’adresser à des gens comme moi. Je pensais que c’était seulement quelque chose que les gens faisaient pour des personnages de séries télévisées ou de films - pas pour des écrivaines de petites villes perdues au milieu des champs de maïs de l’Illinois. Mais à partir de là, ça n’a jamais arrêté.

Il y a eu un portrait de moi portant une couronne de fleurs (j’adore les filtres SnapChat), un de moi en tant que personnage de Bridgerton (ma nouvelle obsession Netflix) et un de moi avec une mine renfrognée et exaspérée - mon expression préférée pour toute l’année 2020.

Nous vivons dans une société qui préfère ignorer les personnes handicapées plutôt que de les montrer et de les valoriser - il suffit de voir le manque de représentation du handicap dans les films et les émissions de télévision. Ces œuvres d’art m’ont fait sentir vue et comprise comme je ne l’avais jamais été avant de m’opposer à mes tyrans.

Chaque portrait que quelqu’un a pris le temps de faire de moi m’a aidé à m’aimer un peu plus. Je les chéris tous. Je suis tellement reconnaissante que le pire de l’Internet m’ait aidée à en trouver le meilleur.

1. Risa Green : Reine de l’égoportrait couronnée de fleurs

«La plus grande reine des égoportraits ne peut être vue sans sa couronne de fleurs!» C’est ainsi que l’artiste Risa Green a décrit son dessin. Dans sa publication Instagram, elle a également écrit: «Melissa est une très grande inspiration pour ma jeune soeur et ma famille.»

2. Vinhnyu: la première oeuvre pour me soutenir

C’est le tout premier dessin de soutien que j’ai reçu, de l’artiste d’animation français Vinhnyu. Je porte le polo classique de mon tweet viral et je lève le pouce avec assurance!

3. Jamie Lee: portrait pop art avec maman

L’artiste pop britannique Jamie Lee, basé au Paraguay, crée des images impressionnantes de gens comme John Travolta et Uma Thurman, Michelle Obama, le Pape, et maintenant, eh bien... ma mère et moi! C’est notre pose classique d’égoportrait.

4. Natalie Green: Soleil et arc-en-ciel

La jeune artiste qui a créé ce dessin, Natalie Green, est également une athlète des Jeux paralympiques et une blogueuse cinéma. Une grande partie de son travail porte sur l’inclusion. J’adore la gaieté de ce portrait. Le soleil! L’arc-en-ciel! Toutes mes choses préférées!

5. Lauren Paterson: Bridgerton et la belle du bal

Je suis obsédée par la série Bridgerton de Netflix et grâce à l’artiste écossaise Lauren Paterson, j’ai eu la chance de me voir comme un personnage de la série. L’éventail et les plumes... oh là là!

6. Brooke Costello: la Semaine de la mode de New York

Après avoir été invitée à poser pour la mode accessible à la Semaine de la mode de New York l’année dernière, l’artiste Brooke Costello a créé ce magnifique dessin de moi dans ma tenue. Son dessin me rappelle les croquis que l’on voit dans les carnets des stylistes de mode, et j’en suis plus qu’honorée.

7. Sophie France: Joie

Sophie France est une brillante illustratrice et peintre néerlandaise. J’ai littéralement crié de joie lorsqu’elle m’a envoyé ce portrait.

8. Jenny Greer: L’humeur de 2020

Cette peinture à l’huile de l’artiste britannique Jenny Greer me capture dans mon état naturel - ce fut mon expression constante tout au long de l’année 2020.

9. Claudia Balasus: L’hiver du Midwest

L’artiste allemande Claudia Balasus capture mon état d’esprit face à l’hiver du Midwest. Dans sa légende Instagram, elle dit à ses abonnés: «J’attends avec impatience de voir un nouvel égoportrait de sa part chaque jour. Merci Melissa d’être là et d’être qui vous êtes.»

10. Consuelo Zatta: Positivisme

J’adore les couleurs vives de celui-ci, dessiné par Consuelo Zatta, une brillante artiste italienne. Elle m’a dit l’avoir dessiné pour me rappeler «qu’il ne faut pas écouter les gens négatifs».

11. Karen Dole: Moi plus jeune

L’artiste américaine Karen Dole a dessiné pour Disney. Elle a fait mon portrait à partir d’une vieille photo de moi. C’est tellement cool de me voir plus jeune à travers ce dessin. Je n’aurais jamais pu deviner à cet âge que je deviendrais une muse!

Ce texte initialement publié sur le HuffPost Canada a été traduit de l’anglais.

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