POLITIQUE
26/11/2019 20:14 EST

Desjardins et GCM: Pierre Fitzgibbon soulève des doutes

C’est «un dossier très politisé», selon les mots lancés par le ministre de l’Économie, en mêlée de presse mardi après-midi.

THE CANADIAN PRESS/Paul Chiasson
Une sélection de journaux appartenant au Groupe Capitales Médias (GCM) est présentée à Montréal, le 19 août 2019.

QUÉBEC — Le gouvernement Legault soulève des doutes sur le rôle d’une administratrice de Québecor dans les difficultés du sauvetage des journaux du Groupe Capitales Médias (GCM).

C’est «un dossier très politisé», selon les mots lancés par le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, en mêlée de presse mardi après-midi.

Il était appelé à commenter le refus de Desjardins d’investir dans les coopératives de travailleurs qui veulent relancer les journaux de GCM.

Quand il a été questionné sur l’indépendance du conseil d’administration de Capital régional et coopératif Desjardins (CRCD), qui aurait pu accorder les fonds, M. Fitzgibbon a alors recommandé aux journalistes d’aller voir qui y siège.

Or, la vice-présidente du conseil de Québecor, administratrice en chef et présidente du conseil de Groupe TVA, Sylvie Lalande, de même qu’une administratrice de Québecor, Chantal Bélanger, siègent au c.a. de CRCD. Québecor est un concurrent des journaux de GCM et son patron, Pierre Karl Péladeau, a fréquemment dénoncé la décision du gouvernement d’investir des fonds dans le sauvetage de GCM il y a quelques années.

M. Fitzgibbon a dit que Mme Lalande était «compétente», mais a refusé de s’exprimer sur son indépendance.

«Alors elle n’est pas indépendante?» a demandé un journaliste, ce à quoi le ministre a répliqué: «Répondez à votre question», en ajoutant que c’était une question de «jugement».

À l’évocation de potentiel conflit d’intérêts, il a répondu: «peut-être».

Affirmant ne pas vouloir formuler «des propos acerbes», M. Fitzgibbon estime qu’il est paradoxal qu’un mouvement coopératif refuse d’investir dans des coopératives et a appelé Desjardins à «reconsidérer sa décision».

Le ministre suggère que les «risques» évoqués par Desjardins peuvent être atténués si on discute avec les gens concernés.

«Il n’y pas de meilleure organisation qu’une coopérative d’employés pour reprendre ces journaux», a-t-il assuré, cautionnant ainsi la cour qui a donné son aval au projet de coop.

Il est prêt, s’il le faut, une fois le montage complété, à ajouter un peu plus de fonds publics dans l’aventure, «peut-être, pour qu’on finisse le projet».

Le montage financier est plus difficile après la décision de Desjardins de ne pas investir et le possible retrait du Fonds de solidarité FTQ.

Jusqu’à présent, Investissement Québec (IQ) a déjà accordé des prêts totalisant environ 15 millions $ à GCM. M. Fitzgibbon a déjà signalé que l’État québécois n’allait pas récupérer sa mise. Selon le ministre de l’Économie, il faudra injecter entre 10 millions $ et 15 millions $ dans le fonds de roulement du groupe de presse.

Au terme des sept premiers mois de l’exercice en cours, les pertes de l’entreprise sont estimées à environ 6 millions $. GCM traîne des créances approximatives de 26 millions $.

GCM est un client de La Presse canadienne. À l’abri de ses créanciers depuis le mois d’août, GCM compte quelque 350 employés permanents et publie les quotidiens régionaux «Le Soleil», «La Tribune», «La Voix de l’Est», «Le Droit», «Le Nouvelliste» et «Le Quotidien».